Pourquoi la paracha porte le nom de Yitro
Le déclic de Yitro : reconnaître Hachem derrière Elohim, la nature et le miracle.
Rav Nathaniel Sigoura
Ensuite : Terouma : le Mishkan, un Sinaï portatif, 1 h 03
En bref
Le Rav Sigoura explique pourquoi la paracha du don de la Torah porte le nom de Yitro, le beau-père de Moshe, alors qu'elle semble interrompre le récit de la Gueoula entre la guerre d'Amalek et le Sinaï. Il montre que le texte insiste sur ce que Yitro a compris, et non seulement entendu, à la suite de la sortie d'Egypte et de la guerre contre Amalek. L'étude révèle que le nom de Yitro porte la mission d'ajouter un lien entre Israël et les nations, condition préalable au don de la Torah.
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Shalom, Rav Sigoura ! Shalom, shalom, bon Kerto ! Shalom à tous ! Très heureux de vous retrouver ! Rav Sigoura ! Juste avant de commencer, il y a une question de Franck.
Franck: Professeur, vous pouvez poser votre question. Bonjour Rav. Excusez-moi, c'est une question en fait de lecture de l'hébreu. J'ai un petit souci avec les règles de lecture du Rataf Kamats et du Kamats. Le Rataf Kamats, c'est un O, et je me suis aperçu qu'en fait, par rapport au Kamats, ça dépend. Si on prend kol, c'est le son O, mais est-ce qu'il y a des règles particulières qui font que le Kamats se prononce O plutôt que A ?
— Ken, il y a des règles particulières. Mais on ne va pas les faire maintenant, parce que ce sont des règles complexes. Il faut rentrer dans les différentes catégories de voyelles. Si vous le souhaitez, envoyez-moi un mail et je vous répondrai en détail sur les différentes règles.
Franck: Je vous remercie beaucoup.
— Merci à vous. Avec plaisir. Donc, on vous propose notre cours sur l'Hébreu biblique, suivi d'un cours sur Tou Bichvat, comme promis. Voilà, je vous avais dit que le Rav, quand il peut, fait un cours. Donc, bézrat Hachem, ça va suivre les deux cours.
Eh bien, je commence tout de suite. On y va, bézrat Hachem. Comme a dit David, on consacre notre étude à la guérison des blessés, à la protection de nos soldats, bézrat Hachem, et à la réussite de la Gueoula Chléma, bézrat Hachem. Donc, notre étude va porter aujourd'hui sur la paracha de Yitro, et nous devons résoudre aujourd'hui deux énigmes. L'énigme numéro un, c'est: pourquoi la paracha de Yitro s'appelle-t-elle Yitro ?
Il aurait été a priori plus convenable que la paracha d'Yitro s'appelle paracha de Moshé. Et l'énigme numéro deux que nous allons essayer de résoudre, c'est: quel est le vrai métier de David Altar ? Cette deuxième énigme est plus compliquée. On va essayer, en tout cas, de résoudre la première.
Donc, paracha d'Yitro. Comme à notre habitude, vous savez que lorsque nous voulons comprendre un verset, nous devons comprendre le contexte, dans quel contexte ce verset a été écrit. Je vous rappelle donc la dynamique des versets ici. Nous avons la sortie d'Égypte, nous avons les dix plaies évidemment, l'ouverture de la mer des Roseaux, nous avons le don de la Manne, ce pain céleste qui tombe du ciel, nous avons la guerre d'Amalek. Amalek qui va attaquer le peuple d'Israël, un peuple qui vient de loin, c'est la substantifique moelle du mal, Amalek, qui vient attaquer le peuple d'Israël au moment de sa prise de liberté.
Yishma, Yitro, etc., on va voir ça. Mais c'est très intéressant de voir la juxtaposition des versets. C'est-à-dire qu'on a une sorte de dynamique de choses absolument extraordinaires, miraculeuses. On a même les forces du mal qui viennent attaquer Israël, Amalek représentant les forces du mal. On doit recevoir la Torah et, tout d'un coup, on a le beau-père de Moshé qui arrive, qui donne des conseils et qui repart. Et ce beau-père, on nomme la paracha du don de la Torah du nom de ce beau-père.
