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La prière, service du cœur selon le Rav Kook

Pourquoi prie-t-on alors que Dieu ne change pas, et ce que la prière éveille dans l'âme.

50 min

Rav Yossef Benshoushan

En bref

Le Rav Yossef Benshoushan commente l'introduction du Rav Kook à la tefilah, en partant de la question de savoir si la prière change la volonté divine et pourquoi on prie. Il montre que la prière est un service du cœur, distinct de l'étude et de l'action, et que l'âme est en lien constant avec Dieu en désirant ce qu'il veut, notamment la reconstruction de Jérusalem et le rassemblement des exilés. Il explique enfin que l'étude de la Torah réveille ce qui est déjà gravé dans l'âme d'Israël, comme on reconnaît un visage après l'avoir oublié.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Ce qu'on va étudier, c'est la tefila. On la traduit mal en français, comme tout est mal traduit en français, par le mot « prière ». C'est tiré du livre Olat Reiya, qui est l'un des livres du Rav Kook et qui explique la prière. Mais ce que nous allons étudier, ce n'est pas le texte même de la prière, c'est une introduction à la prière. Cela figure en début du livre, sous une autre pagination, évidemment.

Il vient expliquer ce qu'est la prière. Avant d'entrer dans le texte, posons-nous nous-mêmes des questions. Qu'est-ce que tu fais quand tu pries ? Introspection de ta personnalité: tu t'adresses à Dieu, d'accord ? Et tu lui demandes pas mal de choses, par exemple: guéris-nous, donne-nous de quoi manger, rends-nous intelligents, etc. Toutes sortes de demandes que l'on adresse à Dieu.

Et a-t-on véritablement l'intention de changer la volonté divine ? Qu'en dites-vous ? Quand tu demandes quelque chose à quelqu'un, disons que jusqu'à présent, il ne t'a pas permis d'entrer dans cette chambre. Et tu le supplies de te laisser entrer dans cette chambre. Ce que tu espères, c'est qu'il change de volonté, d'accord ? Jusqu'à présent, il ne voulait pas que tu entres dans cette chambre; suite à tes supplications, il veut que tu entres dans cette chambre.

Donc cela a changé sa volonté. Est-ce qu'il en est de même dans notre vie ? On supplie Dieu pour qu'a priori il change sa volonté. Jusqu'à présent, mon fils était malade, et j'implore Dieu qu'il cesse d'être malade. S'il est malade, ce n'est pas par hasard, c'est Dieu qui l'a rendu malade. Qu'il reste malade ou qu'il ne reste pas malade ? Remercier Dieu qu'il soit malade ? Mais quand je demande à Dieu de le guérir,

ai-je véritablement la volonté qu'il change de volonté ? Oui ? Tout simplement oui. Quelle preuve ? Même sans preuve. Sans preuve, je ne parlerais pas pour rien. Si je pense que cela ne sert à rien de prier, je ne prie pas, d'accord ? Il n'y a pas que ça à faire. Donc a priori, quand je demande quelque chose à HaKadosh Baroukh Hou, c'est que jusqu'à présent il y avait une volonté X, qui doit passer à une volonté Y. A priori, hein ? D'accord ? Voilà la colle. Dieu est infini.

Il n'y a pas de changement dans l'infini. Il ne faut pas être plus infini que l'infini, ni moins infini que l'infini. C'est un absurde, c'est une hérésie. Donc on se doit de comprendre ce que l'on fait quand on prie. C'est un problème. Deuxième question. Je vais vous bombarder de questions; on a les craintes. Je ne sais pas si l'on donnera toutes les réponses aujourd'hui, mais commencez à réfléchir ensemble. Pour qui prie-t-on ? Pour Dieu ou pour nous ?

— Pour nous.

Oui, c'est pour nous. Et d'où sait-on qu'il faille prier ? Où est-il écrit qu'il faut prier ? C'est trop haut pour lui, je crois. D'où m'a-t-on appris qu'il faut prier ? Où est-ce écrit dans la Torah ? En Égypte ? Non. Y a-t-il un passouk qui dit de manière explicite qu'il faut prier ? Non ?

