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Lekh Lekha : la bénédiction, réceptacle et non formule magique

Pourquoi la bracha suppose un réceptacle intérieur, et ce que Dieu promet à Avram en le faisant devenir une bénédiction.

1 h 03

Rav Nathaniel Sigoura

Ensuite : Pourquoi la Torah ne présente pas Avram, 1 h 00

En bref

Le Rav Sigoura explique le verset « Ve'a'esra legoï gadol » (Lekh Lekha 12,2) : Hachem promet à Avram de faire de lui une grande nation et une bénédiction. Il montre que la bénédiction (béracha, de la racine « bèr'kha », réceptacle) n'est pas une formule magique mais un état à construire par l'effort moral pour recevoir l'abondance divine. Il développe trois aspects de la grandeur d'Israël : révéler Dieu au niveau collectif, équilibrer les quatre pouvoirs (roi, juges, Cohen, prophète), et unir les valeurs de la Hessed et de la Din.

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

## Rappel du passage

Donc, continuons notre étude, Bezrat Hachem, sur l'hébreu biblique. David est là. Je ne sais pas s'il est enregistré. C'est enregistré ? Oui, c'est bon.

Comme à notre habitude, on étudie pour la protection et la réussite de nos soldats, Bezrat Hachem, pour le retour des otages en bonne santé physique et mentale, et pour la guérison de tous les blessés, Bezrat Hachem. Ok, nous étions sur le deuxième verset de la paracha de Lekh Lekha.

Alors, on va reprendre le verset. On voit bien mon écran ? C'est bon ? Ok. On avait dit qu'après Lekh Lekha, Dieu lui dit: Ve'a'essera legoy gadol. On avait expliqué que le mot ve'a'essera, en hébreu, c'est « parfaire quelque chose », « compléter quelque chose ». Donc, quand il dit « je te ferai », ce n'est pas juste « je te ferai »: cela veut dire « je vais te compléter ». Il y a quelque chose en toi, Avram, qui est pour l'instant manquant.

Et je vais maintenant compléter ton identité. Comment ? En te transformant en goy gadol. Goy, on avait expliqué que c'est une nation. Donc une grande nation. Va'avarekha, et je vais t'apporter la bracha. On avait expliqué que la bracha se comprenait de trois façons, enfin c'était une seule chose, mais on avait donné trois explications. La bracha, c'est un ajout, d'accord ? On avait dit que la racine de bracha, c'est bet, rèch, kaf, bet (deux cent vingt-deux): c'est la multitude, c'est l'abondance.

On avait également expliqué que, contrairement au mot français « bénédiction », qui vient du latin benedictio (bene, qui veut dire bien, et dictio, la parole), la bracha n'est pas la bénédiction. Pourquoi ? Parce que la « bonne parole », dans la culture occidentale, c'est une sorte de formule magique: quand on parle de bénédiction, c'est une parole qui agit sans aucune dimension morale, sans aucun effort. C'est comme un grimoire: vous lisez la formule, peu importe qui vous êtes, la formule marche.

Or la bracha, ce n'est pas du tout ça. On m'avait expliqué que cela vient de la racine berèkha. Je l'ai marqué quelque part. Non. La racine b-r-kh, vous vous en souvenez ? Berèkha, c'est la piscine. Et qu'est-ce qu'une piscine ? C'est un réceptacle. Donc, pour que la bracha arrive, il faut d'abord créer le réceptacle pour recevoir l'eau. L'eau, c'est l'abondance. L'eau est toujours là: la bracha, l'abondance divine, est toujours dans le ciel. Simplement, il faut le réceptacle pour pouvoir la recevoir. Donc il faut faire un effort.

Pour recevoir la bracha, ce n'est pas magique. Il y a donc une dimension morale dans la bracha. Et la deuxième racine du mot bracha, on l'avait vue: elle vient du mot berekh, le genou, qui relie les parties hautes du corps (le cerveau, le cœur, les reins, le foie, l'estomac, les intestins) aux dimensions basses (les pieds, le bas des jambes). La bracha, c'est donc un état d'être dans lequel il y a une connexion. C'est une ouverture vers les dimensions supérieures.

