Yossef, Pharaon et le mot Vehiner dans Miketz
Pourquoi le mot Vehiner ouvre la clé du verset : les rêves prophétiques dans Béréchit et le songe de Pharaon.
Rav Nathaniel Sigoura
Ensuite : Pharaon rêveur et le début du tikkoun, 1 h 11
En bref
Le cours étudie le premier verset de la paracha Miketz (Vayéhi miketz shenatayim yamim) à partir de l'hébreu biblique, en s'appuyant sur le Talmud de Megila et les commentaires de Rachi et du Rambam. Il montre que le Vav conversif de « Vayéhi » est ambivalent : il annonce tantôt une épreuve, tantôt une joie. Il explique aussi le rêve de Pharaon comme point de départ de la montée de Yosef.
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Alors, on continue notre étude, Bé'ezrat Hachem, sur l'hébreu biblique. Nous sommes à la paracha de Miketz. Comme à notre habitude, on va commencer par le contexte, c'est-à-dire la paracha de Vayechev. Qu'est-ce qu'on a vu dans la paracha de Vayechev ? On a vu que Yossef descend en Égypte, vendu en esclave à Potiphar.
Et Yossef était doté d'une beauté particulière. On en parlera d'ailleurs dans le second cours, sur Hanouka, où nous parlerons de la beauté dans le judaïsme, contrairement à l'esthétisme de la culture hellénistique. Nous verrons la différence. Il y a marqué que Yossef était beau. C'était une beauté très spéciale. Le Talmud nous raconte qu'il y a dix degrés de beauté qui sont descendus sur terre, et que Yossef en a hérité de neuf. Quand on dit que Yossef était beau, imaginez la plus belle personne que vous n'avez jamais vue: il n'arrive pas à la cheville de la beauté de Yossef. C'était une beauté, j'allais dire, enivrante, une beauté extraordinaire.
Évidemment, cela a attiré le regard de la femme de Potiphar, qui a essayé de l'attirer. Elle a échoué, vous connaissez l'histoire. Yossef s'est fait accuser à tort de viol, et il se retrouve en prison.
Partout où Yossef va, il est écrit que Hachem Atzliach Be'ado, que Dieu est avec lui, que Dieu lui donne la réussite. Même en prison, il devient le second du responsable de la prison. Et tout d'un coup arrivent en prison le sar ha-ofim et le sar ha-mashkim, le maître panetier et le maître échanson, avec les deux rêves que vous connaissez, et l'interprétation des deux rêves de Yossef.
La paracha se termine sur Yossef qui dit au maître panetier, parce que dans son rêve il a interprété qu'il va retourner au service de Pharaon: « Quand tu retourneras au service de Pharaon, s'il te plaît, ne m'oublie pas. » Il dit deux fois: « Ne m'oublie pas, ne m'oublie pas. » Et le dernier mot de la paracha est Vayichkehou. Qu'est-ce qu'a fait le maître panetier ? Il a oublié Yossef, évidemment. C'est le contexte de notre verset. Nous rentrons tout de suite dans le verset de la paracha de Miketz.
Alors, on y va: Vayehi mikets shenatayim yamim. Comme à notre habitude, on va commencer par le côté technique, l'hébreu biblique: analyser chaque mot, ensuite les questions, et on essaiera d'y répondre. Commençons par ce premier mot, Vayehi, qu'on avait déjà vu rapidement quand on a parlé du mot Vehaya. Vous vous souvenez, on avait vu le vav conversif, et on avait expliqué la différence entre Vehaya et Vayehi. On avait dit que Vehaya est un lachon simha,
et que Vayehi, comme je l'avais dit à l'époque, est un lachon tsara. Lorsqu'il y a le mot Vayehi, on va le voir dans la Guemara, je vous ai amené les sources aujourd'hui. Lorsqu'il y a marqué Vayehi, c'est toujours, a priori, un verset qui va introduire un événement difficile, de souffrance, malheureux. Quelle est la logique ? Vous vous souvenez: Hayah est le verbe « être » au passé. Le vav de Vehaya convertit le passé en futur. Cela veut dire qu'on part en réalité d'un événement futur, qui
va s'enraciner dans le passé. C'est pour ça que c'est un lachon simha. Par exemple: Vehaya ki yavi'akha el Erets Yisrael, et lorsque tu arriveras sur la terre d'Israël. Pourquoi est-ce un lachon simha ? On arrive sur la terre d'Israël, mais cette arrivée est connectée à une dimension de Hayah, de passé. Elle est enracinée dans le passé. Il y a donc une harmonie entre le passé et le futur, et lorsqu'il y a harmonie, il y a simha. Ça, c'est le Vehaya.
