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Moïse, la prière et le Liban dans Vaét'hanan

Rachi explique pourquoi « ce bon Liban » désigne le Temple de Jérusalem, et non la région voisine.

36 min

Rav Yossef Attoun

En bref

Le Rav Yossef Attoun commente Va'etchanan : Moshe, après ses victoires sur Sihon et Og, supplie Hachem de le laisser traverser le Jourdain pour entrer en Erets Israel, et la prière se fait par grâce (khinam), non par mérite. Il explique le verset « ha-har ha-tov ha-zeh ve-ha-Levanon » : le Levanon désigne ici le Beit Hamikdash, selon Rachi, et non seulement le Liban. Il développe enfin le lien entre les cèdres du Liban et la construction du Temple, sous Shlomo puis sous Ezra, et ce que la guerre actuelle au Liban évoque pour lui.

Début du cours (texte)

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Chalom. Parachat Va'ethanan. Nous sommes donc dans la deuxième sidra du livre de Devarim, du dernier livre de la Torah, le livre de l'achèvement. Après la traversée du désert, nous sommes sur les rives du Jourdain, prêts à traverser, et nous sommes toujours sous la conduite de notre maître Moshé Rabbeinu.

D'après les commentateurs, Moshé avait remporté la victoire sur Sihon et Og, qui étaient les maîtres de ce qu'on appelle aujourd'hui la Transjordanie, la région de Moav et de Hejbon, de l'autre côté du Jourdain. Moshé a fait la guerre contre ces rois et les a vaincus.

À ce moment-là, il a pu croire, nous dit par exemple Rachi, que la guezéra interdisant à Moshé l'entrée au pays de Canaan, au pays d'Israël, après la faute de Meriva, lorsqu'il a frappé le rocher au lieu de lui parler, avait été levée. Nous en avons parlé dans un cours précédent. Il a pu croire que ce décret était levé, et que, puisqu'il était déjà entré dans la première étape préliminaire à ce que devient la sainteté d'Erets Israël, c'est-à-dire la région de Sihon et Og, la Transjordanie, appelée en hébreu Ever Hayarden, qui est l'une des trois contrées du pays d'Israël selon la Michna du traité de Chevi'it…

J'ajoute deux mots d'explication à ce Rachi. Moshé a pu croire que le décret était levé et qu'il pourrait entrer, avec le peuple d'Israël, de l'autre côté, et traverser avec eux le Yarden, le Jourdain. C'est la raison pour laquelle notre paracha commence par Va'ethanan el Hachem ba'et ha-hi, « J'ai supplié l'Éternel en ce temps-là ». Après la conquête du territoire de Sihon et Og, il a pu penser que le décret était levé.

En ce temps-là, il a supplié Dieu en lui disant: Adonaï Elohim, atah hachalta lehar'ot et avdekha et gedouletekha vé-et yadekha hahazaka, « Tu as commencé à montrer à ton serviteur Ta grandeur et Ta main puissante. Qui, au ciel et sur terre, peut faire des œuvres comme Tes œuvres et Tes exploits héroïques ? » Conscient que toutes les victoires qu'il a obtenues proviennent de Dieu, il Lui demande maintenant: Ei'avra na ve-er'eh, « Si seulement je pouvais traverser et voir ce bon pays qui est de l'autre côté du Jourdain, cette bonne montagne et le Liban. »

Ces versets vont bien sûr nous occuper. Je suis très impressionné, comme toujours, mais on est toujours impressionné, autant et plus. Je ne sais pas si ce sont les événements qui nourrissent nos parachot de la semaine, ou si, comme il semble bien d'après nos sources, ce sont les parachot de la semaine qui nourrissent les événements et qui font, quelque part, l'histoire. C'est évidemment un sujet qu'il faudrait développer par ailleurs.

En tout cas, je suis très impressionné par la façon dont la guerre que nous menons au Liban a commencé, il y a quelques semaines, avec la Haftarah de la paracha de Pin'has. Vous savez qu'à ce moment-là, on a lu la Haftarah de Matot, pour la simple raison qu'on était déjà dans la première des trois semaines qu'on appelle Tlat dé Pouranouta, les trois semaines de châtiment, de malheur, entre le 17 Tammouz et le 9 Av.

