Yerouret Techouva : la prémisse du repentir
Comment la volonté de se corriger ouvre le chemin vers son âme, la Torah et la volonté divine.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Volonté et conscience dans la pensée du Rav Kook, 29 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon explique que la techouva permet à l'homme de se corriger peu à peu, et même de revisiter son passé en changeant l'état d'esprit dans lequel il a agi, tout en orientant son avenir. Il montre que la volonté est le lieu où se joue cette démarche, et que faire la volonté de Hachem relève d'un lien amoureux avec le Maître du monde. Il conclut que la vraie liberté, la kherout, consiste à orienter son potentiel de vie selon la Torah, qui n'enferme pas mais guide vers le bien.
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On a déjà beaucoup insisté sur le fait que le thème qui traverse l'expression techouva kadma laolam est lié au projet de l'homme, de l'humanité: unir, réussir à faire vivre ensemble l'histoire d'un animal et celle de quelqu'un qui a un esprit qui n'est pas moins, peut-être même supérieur, à celui d'un ange. Ces deux dimensions doivent vivre ensemble. Comme ce mélange n'est pas évident du tout et demande beaucoup d'efforts pour être mis en accord, il est évident qu'on ne peut pas penser au projet humain sans penser à la capacité de se corriger peu à peu, d'apprendre à vivre. C'est ce qui est contenu dans le grand message de techouva kadma laolam. C'est donc prévu que, dans sa recherche de lui-même, l'homme se corrige peu à peu. On est encore sur le chemin, et cela continue.
Et cela se fait à travers la possibilité de se corriger. Pour pouvoir se corriger réellement, il ne s'agit pas de se corriger à partir de maintenant, mais de quelque chose de beaucoup plus grand: la capacité, à la limite, de se corriger rétroactivement.
Bien sûr, on ne peut pas tout corriger rétroactivement. Si un verre a été cassé, il a été cassé. Mais l'esprit dans lequel on était au moment où cela a été vécu, on peut faire techouva par rapport à cet esprit. Et quelque part, nous avons le potentiel de regarder notre passé d'une façon différente à travers notre effort de techouva. C'est quelque chose d'extraordinaire.
Pour chacun de nous, par rapport à telle ou telle époque de la vie, grâce à cela, nous avons le moyen de rentrer et d'inspecter notre passé et de changer des choses. C'est d'ailleurs un peu ce que fait la psychologie chez les bons psychologues. Un bon psychanalyste, un bon psychologue, est quelqu'un qui est capable de rentrer dans le passé et d'utiliser un peu ce qui est dit ici. Maintenant, il n'est pas du tout évident qu'un psychanalyste soit capable de mettre en marche un processus de techouva dans toute sa spiritualité, parce que cela demande une émouna et une ferveur. Mais la capacité de rentrer dans le passé est déjà quelque chose d'extraordinaire.
Dans notre travail de techouva, on unit notre passé avec notre présent. Mais il est évident aussi que les grandes décisions que nous prenons sur nous-mêmes sont lancées vers l'avenir. En faisant la techouva, on change notre approche de l'avenir. Quelqu'un qui fait techouva corrige son passé, mais essentiellement, il change son chemin. Ainsi, dans cette expérience de la techouva, on utilise une capacité que porte l'homme, un don divin: pouvoir se déplacer à partir de notre présent, jouer quelque part dans notre passé, sentir aussi, et préparer notre avenir.
D'un côté, ce que l'on dit est évident. De l'autre, ce n'est pas du tout évident, car la capacité de rentrer dans son passé, de l'analyser, n'est pas donnée à tout le monde. La capacité de bien prévoir son avenir et de bien se préparer aux éventualités de l'avenir n'est pas non plus quelque chose d'évident chez tout le monde. Cela s'apprend certainement, et surtout on peut regarder l'avenir en sachant qu'on peut déjà beaucoup préparer.