Maintenant, le Vayehi. C'est l'inverse. On a Yehi, le verbe « être » au futur, « il sera », et le vav qui convertit le futur en passé. On peut donc traduire par « c'était » ou « ce fut ». A priori, cela doit être l'inverse: quand vous voyez le mot Vayehi, cela doit introduire une dimension normalement future, un événement nouveau qui doit apparaître, mais hop, on le transforme en passé. Il va s'enraciner dans le passé, c'est-à-dire que cet événement futur va, a priori, se connecter à une dimension néfaste du passé: on va retomber dans les erreurs du passé. Encore une fois, a priori.
Maintenant, regardez. Je vous ai amené le Talmud, le traité de Megila, qui parle de ce mot Vayehi. Vayehi bimei Achashverosh. Dans le Talmud, on parle de la Méguila d'Esther, et le tout début du livre d'Esther commence par Vayehi. Bimei de HaKadosh Barouch Hou, à l'époque du Saint, béni soit-Il. Rabbi Levi a dit, Rabbi Yonatan ayant transmis cette tradition: c'est une tradition entre nos mains, mi-mehanchei knesset ha-gedola, des gens de la Grande Assemblée.
Qui sont les gens de la Grande Assemblée ? Ce sont les sages du début du Second Temple, qui réunissaient les derniers prophètes et les premiers hachamim, c'est-à-dire les premiers sages de la génération des zougot, des tanaïm, des sages de la Michna. Ces gens de la Grande Assemblée ont été les garants de la tradition d'Israël après le retour de l'exil de Babylone. Rabbi Levi nous cite donc une tradition reçue de cette assemblée: chaque endroit où il y a marqué Vayehi, [ce n'est que] lachon tsara, un langage de souffrance.
Si on s'arrête là dans le Talmud, on devrait dire que Vayehi, sans voir la suite, se lit déjà comme annonçant un verset difficile, en tout cas un verset qui va introduire des événements difficiles. La Guemara amène ensuite des preuves. Vayehi bimei Achashverosh: quel était le tsar ? Quelle était la souffrance ? C'était Haman, le méchant, qui voulait détruire l'âme d'Israël. Vayehi bimei shofet ha-shoftim: là, c'est dans le livre de Ruth, « ce fut à l'époque des juges ». Et à cette époque-là, il y a eu une grande famine. Vous voyez que, dans chacun de ces cas, le Vayehi est suivi d'un événement douloureux.
Il y a aussi un Vayehi au moment où l'humanité commence à se multiplier et où Dieu voit que l'homme est mauvais: cela introduit l'événement du Mabboul, du déluge. Encore un Vayehi. Ensuite: Vayehi bin'so'am mikedem, « et ce fut lorsqu'ils voyagèrent vers l'est ». Là-bas, ils ont voulu construire une ville, et cela donne la tour de Babel: encore un événement douloureux. Vayehi bimei Amrafel, « ce fut à l'époque du roi Amrafel », et cela entraîne la « première guerre mondiale » entre les quatre rois et les cinq rois: la guerre des quatre rois contre les cinq rois, à l'époque d'Abraham.
Un autre Vayehi: Vayehi bi-hiyot Yehoshua bi-Yericho, quand Yehoshua fait la conquête d'Israël. Il voit un ange, et une épée est dans sa main. Il comprend que c'est un événement difficile qu'il a annoncé. Donc, si on s'arrête là: Vayehi, retenez, c'est lachon tsara, un langage de souffrance.
Mais le Talmud amène ici une objection. Il dit: « Voici ce qui est écrit: Vayehi bayom hachemini, et il est écrit Vayehi …
Cours d'Orot veKelim
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