Nitzavim : la responsabilité collective et les choses cachées
Deutéronome 29, 28 : pourquoi un peuple répond-il des fautes cachées d'un de ses membres ?
Rav Yossef Attoun
Ensuite : Moïse, la prière et le Liban dans Vaét'hanan, 36 min
En bref
Le Rav Yossef Attoun commente Devarim 29, 28 (« Hanistarot laHachem Elokeinu… ») à partir de Rachi, qui y voit le principe de la responsabilité collective : le peuple répond des fautes que chacun commet publiquement, non des pensées cachées de l'individu. Il montre comment les points sur les mots « lanou oulvanenou » limitent cette responsabilité, en reprenant la controverse entre Rabbi Yehouda et Rabbi Nehemia dans la Guemara de Sanhedrin 43b. Le cours conclut que cette dimension nationale ne prend force de loi qu'à l'entrée en terre d'Israël.
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Alors, nous entamons la paracha de Nitzavim-Vayelech. Nous parlerons surtout d'un verset de la paracha de Nitzavim, qui se trouve au chapitre 29, verset 28. À vrai dire, la paracha de Nitzavim est souvent appelée la paracha de la techouva, car les dix premiers versets du chapitre 30 sont entièrement consacrés à la techouva. Nous en parlerons peut-être une autre fois. Je disais cela simplement pour introduire notre étude du verset qui précède tout juste cette paracha, le verset 28 du chapitre 29.
De ce chapitre 30 sur la techouva, on apprend textuellement, dans le pchat, c'est-à-dire le sens littéral des versets, que le mot techouva, que tout le monde connaît et que l'on traduit souvent en français par « repentir », a pour racine hébraïque, biblique et prophétique une signification essentiellement spirituelle, morale, et souvent individuelle. Or, dans le langage hébraïque et prophétique, le mot chouva veut d'abord dire revenir, retour. Ce sont des versets explicites de ce chapitre 30 que nous n'étudierons pas aujourd'hui, mais que je vous invite à relire.
Dans le livre de Samuel, dans l'un des premiers chapitres, on apprend que Samuel parcourait tout le pays pour porter la parole divine auprès du peuple d'Israël, et le verset dit: Outshouvato haramata kisham beito, son retour, après avoir fait le tour du pays, c'était à Rama, car c'est là que se trouvait sa maison. On voit donc bien que le mot techouva veut dire revenir, revenir au pays, un retour collectif, qui implique dans une deuxième phase un retour spirituel et individuel, la dimension singulière de la techouva au sens où on l'entend habituellement. Cela éclaire l'ordre historique d'apparition des choses.
Notre verset 28, à la fin du chapitre 29 de la paracha, est un verset un peu obscur. Il dit: Hanistarot la-Hachem Elokeinou. Les nistarot, ce sont les choses obscures, les choses cachées. Hanistarot la-Hachem Elokeinou: les choses cachées appartiennent à l'Éternel notre Dieu. Vehanigalot lanou oulvanenou adé olam: mais les choses dévoilées sont pour nous et pour nos enfants, à jamais, pour l'éternité, laasot et kol divrei hatorah hazot, afin de faire toutes les paroles de cette Torah. Les mots sont compris, mais quel est le sens de ce verset, que vient-il nous enseigner ? En disant que les choses cachées appartiennent à Dieu et que les choses dévoilées sont pour nous et nos enfants, quel est le message ?
Une dernière remarque. Ceux qui ont le texte sous les yeux, que ce soit dans un houmach imprimé ou dans le Sefer Torah écrit à l'encre sur le parchemin, remarquent qu'il y a des points sur les lettres de lanou, ouvanenou, et sur le ayin de ad. Il y a donc ici onze lettres surmontées de points, y compris dans le Sefer Torah. Le principe d'exégèse, dans tout le Tanakh, est clair, il est expliqué en de nombreux endroits: là où un mot, une lettre ou un verset est écrit avec des points au-dessus, c'est pour nous apprendre qu'il faut lire ces lettres d'une certaine façon, comme si elles n'étaient pas écrites. Comment lire si elles ne sont pas écrites ? On dit en hébreu yesh lesayeg, c'est-à-dire qu'il y a une réserve par rapport à ce qui est écrit ici.
