Halakha Moshe MiSinaï : ce qui relève vraiment du Sinaï
Le Rambam précise quelles halakhot entrent dans la catégorie « reçues par Moshé au Sinaï » et lesquelles n'y entrent pas.
Rav Yaakov Nahon
Ensuite : Prophétie, Torah et les limites de la prophétie selon le Rambam, 53 min
En bref
Le Rav Yaakov Nahon poursuit son commentaire du Rambam sur la transmission de la Torah orale, de Moshe Rabbeinu jusqu'à Rabbi Yehouda HaNassi, qui rédigea la Michna en recueillant les enseignements, les controverses et les décisions des sages. Il décrit la grandeur de ce personnage, à la fois savant, humble et puissant, et la chaîne de transmission qui le relie à Ezra, à la Grande Assemblée et à Moshe. Il conclut en distinguant les halakhot reçues de Moshe au Sinaï (la halakha le Moshe mi-Sinaï), qui sont nombreuses mais ne sont pas toutes désignées ainsi dans le Talmud, du sens précis de cette expression.
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Après nous avoir décrit la transmission de la Torah jusqu'à Yehoshoua, et parlé des thèmes de la prophétie, le Rambam nous mène à une certaine personne, à une certaine époque. Il nous mène après une transmission de la Torah telle qu'elle a eu lieu pendant l'époque du Premier Temple, à travers l'époque de Bavel, le retour de Babylone avec Ezra, les Anshei Knesset HaGuedola, Shimon HaTsadik. La transmission de la Torah continue, et elle arrive à un moment donné à un personnage essentiel, qui s'appelle Rabbi Yehouda HaNassi, qu'on appelle aussi Rabbeinu HaKadosh, et tout court on l'appelait Rabbi, un descendant de Hillel.
Il a vécu après la destruction du Second Temple, quelque deux ou trois générations après. Et c'est lui, comme vous le savez, qui a écrit la Michna, qui l'a compilée, et qui a finalement donné la version qui est présentée à tout le monde, en choisissant à l'intérieur de cela ce qu'il fallait et ce qu'il ne fallait pas, en choisissant parmi les différentes opinions ce qu'il fallait faire. Le Rambam accorde beaucoup d'importance à ces lignes-là. On va revenir sur ces lignes.
Pour situer la qualité du personnage, disons l'immense qualité du personnage, qui était vraiment quelqu'un de tout à fait extraordinaire, à son époque et par rapport à d'autres époques aussi. Je reprends un peu le texte que le Rambam nous donne. On se retrouve à la page Kaf Tet, à peu près une dizaine de lignes depuis le début de cette page.
Je lis à partir de Vechasher. Vous voyez le début de la ligne sur le mot Ahou, et ensuite il y a un point, et ensuite Vechasher. Vous voyez Pashkavtet sur votre gauche, et c'est à peu près la onzième ligne:
Vechasher yigye azman acharayim el Rabbeinu HaKadosh alav shalom, ve'aya yachid bedorov echad bizmano. Ish shenimsehu bo kol hachamudot ve'hamidot atovot, hachezakha ba'en etzel hanche dorou likroto Rabbeinu HaKadosh u shmo Yehuda. Ve'aya, be'chokhma u be'ma'ala, be'tachlit, kemo she amrou, miyemot Moshe ve'ad rabbi, lo ra'inu Torah u gdula be'makom echad.
Dans ce passage, quand il situe le personnage, le Rambam nous dit que c'était quelqu'un de très spécial, et il le décrit comme ça: be-chokhma, dans la sagesse, la connaissance; ou be-ma'ala, dans la qualité humaine. Le mot midot, c'est be-tachlit, c'est-à-dire l'ordre de la perfection. C'est un homme qui approchait quelque chose qu'on peut appeler, ce n'est pas humain, mais ça peut se dire quelquefois, de l'ordre de la perfection, aussi bien au niveau de sa qualité intellectuelle que de sa qualité humaine.
Le Rambam dit: mi-yemot Moshe ve'ad Rabbi, depuis le temps de Moshe, c'est Moshe Rabbeinu, ve'ad Rabbi, jusqu'à Rabbi Yehouda HaNassi: on n'a pas vu en même temps la Torah et la grandeur humaine avec une intensité pareille dans la même personne.
