La prière, demande de miracle, selon Rabbi Nahman
Pourquoi la prière passe par le tsadik, par l'étude, et comment elle touche au miracle et à la sortie de l'exil.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Likouté Moharan : la prière qui touche les nations, 1 h 01
En bref
Le Rav Oury Cherki commente le chapitre 9 du Likutey Moharan de Rabbi Nachman de Braslav, où la prière est présentée comme une demande de miracle qui transforme le cours de la nature. Il explique que chacun doit relier sa prière au tsadik de sa génération, qui sait l'orienter selon la personnalité de celui qui prie, et que ce tsadik participe à la fois de la figure de Moshe et de celle du Machia'h. Le cours s'appuie sur le conte du bédouin et de la terre respirée, ainsi que sur la place singulière d'Erets Israël comme lieu des miracles et de la prière.
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Nous allons continuer. Si vous pouvez, fermez vos micros, et si vous avez une question, levez la main ou dites-le-moi directement. C'est plus simple et cela évite les petits parasites. Bon, nous étions en pleine étude.
Dans le chapitre 9, Torah 9, dans la première partie du Likouté Moharan, il est question d'un thème qui revient souvent: la prière chez Rabbi Nahman. C'est un thème très central. On peut dire que l'importance de la prière se traduit, entre autres, par le contact, par la liaison que l'on ressent envers son Rav.
Le Rav, dans ce cas précis, il s'agit donc du rabbi hassidique, le Hadmor, qui a la capacité d'orienter les prières dans les directions nécessaires, parce que la prière demande la création d'un canal. Ce canal est un canal intérieur, de la vie intérieure, et il est figuré par les douze canaux qui correspondent aux douze tribus d'Israël, chacune de ces tribus priant à sa manière. C'est la raison pour laquelle vous avez douze versions différentes du rituel, de la prière.
En fait, on peut amener cela à une résolution encore plus détaillée. Non seulement il y a douze tribus, mais il y a une manière de prier particulière à chacun d'entre nous. Étant donné que nos personnalités sont différentes les unes des autres, je suis unique au monde d'une certaine manière. Cela veut dire qu'il y aurait une multitude presque infinie de canaux, de voies qui font monter les prières au ciel. Et ce que dit Rabbi Nahman, c'est qu'il faut donc lier sa capacité de prier, son chemin personnel, à travers son portail personnel, à la prière, et le lier au tsadik qui, lui, sait orienter.
C'est comme, vous savez, il y a quelques années encore, on avait ce qu'on appelait des téléphonistes, c'est-à-dire un technicien ou une technicienne dont le rôle est d'orienter les différentes communications. Si la téléphoniste se trompe dans l'orientation des communications, cela donne des catastrophes. Voilà, c'est ça le travail du tsadik.
C'est un texte assez ardu, que nous avons déjà vu, dans lequel Rabbi Nahman nous dit qu'il y a un rapport direct entre la prière et le miracle. Le miracle signifie que la nature n'est pas absolue. De même, la prière demande un miracle, la prière demande que des choses qui sont advenues par les voies naturelles changent. On peut dire que, littéralement, la prière est la demande d'un miracle. Même si cela ne transforme pas immédiatement les lois de la nature, ce n'est pas la mer Rouge qui va s'ouvrir devant vous, on demande malgré tout que l'ordre du monde soit transformé.
Maintenant, je pense que nous pouvons voir cela à travers le texte, la lettre Dalet. Dans la colonne de gauche: « Vetsarir kol adam, lekasher tefilato, letsadik hador »: tout homme... Avant de voir cela, rappelez-vous les deux lignes précédentes. À la fin du passage, vous avez, entre parenthèses, « Ach iyoq char li'it palel, rak késhe'omer Torah »: on ne peut faire la prière que si on a étudié la Torah. « Ki lo am ha'aretz chassid », car les Sages ont dit dans le traité Havoc...
Remarquez que cette parenthèse n'a pas été écrite par Rabbi Nahman lui-même. Il est écrit entre parenthèses « Ketavi ad haveri », c'est le manuscrit.
