La joie de la mitsva, chemin vers la sagesse
Rabbi Nahman enseigne que servir Hachem dans la joie ouvre la sagesse et permet de discerner avant et après le verdict.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le Vav de l'Aleph et la double techouva, 1 h 01
En bref
Le Rav Oury Cherki commente le chapitre de Rabbi Nachman de Breslev « Bahatsotzerot » et son enseignement sur la sagesse qui s'éveille par la joie des mitsvot. Il explique que la crainte doit précéder l'amour, que la rigueur doit être adoucie par la bonté, et que la finalité de la Torah est d'amener davantage de vie. Il développe aussi le récit de Rabba bar bar Hana sur le bateau et le poisson, lu comme une parabole sur la capacité à discerner ce qui est avant ou après le verdict.
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bon, on continue, dans le Likouté Moharan, je crois qu'on ne va pas s'arrêter. On est dans la Torah, là où il est écrit Véda'ta, effectivement. Je résume très rapidement ce qui a été dit jusqu'à présent. Le nom de ce chapitre, c'est Bahatsotserot, « Le son de la trompette »; il est écrit hari'u lifnei Melekh Hachem, c'est-à-dire: dans les trompettes et la voix du chofar, tonner devant le Roi, Dieu.
Rabbi Nahman le prend comme une incitation à entendre le tonnerre. De quel tonnerre s'agit-il ? D'un tonnerre intérieur qui ébranle l'opacité de la pensée. Ce tonnerre touche à ce qu'on appelle goulgoleth, c'est-à-dire le crâne, précisément le lieu de la pensée. Et il introduit ce que les kabbalistes appellent des mokhin, c'est-à-dire des compréhensions, des niveaux de sagesse que l'on n'acquiert pas d'habitude par la seule intelligence ou par la seule réflexion. Il faut parfois une ouverture, qui vient d'un certain ébranlement, qu'on appelle la voie du tonnerre ou de la foudre.
Et comment y accéder ? Il faut pour cela savoir faire la différence entre ce qu'on appelle avant le décret, avant le verdict, et après le verdict. On est jugé. Et avant que le verdict ne soit rendu, la prière est beaucoup plus efficace qu'après le moment du verdict. Il est donc important de savoir, dans sa relation au jugement de Dieu, si l'on est avant le verdict ou après le verdict. Pour le savoir, il faut accomplir les mitsvot, mais un accomplissement des mitsvot fait entièrement dans la joie.
Qu'est-ce que la joie pour Rabbi Nahman ? C'est la joie de l'accomplissement de la mitsva. Non pas la récompense de la mitsva, mais au contraire, ne plus vouloir même la récompense, parce que la mitsva est en soi la récompense. Quand on a le sentiment, la certitude intérieure, que cette mitsva nous a rapprochés du Créateur, il n'est plus nécessaire de demander une récompense extérieure. C'est quand on arrive à cette intensité de joie dans l'accomplissement de la mitsva que l'on est capable de se réjouir en même temps que Dieu.
C'est intéressant: il y a une sorte d'enveloppe, qui est simplement l'action technique de la mitsva, et qui cache l'intériorité de la mitsva, qui est la joie que ressent le Créateur, pourrait-on dire. Pour employer cette image: c'est la joie que ressent le Créateur quand on accomplit ses mitsvot. Il y aurait donc une sorte de joie commune à nous deux.
Ce que nous dit également Rabbi Nahman, c'est qu'il est impossible d'accéder à cette joie tant que l'on est attiré par ce qu'il appelle les sagesses extérieures, Hokhmot hitsoniot. De manière générale, cela désigne la philosophie. C'est la grande bête noire de Rabbi Nahman, la philosophie. Tant qu'on est attiré par les Hokhmot hitsoniot et aussi par les Machchavot zarot, les pensées étrangères, la sagesse fermente, elle devient hamets.
Rabbi Nahman procède par images qui en entraînent d'autres. Cela ressemble au roseau qui a introduit l'archange Gabriel dans la mer, et qui est finalement devenu le lieu où a été fondé Rome. Rome, le lieu des sagesses extérieures. Et cette histoire de roseau dans la mer ? La mer, c'est la sagesse. Cette sagesse que nous avons tous en nous, en tant qu'enfants d'Israël, risque d'être corrompue par l'introduction des sagesses extérieures et des pensées étrangères. C'est de cela que Rabbi Nahman nous avertit.
Voilà, c'est un résumé de ce que nous avons vu la dernière fois. Oui ?
— Le tsadik aujourd'hui, c'était le Klal Israël, parce qu'on était justement imprégnés de toutes les cultures extérieures. Donc ma question: on a parlé de la rencontre avec le tsadik, qui permet de faire techouva, etc. Qu'est-ce que cette rencontre avec le tsadik, si c'est la rencontre avec le Klal Israël ? Et qu'est-ce que l'annulation du hani ?