Il faut donc comprendre pourquoi Hachem, lorsqu'Il va dicter la Torah à Moshé, va en quelque sorte casser, a priori, la dynamique extraordinaire du processus de la Gueoula, en nous greffant ici une histoire. Bon, oui, Yitro a aidé Moshé par rapport à la structure juridique, il a donné des conseils très importants, mais a priori, ce n'est pas très clair.
Pourquoi nous greffe-t-on ça ? D'ailleurs, il y a une machloketet chez les sages. On ne va pas traiter ça aujourd'hui, parce que c'est un sujet à part. Est-ce que, historiquement, Yitro vient avant ou après le don de la Torah ? Il y en a qui disent qu'il vient après. Et vous savez le principe que la Torah n'a pas forcément été écrite de manière chronologique: vous pouvez avoir un événement qui s'est passé après et qui est écrit avant, ou l'inverse. Ça se trouve même: Yitro, historiquement, est venu après. Et pourtant, c'était important pour Hachem de le mettre avant le don de la Torah.
Si Yitro était venu après, il y aurait une logique: on progresse dans la Gueoula et on arrive au sommet, le don, la révélation au Sinaï. Ensuite, on raconte Yitro, si on veut; il faut comprendre pourquoi, mais on le raconte. Mais là, en plein milieu, Hachem va nous greffer cette histoire de Yitro qui, de plus, repart. C'est très étrange. Il faut qu'on comprenne. Et ça, évidemment, on va le comprendre dans le premier verset.
Alors on commence le premier verset comme à notre habitude, par l'analyse, j'allais dire, technique du texte. Ensuite, on passera aux questions et on tentera d'y répondre.
Va-yichma Yitro Kohen Midyan Hotèn Moshé, et kol asher assa Elohim lé-Moshé ou-l'Israël amo. Ki hotsi Adonai et Israël mi-Mitsraïm.
Vous avez remarqué que j'ai séparé ce verset en trois parties. Pourquoi ? C'est par rapport au taamé hamikra, les cantillations. Pour les nouveaux, j'ai fait un cours entier sur les cantillations. Dans un verset, vous avez quatre choses: les lettres, les voyelles, les petites couronnes qui n'apparaissent pas ici mais apparaissent dans le Sefer Torah (certaines lettres possèdent des petites couronnes), et la quatrième chose, ce sont les cantillations. Ce sont ces signes, vous voyez, deux petites vagues au-dessus du mot, cette petite fourche à l'envers, les deux points ici, qui ont deux fonctions.
Premièrement, elles vous indiquent comment chanter la Torah. Je vous rappelle que la Torah ne se lit pas, la Torah se chante. Deuxièmement, elles nous aident à ponctuer la Torah. Ce petit signe-là, qu'on appelle zakef katon, c'est une virgule. Cette petite fourche à l'envers, c'est un point-virgule. Avant même de lire le verset, avant même de comprendre quoi que ce soit, je sais que je vais avoir trois parties: partie 1 du verset, partie 2, et partie 3. C'est donc important de connaître les significations de la ponctuation des taamé hamikra.
Maintenant que j'ai fait ça, je commence à lire. Va-yichma. On a notre vav conversif, qu'on connaît maintenant, j'ai fait un cours entier là-dessus: le vav conversif transforme le futur en passé, et le passé en futur. Notre yod en préfixe, on l'a vu plusieurs fois: le yod en préfixe, c'est le « il » au futur. Et chema, on va voir ce que ça veut dire en hébreu biblique.
Donc yichma, a priori lichmoa, chama, ça veut dire entendre, écouter. Yichma, c'est « il écoutera ». Va-yichma, on transforme le futur en passé: on passe de « il écoutera » à « il a écouté ». Maintenant, la racine chama, en hébreu biblique, ne veut pas dire seulement écouter. Elle révèle une qualité d'écoute particulière. Je vous rappelle qu'il faut avoir vos petits cahiers de racines: en hébreu biblique, cette racine signifie comprendre par l'écoute.
Ça veut dire qu'il existe deux catégories d'écoute. On peut entendre quelque chose, et c'est sympathique, c'est une information, je la garde en moi, si tu veux, ou je …
Cours d'Orot veKelim
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