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Le lévirat et la reconstruction de la maison d'Israël

Le yiboum relève la maison du défunt et ouvre sur la dimension collective et messianique de la royauté de David.

33 min

Rav Yossef Attoun

Ensuite : Nitzavim : la responsabilité collective et les choses cachées, 23 min

En bref

Le Rav Yossef Attoun étudie la mitsva du Yiboum (lévirat) dans la paracha Ki Tetsé, à partir des versets du chapitre 25 du Devarim et de l'histoire de Ruth et Boaz. Il montre que cette mitsva, qui semble purement familiale, engage la continuité du peuple d'Israël. Il y voit enfin une image de la Gueoula, la délivrance, comme reconstruction sur une base de destruction.

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom, paracha Ki Tetsé. Nous avons déjà remarqué dans la paracha précédente, en tout cas dans la paracha de Chofetim, que le livre de Devarim, qui s'appelle en français Deutéronome, est la traduction grecque de l'expression des Sages Michné Torah, c'est-à-dire ce qu'on a l'habitude d'appeler la réitération ou la répétition de la Torah. Deutéro-nomos, Nomos, Norm, cela veut dire Torah, cela veut dire la loi, la loi une deuxième fois.

En vérité, ce n'est ni une réitération ni une répétition. Bien sûr, il y a des mitsvot que l'on a déjà apprises dans les livres précédents, ceux de ce qu'on appelle la Torah de Hachem, où c'est Dieu qui parle à Moshé pour dire aux générations d'Israël. Le cinquième livre, c'est Moshé qui parle. Eleh haDevarim commence le livre: « Voici les paroles que Moïse a dites au peuple d'Israël. » Alors, bien sûr, c'est la Torah de Dieu, mais, comme le dit le Midrash, à travers la gorge de Moshé, à travers le canal prophétique particulier de Moshé Rabbénou.

Dans ce cinquième livre, qui est censé être une deuxième Torah, une Michné Torah, une répétition, il y a en fait des mitsvot qui étaient déjà données auparavant et qui sont données ici, mais elles sont données différemment. Un exemple: on a une répétition, entre guillemets, des Assérèt HaDibrot, des dix commandements. Les dix commandements qui se trouvent dans la paracha de Yitro, dans le livre de Chemot, disent par exemple Zakhor: « Souviens-toi du jour du Chabbat pour le sanctifier. » Les dix commandements répétés dans la paracha de Vaétchanan, dans notre livre Devarim, disent là-bas Chamor: « Garde le jour du Chabbat. » Et il est évident que, dans la compréhension hébraïque, Zakhor n'est pas Chamor, et Chamor n'est pas Zakhor.

Une des explications courantes que donnent les commentateurs, c'est que Chamor, garder, préserver, signifie ne pas faire toutes les transgressions, toutes les mitsvot négatives, ne pas transgresser le Chabbat. Alors que Zakhor, c'est se souvenir. Qu'est-ce que se souvenir ? Dans le contexte de la tradition rabbinique, cela veut dire réaliser la mitsva positive du Chabbat, c'est-à-dire Kadesh, Et Yom haChabbat, le sanctifier par des paroles: c'est la mitsva du Kiddouch.

Donc on voit bien que, même s'il s'agit d'une réitération dans le livre de Devarim, en vérité il s'agit d'une ère nouvelle, d'une situation nouvelle du peuple d'Israël à la veille de l'entrée en Terre d'Israël et à la veille de la disparition des grands d'Israël. On en a parlé plusieurs fois, surtout de la disparition de Moshé. C'est la dimension du Klal, la dimension de la nation d'Israël qui se trouve aux portes du pays de Canaan.

Nous avons déjà un peu parlé de cela à propos des mitsvot que nous avons vues dans la paracha de Chofetim: la mitsva de nommer un roi, la mitsva de Eglah Arouffa, lorsqu'on trouve un cadavre dans le champ, dans le pays de Canaan, et qu'on ne sait pas qui l'a tué, avec cette espèce de culpabilité générale, collective, qui affecte le peuple d'Israël, et comment s'en débarrasser.

