Qui est Avraham, le quatrième prophète
Pourquoi la Torah ne le présente pas, et pourquoi Dieu lui confie une nation plutôt qu'une simple doctrine.
Rav Nathaniel Sigoura
Ensuite : Lekh Lekha : la bénédiction, réceptacle et non formule magique, 1 h 03
En bref
Le Rav Sigoura reprend l'étude de Lekh Lekha en s'interrogeant sur la figure d'Avraham : qui est-il, et pourquoi la Torah le présente-t-elle sans passé détaillé alors qu'elle en dit beaucoup sur Noa'h. Il explique pourquoi l'appel divin exige de quitter trois attaches, la terre, le lieu de naissance et la maison paternelle, et pourquoi Dieu choisit de fonder une nation plutôt qu'une religion. Il développe ensuite la notion de bénédiction (bera'ha) comme réceptacle et lien avec le divin, et la mission confiée à Avraham et à son peuple de la transmettre au monde.
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Shalom, shalom à tous. Nous reprenons notre étude sur l'hébreu biblique. Excusez-moi: aujourd'hui, nous avions prévu, après, à partir de 10 heures, le cours sur le découvert de l'hébreu moderne, mais je dois récupérer mon fils à 10 heures. Je m'excuse, je ne pourrai pas faire ce cours. Pas de problème.
On reprend l'hébreu biblique, Béézrat Hachem. Nous étions sur la paracha de Lekh Lekha, toujours au premier verset. Qu'avons-nous dit sur ce premier verset ? Nous avions terminé, me semble-t-il, la première étape: décortiquer le passouk en hébreu biblique. Nous avons expliqué ce qu'est Vayomer, le nom de Havaya, Lekh Lekha, etc. Nous avons tout expliqué, et nous avons arrêté à El Ha'aretz acher ar'eka, d'accord ?
Nous avions expliqué Hachem HaKadosh. Cela ne veut pas dire « je te montrerai », mais « je te montrerai, toi, Avraham, je te montrerai aux autres ». Tiens, David, je peux juste couper les micros, s'il te plaît ? Voilà. Ça, c'était la première étape. La deuxième étape consiste à se poser des questions. J'avais un peu triché la semaine dernière, parce que j'avais déjà expliqué pas mal de choses sur le verset. Je ne vais donc pas passer trop de temps dessus; j'aimerais avancer au verset suivant.
Il y a pourtant beaucoup de questions qui se posent. La première grande question, sur ce premier verset, et de manière générale, est: qui est Avraham ? On nous présente le troisième prophète de l'histoire biblique — il y en a peut-être d'autres. Le quatrième, pardon. On a Adam, on a Noa'h, on a Ever, et là, on a un quatrième. Il y avait d'autres prophètes, mais c'est le quatrième personnage biblique qu'on nous présente comme prophète. Dieu se révèle à lui. Et, de façon très étonnante, on ne sait pas qui est Avraham.
Ce que je sais d'Avraham pour l'instant, c'est qu'il est un descendant de Chem et d'Ever, fils de Térah. Son frère est mort à Haran, à Ur Kasdim. Il a suivi son père pour monter en Erets Kena'an, et s'est finalement arrêté en chemin, en territoire araméen. Et c'est tout. C'est intéressant. Dans le midrach, on lit qui est Avraham. Mais dans la Torah, Dieu n'a pas un stock limité d'encre. S'il voulait nous présenter Avraham, il l'aurait fait un peu comme Noa'h: Noa'h matsa ḥen be-einei Hachem, il a trouvé grâce aux yeux de Dieu; ish tsadik, c'est un juste; tamim, un homme entier; et Ha-Elohim hithalekh, il s'est forcé de marcher avec Dieu. Trois ou quatre mots suffisent. Ici, rien: on ne nous dit pas qui est ce personnage. Il va créer un peuple, il va réparer l'humanité, et on ne sait pas qui c'est, Avram.
N'oubliez pas que nous ne connaissons pas la suite des versets. Le verset nous a été présenté, il nous a été écrit, il doit avoir un impact sur nous, indépendamment de la suite. C'est donc la première grande question de ce verset: qui est cet Avram ? Ce n'est pas clair. Il est prophète, c'est apparemment quelqu'un de très grand, mais on ne sait pas qui il est. Je laisse la question en suspens, et nous y répondrons au fil de la suite.