Des Khaverim, des élèves de Rabbi Nahman, ont ajouté cela. Pourquoi ? Parce que, jusqu'à présent, Rabbi Nahman ne parle que de la valeur de la prière, et après il va rappeler le rapport entre la prière et l'étude. Pour permettre la transition, on a rajouté ces deux lignes. Maintenant je passe à la lettre Dalet: « Vetsarir kol adam, lekasher tefilato, letsadik hador »: tout homme doit attacher sa prière au juste de la génération.
Le tsadik, lui, sait comment orienter, aménager les portes, c'est-à-dire les portes de la prière, et amener chaque prière à la porte qui lui convient. Le tsadik doit savoir identifier, diagnostiquer quelle est la personnalité de la personne qui se lie à lui, et comment orienter sa prière vers le ciel.
« Ki kol tsadik ve tsadik hou bechinat Moshé Machiah »: car tout tsadik est quelque chose qui ressemble à Moshé Machiah. Qu'est-ce que Moshé Machiah ? Si nous lisons la Torah, Moshé était destiné à remplir un rôle qu'il n'a pas réussi à remplir. Il devait faire sortir Israël d'Égypte et l'amener en Kenaan. Or, ce qui s'est passé, c'est que Moshé a fait sortir les enfants d'Israël d'Égypte, mais il est mort avant que le peuple n'entre en Kenaan. On peut dire donc que la mission de Moshé était une demi-réussite, et donc un demi-échec, au niveau de cette première mission.
La deuxième mission de Moshé était de donner la Torah. Il est assez surprenant de voir que c'est le même personnage qui doit remplir une fonction, pourrait-on dire politique, militaire, guerrière: il doit faire la conquête de Kenaan. Il est également celui qui enseigne la Torah. Si Moshé avait réussi son entreprise, il n'aurait pas été seulement Rabbeinou, notre maître, mais il aurait été également le Machiah. L'histoire aurait alors réussi, et nous aurions vécu une histoire tout à fait différente de ce que nous avons connu, sans tous les malheurs qui nous sont tombés dessus.
Mais Moshé n'a pas réussi. On peut dire qu'en fait, la Torah nous raconte un récit tragique. Elle nous raconte que Dieu a créé le monde, qu'à partir de là il a créé l'humanité, puis Israël, qu'il les a fait sortir d'Égypte, qu'il leur a donné la Torah, et qu'à la fin le projet a échoué. Il a échoué, c'est-à-dire qu'il est reporté. La Torah s'arrête au milieu d'une mission. Et après, nous devons continuer dans l'histoire ce que Moshé n'a pas fini. Le jour où nous aurons fini, ce sera le Machiah. Le Machiah, en fait, c'est un Moshé réussi. Donc vous avez Moshé Machiah.
D'ailleurs, les enfants d'Israël avaient un problème par rapport à cela lorsque la Torah a été donnée. Vous savez que lorsque Moshé est arrivé voir les enfants d'Israël, il leur a dit: « Je suis celui que vous attendez. » Ah bon ? Qu'attendons-nous ? Vous attendez un libérateur d'Égypte. Réponse des enfants d'Israël: c'est vrai. Nos ancêtres nous ont dit qu'un jour nous sortirions d'ici et que HaKadosh Baroukh Hou nous enverrait quelqu'un. Donc, si c'est toi, c'est très bien, mais il faut que tu prouves que tu as raison.
Moshé dit: écoutez, j'ai quelques petits miracles à vous faire. Je transforme un bâton en serpent, l'eau en sang. Prenez-moi au sérieux. Les enfants d'Israël disent: c'est vrai, cela a l'air tout à fait plausible, mais tant que tu n'es pas sorti d'Égypte, il n'y a pas de preuves. Au moment où les enfants d'Israël passent la mer Rouge, il est dit: « Vayaamînou BaShem uveMoshé avdo »: ils ont cru en Dieu et en Moshé. Ils ont bien voulu croire que Moshé remplissait la fonction que HaKadosh Baroukh Hou lui a donnée, de les faire sortir d'Égypte. La preuve, c'est qu'il l'a fait.
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