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Terouma : le Mishkan, un Sinaï portatif

Comment la révélation du Sinaï se transpose dans le Mishkan, puis dans le Temple, selon Ibn Ezra et Rachi.

1 h 03

Rav Nathaniel Sigoura

Ensuite : Tetsavé : les hommes du Mishkan et l'huile de la Ménorah, 1 h 03

En bref

Le cours étudie le premier verset de la paracha Terouma, « Vaidaber Adonai el Moshe lemor », répété sans cesse dans le livre de l'Exode, et montre comment les commentateurs (Ibn Ezra, Baal HaTourim, Rambam, Nahmanide) y lisent le passage de la révélation au Sinaï à une présence divine transportable dans le Mishkan, puis dans le Beit Hamikdash. Il explique ensuite le paradoxe d'un ordre adressé à un don venant du cœur, en s'appuyant sur Rachi, le Midrash et l'idée que le Mishkan reçoit l'empreinte de ceux qui le construisent. Le cours éclaire aussi le sens du mot terouma, prélèvement mais aussi élévation.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

On continue notre étude sur l'hébreu biblique. B'ezrat Hachem, cette semaine, nous sommes dans la paracha de Térouma. Après l'événement exceptionnel de la révélation au Sinaï, dans la paracha de Yitro, on entre ensuite dans le monde des détails, dans la paracha de Mishpatim, que nous avons vue la semaine dernière. Et maintenant, avec tous ces détails, toute cette Torah et toute cette Chekhina, cette présence divine, vont pouvoir être réceptionnées et captées par le fameux Mishkan, le tabernacle, comme on dit en québécois.

Nous allons donc entrer dans les parachot qui concernent la construction, l'élaboration et la mise en place du Mishkan. Et ce Mishkan commence par un verset très étrange: Vayédaber Adonaï él Moché lémor.

Pourquoi dis-je que c'est un verset très étrange ? Parce que ce verset revient tout le temps, tout le temps, tout le temps, et à chaque fois on n'y prête pas attention. Nous, nous allons y prêter un peu plus attention, parce que, dans différents cours que nous avons faits, nous avons étudié le Vayédaber et le Lémor, et nous avons compris qu'il s'agit de deux canaux de prophétie différents. Vayédaber, nous l'avons dit, c'est la Chekhina cachée, c'est un langage dur. Lémor, c'est plutôt un langage de rachamim, de miséricorde. Donc nous savons que ce verset n'est pas du tout anodin.

La question qui se pose est la suivante: quand une paracha commence par Vayédaber Adonaï él Moché lémor, doit-on y prêter attention ou non ? La réponse est évidemment qu'il faut y prêter attention. Il y a forcément un enseignement lorsque le texte commence ainsi. Et quel est cet enseignement ici ? Nous allons étudier trois commentateurs qui commentent ce verset: Vayédaber, Adonaï, Moché lémor. Il y en a des dizaines qui le commentent; nous n'en étudierons que trois. Ensuite, nous entrerons dans le cœur de la paracha, Térouma. Mais vous allez voir que le cœur de la paracha commence dès le premier verset.

Regardez ce que dit Rabbénou Avraham Ibn Ezra. Rabbénou Avraham Ibn Ezra fait partie de la grande lignée des sages séfarades, du Moyen Âge. Il vivait, il me semble, au XIVe siècle, peut-être au XIIIe. Voyez ce qu'il dit: pourquoi l'Écriture écrit-elle Vayédaber Adonaï él Moché lémor comme un verset indépendant ? Ibn Ezra dit: apparemment, il y a un enseignement. Quel est-il ? Je vous rappelle que la paracha de Mishpatim se conclut avec Moché qui monte pendant quarante jours et quarante nuits sur le mont Sinaï. Daber lo al davar ha-Mishkan, parle-lui, au peuple, au sujet du Mishkan. Ve-taamé chéyé'assou mikdach leshem Anirbad ve-ichkon betocho: la raison de la construction du Mishkan, c'est une structure qui va recevoir la présence divine. Et regardez ce qu'il ajoute: Ve-chamma yédaber ime Moché ve-lo yaale elé Har, et là-bas, Il parlera à Moché, et Moché n'aura plus besoin de monter vers la montagne.

