Moshé, le libérateur inattendu : pourquoi « Ani Adonai
Le refus de Moshé, le dialogue avec Hachem et le sens de « Ani Adonai » dans Vaéra, éclairés par Rachi.
Rav Nathaniel Sigoura
Ensuite : Pourquoi la paracha porte le nom de Yitro, 1 h 00
En bref
Le Rav Sigoura étudie les premiers versets de Vaéra et le dialogue entre Hachem et Moshé après l'échec de la première mission auprès de Pharaon. Il explique que le prophète peut argumenter avec Dieu, et que les noms divins Elohim, El Shaddai et Adonai correspondent à trois étapes : la justice rigoureuse de la création, la promesse faite aux Patriarches, puis la réalisation du projet. Le cours s'appuie sur Rachi et sur les sphirot.
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J'espère que tout le monde va bien. Très heureux de vous retrouver. Tov, on continue notre étude, Bézrat Hachem, sur l'hébreu biblique. Donc cette semaine, nous sommes à la paracha de Vaéra. Comme à notre habitude, nous allons recontextualiser. On se rappelle que la paracha de Chemot, c'est la naissance de l'exil d'Israël. Et nous avons un personnage extrêmement important qui va apparaître, c'est le personnage de Moshé.
Et c'est très intéressant que c'est lui que Dieu va choisir comme Goël, comme celui qui va délivrer le peuple d'Israël. Car c'est quelqu'un qui n'a jamais été en contact avec le peuple hébreu et avec sa souffrance. Je vous rappelle que Moshé bébé devient le fils adoptif de Pharaon. Pendant quarante ans, il est prince d'Égypte. Ensuite, il doit fuir l'Égypte. Pendant quarante ans,
le midrash raconte qu'il se balade un peu dans le monde, il a fait des guerres, il était roi de plusieurs pays. Il se retrouve à Midian. D'ailleurs, quand il arrive à Midian, Tsipora, qui le voit, l'appelle Ish Mitsri, un homme égyptien. C'est-à-dire, Moshé n'a, a priori, rien d'un Hébreu. Il fait paître le troupeau de Yitro, il se retrouve au buisson ardent. Et là, Dieu l'envoie délivrer son peuple. Et Moshé, très logiquement, refuse. D'accord ? C'est-à-dire, beaucoup de possibles accusations. Mais comment c'est possible que…
Alors déjà, on voit deux choses. On voit que le prophète, dans le judaïsme, a un dialogue avec Dieu, peut refuser, peut contredire Dieu, peut argumenter contre Dieu. Donc Dieu ne cherche pas des robots, un peu comme dans l'islam où, quand on dit Allah Akbar, on s'écrase. Ça veut dire qu'il y a le Dieu Tout-Puissant qui écrase tout, dont l'homme. Alors que dans le judaïsme, quand on dit Baroukh Hatta Adonaï, Baroukh Hatta, on se penche, Adonaï…
On fait face à Dieu. Donc l'objectif du prophète, c'est la rencontre avec Dieu. Et dans tous ses aspects. Ça veut dire vraiment qu'on peut même argumenter avec Dieu. Donc c'est très logique que Moshé refuse. Et il dit: « Mais envoie Aaron. Je ne comprends pas. Envoie Aaron. Moi, je n'ai jamais grandi avec le peuple hébreu. Je suis techniquement le fils biologique d'Amram et de Yokhevet. » Le midrash raconte qu'il a reçu une tradition de Yokhevet. Il connaissait un peu les noms divins. C'est grâce à ce nom qu'il a tué l'Égyptien.
Mais c'est caché, c'est-à-dire ce n'est pas du tout explicite dans le texte. Il y a des commentateurs qui vont dire: quand il a tué l'Égyptien, il l'a tué. Avec une arme, etc. Mais pas forcément avec un nom divin. Le midrash dit que c'était avec un nom divin. En tout cas, le refus de Moshé est très clair. Ça veut dire: envoie mon frère. Envoie Aaron. Aaron, il a trois qualités. Un, il a vécu l'exil.