Ce qu'on appelle la prévoyance est une grande qualité humaine, et elle va très loin. C'est préparer son avenir. Prenons à nouveau le petit bête qui est là, qui n'a rien. Si on est trop prévoyant, on ne peut plus regarder son présent, parce qu'on se préoccupe beaucoup trop de ce qui se passera le lendemain. Être prévoyant ne veut pas dire qu'il faut oublier son présent.
C'est vrai que lorsqu'on se consacre à n'importe quoi, être peintre par exemple, cela empêche de s'occuper d'autre chose. Du moment qu'il y a quelque chose qui te concerne et que tu te donnes à cette chose-là, tu ne te donnes pas à autre chose. Mais cela ne veut pas dire que tu ne peux pas. Il y a un temps pour chaque chose: un temps pour faire l'analyse de notre passé, un temps pour faire l'analyse de notre présent, un temps pour préparer l'avenir.
Oui, vraiment, c'est très vrai. Je me souviens, quand je suis arrivé de mon Maroc natal en France et que j'ai commencé à m'asseoir avec mes amis français, des Français de la métropole, j'étais vraiment étonné de la façon dont ils pensaient aux vacances. Ils pensaient aux vacances. Déjà, ils savaient où ils allaient. Ils pensaient, ils pensaient, ils pensaient: qu'est-ce que ça va être ? Où est-ce que ça va être ? Comment ça va être ? Bon, c'étaient de futurs ingénieurs, mais c'étaient des gens qui pensaient beaucoup.
Prenons le petit bête qui est là. Auriel, si tu veux, lis ça. Vas-y. Encore une fois, on lit. À la page Noun Alef, deux lignes. Encore une fois.
La guedet, et kol hava, el hati, ve hati, areu, mitale, beyilou…
C'est quoi, Eged ? Eged ? C'est quoi, ce sont les bus ? Hein ? Les bus, les bus. Bon, le mot Eged, Mehaged, veut dire unir. Le but du Mehaged, justement, c'est d'unir un endroit avec l'autre; c'est pour cela qu'il s'appelle comme ça. Avant, avant de s'appeler Eged, la même société s'appelait Hamekasher, qui veut dire lié. Je vous ai dit cela une fois: le mot mekasher. Le mot Eged porte finalement le même message: unir un endroit avec l'autre.
Ici, c'est miaggedet, uni, et kol hava, et la'ati. Une vraie techouva, oui. C'est la capacité d'utiliser notre puissance, de nous déplacer dans le temps et d'agir dans le temps, en prévoyant dans l'avenir et en corrigeant, même a posteriori, notre passé. C'est possible.
On ne peut pas toujours corriger les actes qu'on a accomplis, mais on peut aussi corriger, en parlant, en réagissant. On peut certainement changer l'état d'esprit dans lequel on était au moment où l'on a fait quelque chose. Car, en général, un acte passé a son écho à partir du moment où il a été fait, et en avant. Mais quand quelqu'un fait techouva, tout le cheminement qui est le résultat de cet état d'esprit, à partir de ce jour-là et en avant, peut être changé par un effort de techouva. Cela va très loin.
Il reste le contact avec la vie, l'expérience du contact avec la vie. Il y a une expérience humaine que tu n'as jamais vécue; un jour, tu l'as vécue. Par exemple, je n'avais jamais mangé telle chose; comme un exemple parmi d'autres. Et du moment que tu as goûté, que tu as mangé, quelque chose s'est fait. Maintenant, le sens que tu vas donner à cet acte peut changer selon ton état d'esprit. Changer le sens, qu'est-ce que cela change ? Cela change tout ton cheminement.
Prenons un exemple. Disons qu'on a mangé quelque chose qu'il ne fallait pas manger. Faire techouva là-dessus, cela veut dire que je ne veux plus faire cela désormais, et cela rentre dans mon cheminement actuel et dans ma décision de ne pas manger en cachette. Cela s'unit à cela. Et ma décision de ne pas manger en cachette aujourd'hui est profondément renforcée par le fait que, si j'arrive à le faire, …
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