Ibn Ezra en conclut que ce n'est pas un petit passage anodin. Il y aura une transformation dans la façon dont Dieu va se révéler à Moché. On a eu trois phases. La première était une relation intime entre Hachem et Moché. Hachem se révélait à Moché pendant toute la période de l'Exode, il y avait une relation intime et privilégiée. Mais tout d'un coup, cette relation intime va s'étendre à tout le peuple d'Israël, sur le mont Sinaï. Donc le mont Sinaï va devenir le réceptacle de la révélation de Dieu, à partir de la paracha de Yitro. Et Dieu décide de se révéler sur cette montagne.

Le problème, c'est qu'on ne peut pas rester installés sur le mont Sinaï. On doit s'installer en Erets Israël. Alors comment faire ? On va prendre un mont Sinaï portatif, qui s'appelle le Mishkan. Ce mont Sinaï portatif va se déplacer avec les Bné Israël jusqu'à leur entrée en Erets Israël, jusqu'à se transformer en Mishkan fixe, qui s'appelle le Beit Hamikdash. Nous avons donc trois phases. La première: la révélation au Sinaï, où la parole de Dieu se révèle à tout le peuple d'Israël, et pas seulement à Moché. Ensuite, le mont Sinaï se transpose dans le Mishkan, et le Mishkan se transpose sur le mont du Temple, Har Ha-Bayit, dans le Beit Hamikdash.

Donc, chez Ibn Ezra, il y a un changement, ou plutôt un transfert de la parole de Dieu. Elle était réservée au mont Sinaï, à partir de Bachalah de Yitro, et à partir de maintenant elle va se transférer au Mishkan.

Regardez ce que dit le Baal HaTourim. Le Baal HaTourim, c'est Rabbi Yaakov ben HaRosh, le fils de Rabbénou Acher, le Rosh. Il a écrit le Tour, un grand livre de halakha, et aussi un commentaire de la Torah appelé Baal HaTourim. Il a écrit un autre commentaire de la Torah, HaTorahor. Regardez ce qu'il dit ici: Véhakavod chéchakhan al Har Sinaï. Hakavod, disons, la Chekhina, la présence divine. Kavod, littéralement, c'est l'honneur de Dieu: la présence divine qui résidait sur le mont Sinaï. Vayichkon hakavod al Har Sinaï. Il est écrit que l'honneur de Dieu résidait sur le mont Sinaï. Veoushachan ha-Mishkan: maintenant, la présence divine va se transférer vers le Mishkan. Et quel est le verset qui opère ce basculement ? C'est Vayédaber Adonaï él Moché lémor. C'est-à-dire que maintenant, la parole de Dieu est une nouvelle parole, qui ne va plus être...

Et le Rambam, puis le Ramban, concluent que la troisième étape de ce déplacement sera... Selon le Rambam, dans le Mishkan, résidera toujours avec Israël cette présence divine qu'ils ont vue au mont Sinaï.

Ce n'était donc pas un événement ponctuel, le mont Sinaï. C'est un événement perpétuel. Ce qu'ils ont vu au Sinaï, cette rencontre avec Dieu, ils pourront la vivre chaque fois qu'ils entreront dans le Mishkan. Et le Rambam conclut: Véhamisstakel yafé bahtouvim ha-némarim bemattan Torah, celui qui regarde avec attention les versets qui parlent du don de la Torah au mont Sinaï, hou yavin sod ha-Mishkan oubeit ha-mikdach, il comprendra le secret du Mishkan et du Beit Hamikdash.

Traduisons: le Rambam nous dit que le Beit Hamikdash et le Mishkan sont un Har Sinaï, fixe ou portatif: portatif pour le Mishkan, fixe pour le Beit Hamikdash. Nous avons donc trois lieux où Dieu va se révéler au peuple d'Israël: le mont Sinaï, le Mishkan, et le Beit Hamikdash, le mont du Temple. Et tout cela, nous l'apprenons de Vayédaber Adonaï él Moché lémor. Ces trois sages voient dans ce verset un transfert, une évolution dans la façon dont Dieu va se révéler.

Je répète: à la base, avant le mont Sinaï, Dieu se révélait de manière intime à chaque prophète. À partir du mont Sinaï, il y a une révélation à un klal, une collectivité, un peuple. Désormais, c'est un peuple qui peut rencontrer Dieu, et Dieu peut se révéler à un peuple. Ensuite, cette révélation se transfère au Mishkan: à chaque fois que l'on entre dans le Mishkan, on peut rencontrer Hachem. Puis au Beit Hamikdash, où il y aura une autre transformation: cette révélation pourra toucher le monde entier. Le mont Sinaï et le Mishkan étaient réservés à Israël …

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