C'est ce que Hachem promet à Abraham. On avait vu la dernière fois Va'agadla Chemekha, « je grandirai ton nom », et vehié bera'ha, « tu seras une bénédiction ». Bon. On s'était posé des questions, on va les revoir: pourquoi Dieu ne cite-t-il qu'Abraham pour parler de la nation ? Normalement, quand un homme fonde une famille, il a des descendants, pas une nation. Donc c'est étrange qu'à partir d'un seul homme naisse une nation.

Deuxièmement, pourquoi Dieu veut-il faire naître de Abraham une nation et pas une religion ? Ça, on avait expliqué la semaine dernière, vous vous en souvenez. Et maintenant, on va commencer à expliquer la suite. Qu'est-ce que c'est, maintenant, Va'agadla Chemekha ? Avant, il y a goy gadol. Il aurait pu dire: « Je ferai de toi une nation. » C'est déjà un ridouï en soi, c'est-à-dire un miracle: au lieu d'une descendance, d'une famille ou de familles, va naître une nation, une entité politique, avec un État, une armée, une économie. Mais cette nation sera gadol, grande.

On avait expliqué que Dieu a décidé de créer, à partir d'Abraham, une nation et non une religion, parce que la religion se diffuse simplement dans les âmes individuelles, alors que la nation touche toutes les couches de l'existence. Quand on parle ici d'un véritable monothéisme, Dieu, qui a créé Chamaïm et Haarèts, veut se révéler dans toutes les couches de l'existence. C'est une nation qui sera gadol. Et plus loin, on verra un autre verset qui dira qu'elle sera kadosh.

## Une nation grande: révéler le divin

Alors, en quoi est-elle gadol ? On va donner trois explications. La première grandeur de la nation d'Israël, c'est la capacité à révéler des dimensions divines au niveau collectif.

Chez les membres des nations du monde, il y a une capacité à révéler Dieu à travers sa sainteté, sa kedoucha individuelle. Chaque être humain sur terre a une âme, une âme divine. Il est écrit dans le midrash Tana Debé Eliyahou, qu'a écrit Rav Anan, un sage du Talmud, à qui Eliyahou Hanavi se révélait. Dans ce midrash, il est dit qu'Eliyahou Hanavi le révèle: que ce soit un homme ou une femme, un Hébreu ou un membre des nations, chacun peut atteindre la prophétie en fonction de ses efforts.

Donc chaque être humain sur terre peut se connecter à Dieu et révéler Dieu sur terre à travers son individualité, son âme individuelle. Au niveau collectif, chez les nations, pour l'instant, ce n'est pas possible. Les nations ne peuvent pas révéler le divin dans leur collectivité, seulement dans l'individualité. La seule nation qui, pour l'instant, peut le faire, c'est le peuple d'Israël. C'est cela, la grandeur du peuple d'Israël: avoir une capacité intrinsèque à révéler le divin au niveau de la collectivité.

Concrètement, que veut dire cela ? Cela veut dire que, dans l'armée, dans les guerres, dans l'économie, dans l'éducation, dans l'agriculture, tout ce qui touche à la nation d'Israël devient un vecteur du dévoilement divin. Vous venez en Erets Israël, vous labourez un champ avec une pelle: vous révélez du divin ici. Vous vous occupez d'éducation: vous révélez du divin. Vous n'allez pas seulement éduquer les enfants; il y a quelque chose de plus grand qui vous traverse. Vous construisez des routes: vous révélez le divin.

Il y a un grand sage qui s'appelait Rabbi Yitzhak Abouhatsira, le grand frère de Baba Salé. J'ai reçu le témoignage de quelqu'un qui me raconte que, lorsqu'il est arrivé en Erets Israël, il venait du Maroc et il a fait son aliyah. C'était un très grand Rav, il était dayan, juge rabbinique, ce n'était pas n'importe qui. Il était aussi quelqu'un de très humble. Quand il arrive en Israël, il ne dit pas « je suis le grand rabbin, regardez-moi »: il arrive comme un simple juif. Il est arrivé en Israël dans les années 60, 70, et à un moment...

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