Tetsavé : les hommes du Mishkan et l'huile de la Ménorah
Pourquoi Hachem confie à Moshé l'huile de la Ménorah et la consécration des Kohanim, et ce que la Ménorah reçoit.
Rav Nathaniel Sigoura
Ensuite : Ki Tissa : recevoir, recenser, et le danger d'effacer le nom, 1 h 00
En bref
Le Rav Sigoura étudie le début de la paracha Tetzavé et le verset où Hachem demande à Moshé lui-même, et non par des intermédiaires, de faire venir l'huile d'olive pure pour la Ménorah, de consacrer Aharon et ses fils comme Kohanim et de désigner les artisans des vêtements du Kohen. Il explique le sens du mot « maor », un réceptacle destiné à recevoir une lumière spirituelle, et le rôle du Kohen comme intermédiaire entre la lumière divine et les vêtements, qui correspondent aux sefirot. Le cours montre que la construction d'un réceptacle pur et la capacité à capter la lumière sont les deux conditions d'une vie féconde.
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom à tous, Boker Tov. Qu'est-ce que c'est heureux de vous retrouver. Donc, on commence aujourd'hui l'étude de la paracha de Tetzavé. Cette paracha fait suite à la paracha de Terouma, qui traite de la structure du Mishkan. Dans Terouma, il y a l'ordre de Dieu de construire ce réceptacle qu'est le Mishkan, ainsi que les ustensiles: l'Arche de l'Alliance, la Ménorah, etc., le Mizbéa'h, la table (Chulchan) et les Khemapanim.
Dans la paracha de Tetzavé, on va davantage parler des personnes qui vont agir à l'intérieur du Mishkan, c'est-à-dire les Kohanim. Le début de la paracha est assez étrange. En général, le dialogue entre Hachem et Moshé, ou de manière générale le début des parachiot, est structuré de deux façons: soit par le fameux Vaidaber Adonai el Moshé lémor, l'introduction qu'on connaît, soit par une description.
Ici, c'est un dialogue entre Dieu et Moshé, déjà sans introduction, et il y a une expression qui est assez singulière: Véata. Véata, ça veut dire « et toi ». Et Tetzavé, on va voir ce que c'est tout de suite. Donc le verset commence comme ça: Véata Tetzavé Èt Béné Israël.
Tetzavé vient de la racine tsav, tsadé, bet. Attention pour les hébraïsants: tsav n'est pas une tortue. Une tortue, c'est tsav, et on l'écrit comme ça. C'est une erreur très classique. Tsav, comme ça, vient de la racine mitsva. Litsavot, qui veut dire donner un ordre.
Donc Tetzavé, le tav au début, c'est la forme future: tu ordonneras. Et Béné Israël, les enfants d'Israël. Vayikrou: attention, très souvent on voit dans nos versets le fameux vav conversif. Mais le vav n'est pas toujours conversif. Il peut avoir aussi ce qu'on appelle le vav de la connexion. En français, on le rend par une conjonction de coordination, « et ». Et en l'occurrence, ici, c'est un vav de connexion: ce n'est pas le futur qui se transforme en passé, c'est la continuité. Il faut donc lire Vayikrou: le vav est le « et », yikrou veut dire « ils prendront ». Il vient de la racine kof, resh, aleph, kakh, lékakh, tout ça veut dire prendre. Tout ce que je mets en rouge, ce sont des racines pour les débutants que vous devez maîtriser, parce que ce sont des choses qui vont revenir très souvent.
Donc, ils prendront élékha. On connaît cette forme, on l'a vue plusieurs fois: élé est la direction, et lékha, la préposition lé qui fusionne avec le pronom personnel kha, donne « vers toi ». Je répète: Véata, et toi. Tetzavé, tu ordonneras. Béné Israël, les enfants d'Israël. Vayikrou élékha, et ils prendront vers toi.
Qu'est-ce qu'ils prendront ? Chémen, de l'huile. Zayit, d'olive. Zakh: en hébreu, cela veut dire pur. Katit: cela veut dire concassé, compressé. Lamaor: on traduit par luminaire ou éclairage, mais on va étudier ce mot en profondeur. Pour l'instant, on le traduit par éclairage.
Léha'alot ner tamid: pour faire monter la bougie, toujours. Attention, il n'est pas écrit « pour allumer », il est écrit « pour faire monter ». Ce n'est pas léhadlik, c'est léha'alot. Léha'alot est à la forme hif'il, la forme causative: faire faire une action. Le Kohen doit agir pour que la flamme monte d'elle-même.