Dans le ghetto, avec les Hébreux, avec ton peuple, Dieu. Deux, c'est un très bon orateur, alors que moi, je suis bègue. Trois, c'est un rabbin, c'est un homme de Dieu. Moi, je suis un homme d'État. Moi, j'ai été formé à la guerre, j'ai été formé à diriger des États. Et qu'est-ce que tu en fais maintenant ? La personne qui va être choisie par Dieu, ça va être un homme d'État et ça ne va pas être un rabbin. Et Dieu: « Non, non, non. Tu n'as pas compris.
Celui qui va délivrer Israël, ce sont justement les qualités dont j'ai besoin. J'ai besoin de ça. » Et après, c'est toute une étude. Pourquoi Dieu a-t-il choisi Moshé ? Justement, quelqu'un qui n'a pas grandi et qui n'a pas souffert avec le peuple d'Israël. Mais on voit qu'il y a tout un ping-pong entre Dieu et Moshé. Ça a duré sept jours. D'accord ? Il est écrit que ce sont sept jours de dialogue entre Dieu et Moshé. Et à la fin, Moshé accepte. J'allais dire, un peu à contrecœur.
Dieu va l'aider, lui envoyer Aaron, « t'inquiète pas ». Comment je vais faire ? Je vais me retrouver devant le président des États-Unis, je me retrouve devant Pharaon, et je suis bègue. Vous imaginez, ça la fout mal. « Non, t'inquiète pas, j'envoie ton frère, il arrive, il se réjouit dans son cœur, il va t'aider, c'est lui qui va être ton intermédiaire. » Ils vont voir Pharaon, et ça se passe très très mal. Très très mal. Alors déjà, on voit quelque chose d'intéressant chez ce Pharaon.
C'est qu'il a une sorte d'honnêteté intellectuelle, qu'on va voir tout au long des différentes paracha. Il voit deux vieillards de 80 ans, un de 80 ans et un autre, je ne sais pas combien, Aaron avait peut-être plus, 90-100 ans, arriver et leur dire: voilà, s'il te plaît, on te demande expressément, sous la directive d'un dieu que tu ne connais pas, le dieu des Hébreux, on te demande de
(merci Dina, Simran) — Aaron avait 83 ans. On te demande de te séparer d'une grande partie de ta main-d'œuvre qui développe ton pays. D'accord ? Donc vous imaginez deux vieillards qui arrivent voir Donald Trump et disent: voilà, notre Dieu te demande de fermer 5 %, 10 % de tes usines, de tes start-up de la Silicon Valley.
Donc Pharaon a été extrêmement honnête intellectuellement. Déjà, il ne les a pas mis à mort sur place. Il aurait pu dire: c'est qui ces deux fous, tuez-les-moi. Il a dit: non, non, mais je ne vais pas le faire. Et vous allez voir, il bosse. Il a alourdi l'esclavage. Et ça, ça a beaucoup déplu à Moshé. D'ailleurs, après, quand Moshé va revenir dans la paracha de Vaéra, on voit que Pharaon
fait un deal avec lui. Il dit: « Tu veux qu'on teste ? On va tester. On va voir qui est le plus grand dieu. » Et Pharaon se prend les dix plaies. Au début, avec conscience; après, Dieu lui alourdit le cœur. On voit que ce Pharaon-là n'est pas juste un petit personnage historique, c'est un grand rachat, mais on voit qu'il y avait une qualité chez lui, une sorte de curiosité, d'honnêteté intellectuelle, pour voir qui est le plus grand des dieux.
En tout cas, la mission est complètement échouée. Moshé revient voir Hachem à la fin de la paracha de Chemot et se plaint. Il dit: « Hachem, je t'avais dit. Quel rapport maintenant avec moi ? Je ne suis pas apte à délivrer ton peuple. Ça ne marche pas. J'ai essayé, ça ne marche pas. Il y en a qui ont essayé et ils ont eu des problèmes. Eh bien voilà, j'ai essayé, j'ai eu des problèmes. » Et il lui dit une phrase très dure.
Pourquoi tu fais du mal à ce peuple ? Il ne souffre pas assez. Je t'ai dit, Dieu, ça va marcher. Je ne suis pas apte à être le Goël. Je ne suis pas apte à être le Machiah. Et il lui dit: lamah hara'otah la'am hazeh, lamah shelachtani, pourquoi tu m'as envoyé ? C'est comme ça que se conclut la paracha de Chemot. Et nous allons …
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