On a donc lu la Haftarah de Matot, c'est-à-dire le premier chapitre de Jérémie, où il est écrit, pas plus et pas moins que cette phrase bien connue: Mi-tsafon tiphtah ha-ra'a, « C'est du nord que s'ouvrira le mal. » C'est du nord que débutera, que s'engouffrera le mal. Nous aurons l'occasion, tout à l'heure, de dire quelques mots là-dessus.

Entre cette ouverture de la guerre par rapport au Liban, et le moment où j'enregistre, je ne sais pas encore où nous en serons exactement, mais c'est le Liban qui nous occupe dans la paracha de Va'ethanan. Nous aurons l'occasion de nous concentrer sur ce thème dans quelques instants. Mais d'abord, commençons par le commencement.

Moshé supplie: Va'ethanan, l'une des dix formules de la Bible, du Tanakh, pour dire la tefila, la prière. Mais c'est une prière très particulière, nous enseigne là encore Rachi. Vous reconnaissez dans le mot Va'ethanan le mot * һен, le mot hinam. Hen, cela veut dire la grâce. Pas la grâce chrétienne. La grâce de celui qui, bien qu'il sache qu'il a tous les mérites nécessaires, tous les droits de demander quelque chose de plein droit, le demande par grâce, hinam*, gratuitement, c'est-à-dire comme s'il n'avait pas de mérite.

Car au-delà de toute la vertu de justice telle que l'homme la conçoit, il y a la grâce divine. Ce n'est pas en dépit des mérites de l'homme que Dieu nous donne gratuitement ce que nous Lui demandons. C'est justement parce que l'homme se place dans une situation de devoir rendre des comptes de ce qu'il reçoit, et cela s'appelle midat ha-din, la vertu de rigueur, que Dieu lui donne gratuitement.

Je ne sais pas si je suis suffisamment clair, mais c'est pour essayer de nous éloigner de toute notion de grâce chrétienne, c'est-à-dire une notion dans laquelle les choses sont données sans tenir compte des mérites, sans tenir compte de la loi, sans tenir compte de la rigueur du jugement divin. Après toute la rigueur, Dieu vient donner ce qu'Il donne avec infiniment de bonté et de grâce, sans tenir compte, cette fois, de ce que nous aurions mérité selon la vertu de rigueur.

Si cela est suffisamment clair, alors c'est bien sûr Moshé, l'homme le plus méritant de toutes les générations de l'histoire, qui nous enseigne cela. Même lorsqu'il demande Va'ethanan, c'est une supplique, une demande. Tout se passe comme si, moi Moshé, je ne méritais évidemment pas de recevoir ce que je mérite évidemment de recevoir. Et je Te le demande donc par grâce.

Moshé, c'est Moshé Rabbeinu, l'homme de la Torah écrite et de la Torah orale, l'homme par qui tout l'enseignement de la Torah nous est parvenu pour toutes les générations à venir, le Gadol par excellence, le grand de la Torah par excellence. Eh bien, il est évident, d'après ces quelques versets, qu'on ne peut pas comprendre ne serait-ce qu'un instant la personnalité de Moshé, ni l'enseignement de la Torah de Moshé, sans cette volonté ardente, ce désir éperdu qui le fait prier ce jour-là.

Le Zohar HaKadosh apprend énormément de choses sur la prière à partir de ces quelques mots du début de notre paracha. Entre autres, il y a 515 prières prononcées par Moïse, comme la valeur numérique du mot Va'ethanan. Eh bien, toutes ces prières sont destinées finalement à quoi ? Elles sont destinées à Ei'avra na ve-er'eh: si seulement je pouvais traverser le Jourdain, moi qui suis tout entier Torah de Hachem.

Moshé n'a pas seulement donné la Torah au peuple d'Israël, il n'a pas seulement transmis la Torah: il a transmis la Torah parce qu'il est Torah. On l'appelle d'ailleurs la Torat Moshé. Et il sait très bien que la Torah ne peut pas rester de l'autre côté du Jourdain. La Torah ne peut pas rester dans le désert, ni même à la sortie du désert. Il faut qu'elle soit introduite dans le pays d'Israël, dans le pays de Canaan, pour se réaliser dans la société …

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