Je parle de la prière. Quand on parle de la prière, on parle de Shmoné Esré. Le fait que les Avot aient imploré Dieu ne m'oblige pas, moi, à implorer. Si un Juif en Égypte se gratte l'oreille, ce n'est pas pour autant que je dois me gratter l'oreille. Il faut donc trouver un endroit dans la Torah où il est écrit de manière impérative, comme un ordre, qu'il faille prier. C'est écrit quelque part ? Hein ? Ouais. Eh bien vous le dites trois fois par jour dans Kriat Shema.

Ouleovdo bekhol levavkhem, « et le servir de tout votre cœur ». De quoi s'agit-il ? Quel est donc ce service que l'on accomplit de tout son cœur, c'est-à-dire au niveau du sentiment ? Eize hi avoda shebalev ? Zo tefila. La tefila, c'est le service de Dieu au niveau du cœur, c'est-à-dire au niveau des sentiments. Nous ne sommes pas des automates qui devraient servir Dieu seulement au niveau du comportement. On doit servir Dieu avec toutes les forces de notre vie.

Au niveau de la volonté, c'est-à-dire du comportement, des actions, ce sont les mitsvot. Au niveau de l'intellect, c'est l'étude de la Torah. Au niveau du sentiment, c'est la prière, le ovdo bekhol levav. Il s'agit donc d'une démarche émotionnelle, un service de Dieu au niveau de nos émotions, par l'intermédiaire de nos émotions. Donc s'il s'agit de quelque chose de sentimental, d'émotionnel,

pourquoi m'obliger à entrer en émotion en public ? Ce n'est pas tellement agréable. Si, par exemple, un jour tu es très ému et tu as envie de pleurer, tu n'as pas tellement envie qu'on te regarde. Tu préfères rester tout seul dans ta chambre, d'accord ? Ce n'est pas sympa. — Non, mais là, le monde me dérange. — Ouais, c'est un concours de circonstances. Mais là, le service lui-même

consiste à entrer en émotion sur certains thèmes. Être en situation émotionnelle, sentimentale, c'est assez intime, et le public dérange. Et pourtant, la halakha dit qu'on doit prier en minyan, c'est-à-dire en public. De plus, s'il s'agit d'une démarche émotionnelle, laisse mes émotions s'épancher de manière spontanée, naturelle.

Les bénédictions, que je dois dire tous les jours, trois fois par jour: à la longue, cela risque de devenir un petit peu fatigant, la fois. Pas mal de questions, hein. De manière générale, je ne sais pas si vous vous en êtes rendu compte: quand on prie, on a énormément de difficultés à rester concentré. Tu commences Hachem, séfataï tiftah, et trois secondes après, tu t'imagines déjà sur la plage. Et après, tu t'envoles vers d'autres situations.

De fil en aiguille, de manière associative, tu te retrouves en Chine et tu penses à toutes sortes de choses, sauf à ce qui est écrit dans le texte. Ensuite, tu dois te reprendre, reprendre tes esprits et te raccrocher au texte. Pourquoi est-il si compliqué de prier ? Justement à cause de toutes ces questions. On a du mal à se concentrer sur quelque chose dont on ne comprend pas exactement l'effectivité, l'efficacité et le mécanisme. Comment cela fonctionne-t-il ?

Quelque chose qui est évident pour toi, dont tu comprends le fonctionnement, à quoi cela sert, quel en est l'objectif, quel intérêt tu en retires: c'est facile de rester concentré. Mais quelque chose dans lequel tu es dans le brouillard total et où tu ne vois rien, c'est dur de se concentrer. D'où l'importance de Iyun Tefila, l'étude de la tefila avant la tefila. Vous pouvez fermer les fenêtres, qu'il y ait un peu moins de bruit, ça va déranger.

C'était juste pour faire entrer le projecteur. On a fini ? Non, parce qu'il y avait une odeur, une odeur de fauve, qu'on a fait rentrer tout à l'heure. Il y a encore une photo. C'est bon. Donc, d'où l'importance de notre étude. Notre étude, comme je l'ai dit, ne va pas se focaliser sur l'explication des textes; ça, c'est la …

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