Dans notre paracha d'aujourd'hui, Ki Tetsé, je voudrais essayer de donner une certaine orientation à une mitsva particulière, au milieu de très nombreuses mitsvot. C'est l'une des paracha les plus riches: le nombre de mitsvot, la diversité des domaines des commandements qui sont impliqués dans la paracha, y est le plus important. Alors on va choisir une mitsva et essayer de voir comment, alors qu'apparemment il s'agit d'une mitsva très individuelle, à un niveau très pratique, très individualiste même, la signification profonde de cette mitsva, telle que les commentateurs nous la donnent, va dégager une dimension collective, globale, et même, on peut dire, messianique.

Je veux parler de la mitsva très particulière du Yiboum, en français le lévirat, qui consiste, comme vous le savez probablement, quand un homme meurt sans avoir d'enfant, à ce que son frère prenne sa femme, sa veuve, pour épouse, afin d'assurer une postérité au frère qui est mort.

Prenons d'abord les versets. C'est au chapitre 25, donc dans notre paracha Ki Tetsé, à partir du verset 5:

« Lorsque deux frères demeureront ensemble, et que l'un d'entre eux mourra sans avoir de fils, la femme du mort n'ira pas au-dehors pour prendre pour mari un étranger. Yevamah yavo aleha: son beau-frère viendra vers elle, ou'lekahah lo lechah: il la prendra pour femme, et ve-yibam, il accomplira le devoir de beau-frère. »

C'est ce qu'on appelle le lévirat. Vehaya bekhor, et le premier-né qu'elle enfantera portera le nom de son frère défunt. Les Sages, comme on le verra d'après la suite du texte, nous enseignent que c'est une mitsva extrêmement importante, de grande générosité. Donc, pour dégager l'objectif de cela, regardons le verset 6, qui nous dit tout de suite: « Le premier-né qu'elle aura de lui prendra la place de son frère mort, et son nom, celui du mort, ne sera pas effacé d'Israël. »

Bien que les choses paraissent ici extrêmement contraintes, malgré tout il y a le libre arbitre: si le frère ne désire pas épouser sa belle-sœur, il y a tout un cérémonial, une procédure très particulière. S'il refuse de la prendre pour épouse, sa belle-sœur ira au tribunal, Beit Din, et dira: « Mon beau-frère refuse d'assurer à son frère une postérité en Israël, il ne veut pas me prendre pour femme. » Regardez la formulation, qui est un peu dure. Les anciens, les sages, les juges de sa ville le convoqueront et lui parleront, dans le sens de ne pas maintenir son refus. On voit qu'il y a ici une tentative, et c'est quelque chose d'extrêmement rare dans la Torah: malgré le libre arbitre, on fait tout pour le convaincre de réaliser cela.

Ils lui parleront, mais s'il maintient sa décision et dit: « Je refuse, je ne désire pas le prendre pour épouse », alors sa belle-sœur viendra vers lui, devant les anciens. Elle lui retirera sa chaussure du pied, elle crachera devant lui, et elle répondra en disant: « Ainsi sera-t-il fait à l'homme qui refuse de construire la maison de son frère. » Retenez bien cette expression, elle sera essentielle dans notre étude. Et le dernier verset nous dit qu'à partir de là, la maison de cet homme sera appelée, dans Israël, « la maison du déchaussé », Beit Halouts HaNaal.

Évidemment, il y a toutes sortes de choses très curieuses là-dedans. Concrètement, aujourd'hui, on essaie en général d'éviter le Yiboum, pour toutes sortes de raisons. La procédure, dans un cas comme celui-là, existe, et fait qu'en général, devant le tribunal rabbinique, la belle-sœur fait effectivement ce qui est dit ici, et il ne la prend pas pour épouse. Mais s'il le veut, c'est une très, très grande mitsva.

Je voudrais tout de suite essayer de dépasser le niveau du Pchat des versets. Au niveau du Pchat, nous avons compris quelque chose de très important, de très fondamental: il y a ici un acte de Hessed, un acte de générosité de première importance. Imaginez cet homme qui est mort sans avoir de postérité, cet homme dont le nom …

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