Bien sûr, Moshe Rabbeinu était un être exceptionnel, parce que, indépendamment de son rôle de prophète, dans l'immensité de sa prophétie, c'était quelqu'un qui avait aussi un rôle de roi pendant les quarante ans du désert, sans contestation. Mais dans ce personnage qui est Rabbi, se retrouvent aussi des grandeurs de ce type-là. Au niveau de la Torah, c'est un être qui était au-dessus de sa génération, qui est pourtant une grande génération, et d'une capacité énorme.
Deuxièmement, je voudrais en parler, comme je l'ai fait la dernière fois: c'est vrai que c'était à une époque apparemment de domination romaine, mais les relations qu'il y avait entre Rabbi Yehouda HaNassi et le gouvernement romain étaient telles que Rabbi Yehouda HaNassi avait créé, à l'intérieur de l'Empire romain, un empire à lui, un royaume qui était le sien, et qui n'était contesté par personne. Les Romains, au contraire, avaient tout à fait confiance en lui. Il n'était pas en litige avec eux; au contraire, il arrivait à s'entendre avec eux.
La relation qu'il avait avec Rome, c'était un peu le genre de relation que Yaakov aurait pu avoir avec Essav. Et Rabbeinu HaKadosh ne voyait pas de mal à se rapporter à l'homme avec le respect que pouvait avoir, par exemple, Yaakov envers Essav. Donc pour lui, ce n'était pas un problème.
Il était au sommet de la chassidout, de la façon de servir D.ieu de tout son cœur, de toute son âme, et de l'humilité. Il s'était éloigné des plaisirs, tout en étant quelqu'un colossalement riche, vraiment colossalement riche. Mais il a pu dire, le jour de sa mort: « Pendant toute ma vie, je n'ai pas goûté de ce monde, même pas de ce petit doigt. » C'est quelqu'un qui faisait les choses comme il fallait, mais il faisait cela toujours pour le caveau de la Torah. Personnellement, c'était quelqu'un qui était pris uniquement par le monde de la Torah; c'est ce qui l'occupait.
Très riche matériellement, très riche, pour tout ce que vous voulez, en fait. C'était un roi, il avait un rôle de roi dans cette œuvre. Et, indépendamment de cela, chassid, tsadik et anav, humble. Il cite ici, dans le texte de la Guemara, ce que dit Rabbi: il n'existe plus d'humilité et de crainte de D.ieu. C'est-à-dire que c'était lui qui vivait cette dimension-là de la façon la plus parfaite, selon le Rambam. Quand il est parti, il n'y a plus eu l'équivalent.
Ensuite, le Rambam insiste, on en a parlé la dernière fois, sur la façon exceptionnelle dont il dominait l'hébreu, au point que l'on raconte que, de son vivant, quand les maîtres d'Israël avaient parfois des problèmes de langue, ils arrivaient à résoudre leurs problèmes d'hébreu en conversant avec les serviteurs de la maison de Rabbi Yehouda HaNassi. Plus que cela: une servante de Rabbi Yehouda HaNassi était celle qui résolvait le problème de lexique hébreu chez ces hachamim. L'influence de cet homme était si importante autour de sa cour que les paroles de ces esclaves, de ces serviteurs, sont quelque chose de connu dans le Talmud, qui rapporte une série d'anecdotes à ce sujet.
Si vous voulez un titre pour ce que nous faisons actuellement, c'est la Michna. On arrive à l'époque de la Michna dans la transmission de la Torah. Jusqu'à maintenant, la Torah était transmise de façon orale, à part le texte écrit de la Torah que nous connaissons; le reste était transmis oralement. À partir de Rabbi Yehouda HaNassi, il y a une pause, et l'essentiel du message de la loi orale est quand même couché sur le papier, sous la forme de la Michna.
On n'a pas encore la Guemara. La Guemara reste encore tout un volume de compréhension et de discussion qui accompagne longtemps la Michna. Elle n'est écrite que quelques centaines d'années plus tard, si l'on se réfère en particulier au Talmud de Bavel, qui s'achève environ quatre ou cinq cents ans après.
Le Rambam insiste aussi sur ce côté de la richesse de l'œuvre. Je vois la fin de la page Kaf Tet, les deux dernières lignes. Il insiste sur la puissance qu'il avait. Le Rambam dit: puissance. Et on dit que son palfenrier, c'est-à-dire celui qui s'occupait de ses écuries, était plus riche que le roi de Perse, qui était un Chevor Malka, réputé pour …
Cours d'Orot veKelim
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