Je vous donne un exemple, un endroit très célèbre, où il y a des points au-dessus d'un mot: lors de la rencontre, dramatique au sens propre du terme, entre Yaakov et son frère Essav, dans la paracha de Vayichlah. Je rappelle que Yaakov avait « acheté » le droit d'aînesse de son frère Essav, et qu'à cause de cela Essav, père d'Edom, père du monde occidental, de la civilisation occidentale, éprouvera une haine antisémite viscérale envers son frère Jacob, qui, pense-t-il, l'a trompé. Quoi qu'il en soit, il y a des retrouvailles, et ces retrouvailles sont en demi-teinte. Il est écrit: Vayarouts Essav likrato vayehabekehou vayichakehou, Essav a couru à sa rencontre, il l'a étreint, il l'a embrassé. Quand on lit ce verset, on s'emplit d'un amour universel pour les hommes, frères. Mais sur le mot vayichakehou, il y a des points.
Il y a là-bas deux explications dans Rachi, que vous verrez. L'une d'elles part de ce qu'il est bien connu qu'Essav haïssait Jacob. Comment est-il possible qu'il l'ait étreint et embrassé ? Vous savez qu'il y a des étreintes qui étouffent. Rachi dit, dans l'une de ses explications, que ce n'était pas de tout son cœur: il l'a embrassé, mais avec des arrière-pensées. Une autre explication dit: nihmeru rachamav leshaa, sa pitié s'est éveillée pour un temps. Peut-être comme parfois les nations du monde, après que la Chine... ou au sortir de la Shoah, ou à certaines époques particulières, éprouvent un sentiment de pitié pour le peuple d'Israël. Mais cela ne dure qu'un temps, et c'est pour cela qu'il y a des points au-dessus du mot vayichakehou. Il ne s'agit pas du baiser de Judas, mais d'un baiser qui, en tout cas, est passager.
Ici, dans notre verset hanistarot la-Hachem Elokeinou, les points se trouvent sur vehanigalot, alors que les choses dévoilées sont lanou oulvanenou, pour nous et nos enfants. Rachi nous explique de quoi il s'agit, quelles sont ces choses cachées et ces choses dévoilées, en faisant allusion au verset qui précède, dans ce chapitre 29, notamment au verset 17.
Vous avez le verset ? Pen yesh bachem ish o isha o michpacha o chevet, acher lev'avou pono hayom me'im Hachem Elokeinou lalechet la'avod et elohei hagoyim hahem. Pen yesh bachem shoresh poreh rosh vela'anah. Je ne traduis pas mot à mot, mais cela signifie: de peur qu'il ne se trouve parmi vous un homme, une femme, une famille ou une tribu dont le cœur se détourne aujourd'hui de l'Éternel notre Dieu, pour aller servir les dieux de ces nations, de peur qu'il ne se trouve parmi vous une racine qui porte du poison et de l'absinthe. Quelqu'un qui se comporte d'une façon innommable par rapport à son identité, qui va servir des dieux étrangers, qui va être une source maudite pour le peuple d'Israël.
Le résultat de cela, nous dit Rachi, se trouve un peu plus loin, au verset 21. Si je lis à partir du milieu du verset 21: Vera'ou hador haacharon ouhanokhri hab'a mikeitz haaretz hahi, ve'et hamakot haaretz hahi ouvet hatchalot ha'hi acher hala Hachem bah. Cela veut dire: la génération suivante, vos enfants qui viendront après vous, et l'étranger qui viendra d'une terre lointaine, verront les coups de ce pays et les maladies dont l'Éternel l'a frappé. Rachi et les commentateurs de Rachi expliquent que c'est de là que Rachi comprend l'objectif de notre verset 28.
Voici la question que pose Rachi, et qui est aussi la nôtre aujourd'hui: est-il normal, est-il possible, est-il juste que beaucoup paient pour la faute d'un seul ? Il y a une personne qui a fauté. Est-il juste qu'en Israël, et peut-être en dehors d'Israël aussi, un ensemble, un collectif, paie pour la faute d'une personne ? Comment Rachi apprend-il que c'est là le sujet de ce chapitre ? Rappelez-vous le verset 17 que nous lisions tout à l'heure: Pen yesh bachem ish o isha, …
Cours d'Orot veKelim
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