Il y a aussi une autre question sur ce verset: il y a beaucoup de mots, a priori, en trop. Si Hachem voulait dire à Avram « quitte ton pays, va vers la terre », il aurait simplement dit: Lekh lekha me'artsekha el ha'aretz acher ar'eka. C'est tout. Mais là, il y a deux destinations: lekh lekha, va vers toi, et el ha'aretz, vers la terre.
La réponse est simple, on ne va pas trop tergiverser, c'est évident. Aller vers la terre, c'est aller vers soi. Quand il va vers lui-même, c'est la terre. Nous l'avions expliqué la semaine dernière. Mais il y a beaucoup de mots. Mé'artsekha, mi-moledetekha, mi-beit avikha. C'est comme si je vous disais maintenant: « Venez en Israël ». Si vous venez en Israël, évidemment, vous quittez l'endroit où vous êtes; c'est sous-entendu. Personne ne dit « viens en Israël et quitte Paris, la France, la région parisienne ». Ta famille, tes amis, tes amis d'enfance: personne ne parle comme ça.
Pourquoi Dieu juge-t-il nécessaire de préciser tout cela ? C'est la deuxième question. Le reste, nous y avons répondu: Ar'eka, je l'ai expliqué; el ha'aretz, je l'ai expliqué, etc. Donc, la première question est: qui est Avram, et pourquoi ce personnage ne nous est-il pas présenté ? Je la laisse en suspens, et nous verrons au fur et à mesure des versets. La deuxième question est: pourquoi précise-t-il les trois choses que doit quitter Avram ? C'est très important à comprendre.
Il doit donc quitter trois choses, on l'a dit. Mi-artsekha: une dimension nationale, erets. Mi-moledetekha: l'endroit de ta naissance. Qu'est-ce que l'endroit de ta naissance ? Ce sont tes souvenirs d'enfance, tes amis d'enfance, tes repères. Mi-beit avikha: c'est l'éducation que tu as reçue. Il doit donc quitter ces trois dimensions. Pourquoi Hachem juge-t-il nécessaire de le préciser ? Parce que c'est ce que disait: « C'est difficile pour un Juif de quitter l'exil, mais c'est encore plus difficile pour un Juif que l'exil le quitte. » Autrement dit, on peut monter en Israël et vivre comme en exil. Hachem lui précise donc: attention, Avraham, ce n'est pas seulement quitter un territoire. Tu dois quitter toutes les dimensions, toutes tes attaches, d'accord ? Ta culture, ton nationalisme araméen…
D'accord ? Je vous renvoie au cours que j'ai commencé sur les lettres, à propos de l'araméen. Toutes tes références, tous tes amis d'enfance. On peut quitter un pays tout en gardant le contact avec sa famille, avec ses amis d'enfance. Non: il faut aussi se détacher de cela. Et la maison de ton père. Qui est la maison de ton père ? Il y a son père, évidemment, et son frère, Nahor. D'accord ? Il doit quitter tout cela. Pourquoi Dieu lui dit-il de faire cela ? C'est cruel ?
Comment ça ? On peut quitter un autre pays et garder ses racines, ses attaches. Non, non, non. Parce qu'Avraham est quelqu'un de très particulier, et c'est là que commence à se dessiner une réponse à la première question. Dieu veut, à partir de lui, créer une nouvelle humanité, ou, de manière plus générale, restructurer l'humanité par lui. Il faut donc un reset. Il y a eu une première tentative avec Adam: elle a échoué. Il y a eu une deuxième tentative avec Noa'h: elle a échoué. Et maintenant il
y a une troisième tentative, que Dieu ne veut absolument pas voir échouer: c'est avec Avraham. Je triche un peu, car la suite des versets n'est pas encore lue, mais ici il lui dit de quitter toutes ces dimensions, parce qu'il faut une page blanche. Et la page doit être tellement blanche que même son nom va changer. Il doit donc se déconnecter de trois dimensions: nationale, familiale, et celle de l'enfance, si l'on veut, et l'éducation.
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