Donc, pour faire monter la bougie, toujours. Avant d'entrer plus en profondeur dans ce verset, et de revenir sur le côté technique, j'aimerais dézoomer un petit peu et regarder les premiers versets de la paracha. L'expression Véata apparaît trois fois.
La première fois, c'est Dieu qui dit à Moshé d'aller ordonner au peuple d'Israël de donner de l'huile d'olive pure, etc., pour la Ménorah, le camp des larmes. La deuxième fois, c'est ce verset: Véata hakrev élékha èt Aharon akhikha. Et toi, approche vers toi Aharon ton frère. Je ne vais pas tout traduire ici, mais ce verset est très important. C'est l'ordre donné à Moshé de sélectionner Aharon et ses enfants comme Kohanim, comme prêtres.
Il va y avoir ici une différenciation. Je précise bien: différenciation, pas séparation. En hébreu, c'est lehavdil, havdala. Hav-da-la. Ce n'est pas une séparation. C'est une différenciation, c'est-à-dire qu'il y a une connexion entre les deux choses que tu différencies, mais chacune a une fonction. Par exemple, la Havdala qu'on fait le samedi soir n'est pas pour séparer, Chasvei Chalom, pour casser le Chabbat des six jours de la semaine. Non. C'est pour distinguer la kedoucha de Chabbat des six jours de la semaine. Mais Chabbat va être l'âme, et les six jours de la semaine vont être le corps. Pareil pour les Kohanim.
Les Kohanim ne sont pas au-dessus maintenant, ça y est, ils sont déconnectés du peuple. Cette capacité que va recevoir Aharon est totalement connectée au peuple. Il va simplement recevoir une capacité spéciale, des capacités qui vont lui permettre de servir au Temple.
Donc la deuxième fois, il y a Véata dans la sélection du Kohen. La troisième fois, il y a Véata juste après, quand il est dit Véhakrev... c'est l'ordre de faire les habits du Kohen. Et là, de manière assez étrange, il y a encore Véata. Dieu dit à Moshé: Védaber èl kol ha-hakhmé lev, parle à toutes les personnes qui ont une sagesse du cœur, acher émalété ruakh hakhma, que j'ai remplies d'esprit de sagesse. Véasou èt bigdé Aharon likdicho, et ils feront les habits d'Aharon, qui sont des habits de kedoucha, des habits saints. Pour qu'ils puissent servir au Temple.
Si on récapitule: trois fois, il y a Véata, et c'est une expression très singulière, qui n'apparaît pas ailleurs. Premièrement, quand Hachem dit à Moshé d'ordonner au peuple d'Israël d'amener de l'huile d'olive pour la Ménorah. Deuxièmement, dans l'ordre de sélectionner Aharon comme grand prêtre et ses enfants comme prêtres, comme Kohen. Et troisièmement, pour sélectionner les artisans qui vont confectionner les habits du prêtre. Je vais arrêter de dire « prêtre », je vais dire Kohen.
La question qu'on doit se poser, évidemment, c'est pourquoi, précisément dans ces trois mitsvot, il y a ce changement d'expression. Regardez, j'ai fait une petite sélection. Toute cette liste en petit, ce sont les expressions utilisées par Dieu dans la paracha de Terouma. Lorsque Dieu dit à Moshé de faire quelque chose, il lui dit Véassita: « Et tu feras l'Arche de l'Alliance, et tu feras la Ménorah, et tu feras... », etc. Là, il aurait dû dire « Véassita les vêtements des Kohanim », etc. Mais il dit Véata. Il y a un changement d'expression. Les sages, vous comprendrez ici.
Que veut dire véassita ? On l'avait déjà vu souvent. On avait dit qu'en hébreu biblique, le verbe laasot, qu'on traduit par « faire », ne signifie pas simplement « faire ». Laasot, en hébreu biblique, veut dire terminer le travail. On le voit dans Béréchit, avec trois expressions pour décrire la création: bara, yetzara et assa. Vous vous souvenez ? Bara, à chaque fois que vous voyez le mot bara, livro, etc., c'est une création ex nihilo. Yetzara, c'est sur la base de cette nouvelle création qu'on va façonner. Et assa, c'est terminer le travail.
Cours d'Orot veKelim
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