Rav Oury Cherki: Oh là là. Il y a ici plusieurs choses. Tout d'abord, vous avez cité quelque chose de tout à fait vrai: ce que j'ai dit la dernière fois, c'est que Rabbi Nahman n'interdit pas totalement l'étude des sagesses extérieures. Il la permet, il l'encourage même pour le tsadik. Et ce que j'ai affirmé la dernière fois, c'est que la génération dans son ensemble est arrivée au niveau du tsadik de Rabbi Nahman, et c'est la raison pour laquelle elle s'occupe de ses sagesses. Dire que la réussite de la génération dépendrait de l'annulation de ses études n'a donc aucun sens. Ça, c'est purement vrai.
On avait parlé également de la rencontre avec le tsadik. Ça, je ne me rappelle pas qu'on en ait tellement parlé, mais enfin, si vous le dites. La rencontre avec le tsadik, c'est effectivement l'adhésion au Klal Israël, ce qui ressemble, d'une certaine manière, à l'adhésion au sionisme, dont j'ai entendu le Rav Fiszon parler à la fin de son cours, quand je suis rentré dans les deux dernières minutes. Indépendamment de cela, qu'est-ce que le bitoulayesh, ça, vous l'avez demandé ? L'annulation, c'est ça ?
Ah, la Torah d'avant, mais la Torah d'avant, on l'a oubliée. On est en train de parler de la Torah actuelle. J'ai un problème: je suis extrêmement restreint dans mes horizons, très étriqué, et quand j'étudie un sujet, je n'étudie que ce sujet et pas l'autre. C'est un défaut, mais il faut faire avec.
Nous allons maintenant continuer le texte. Rabbi Nahman ajoute un point important: Véda'ta, et sache. Chetzarif lehatsef agvourot bachasadim, smalab imin. Il faut associer la rigueur, ou la puissance, avec les générosités, les bontés, la gauche avec la droite. Rien à voir avec la politique. C'est-à-dire: kemo shekatuv bigvourot yocha imino, ainsi qu'il est dit: c'est par la puissance de Son salut que se manifeste Sa droite.
Il y a ici toute une série d'images, de symboles. La droite représente la middat hessed, la bonté, tandis que la gauche représente la rigueur, middat hadin. De même, dans l'esprit humain, il y a ahava et yira, l'amour et la crainte. La crainte procède de la bonté, du hessed, et la crainte procède aussi de la rigueur, middat hadin. Il faut faire l'unité des valeurs.
C'est très important, parce que quand on étudie la Torah, on peut se demander quelle est sa finalité. Par exemple, dans la Torah, il y a des halakhot, et les halakhot disent: si on a fait le bien, on est récompensé; si on a fait le mal, on est puni. Quelle est l'intention de la Torah ? On pourrait dire que la Torah est indifférente: ceux qui font des mitsvot sont récompensés, ceux qui font des fautes sont punis, et cela n'a aucune importance de savoir combien font des mitsvot et combien font des fautes. Ce qui compte, c'est que la rétribution soit donnée en bien ou en mal.
Or la tradition juive n'admet pas ce genre de chose. Le prophète Ézéchiel nous dit: va leur dire, moi je jure, parole de l'Éternel: Im chafetz ani bemot harasha ? Est-ce que je désire jamais la mort du méchant ? Ki im beshuvo midarko vehaya: je veux simplement qu'il revienne de …
Cours d'Orot veKelim
Dans la même série
Série approfondie : 24+ cours. Prière, souffle de l'âme, Torah révélée et cachée, rôle du Tsaddik, joie selon Rabbi Nahman.
- 9
L'humilité et la techouva selon Rabbi NahmanLe passage de la parole du tsadik à l'infini : comment la grandeur de Dieu renvoie à sa volonté infinie. - 10
Le ratso vachov et la torche du tsadik selon Rabbi NahmanComment la rencontre du tsadik et l'aveu de ses fautes ouvrent la voie de l'élévation, à partir de l'histoire du poisson de Rabbah. - 11
Le monde créé pour moi : la joie de la mitsvaRabbi Nahman enseigne que chacun est le centre du monde et que la joie des mitsvot révèle où en est le verdict. - 12
La joie des mitsvot et le salaire du jour mêmeLe Rav Cherki explique que la joie de accomplir une mitsva procure déjà le Olam Haba, sans attendre le soir de sa vie. - 13
La joie de la mitsva, chemin vers la sagesseRabbi Nahman enseigne que servir Hachem dans la joie ouvre la sagesse et permet de discerner avant et après le verdict. - 14
Le Vav de l'Aleph et la double techouvaLe Vav diagonal de l'Aleph comme filtre d'humilité, et la nécessité de faire techouva de sa techouva. - 15
Le Aleph, entre l'idéal et la réalité chez Rabbi NahmanComment relier le Youd d'en bas au Youd d'en haut, par le silence et la techouva - 16
La émouna, prière et sainteté de l'HistoireLe Rav Cherki lit Likouté Moharan : l'exil tient au manque d'émouna, et la Gueoula viendra avec elle. - 17
La parole du maître et la fécondation de l'élève chez Rabbi NahmanLe conseil du maître pénètre l'élève comme une semence : la sagesse vise la vie, selon Likouté Moharan, Ve'ele Amishpatim. - 18
Le souffle, source de vie et de renouveau du mondeRabbi Nahman enseigne que le monde se crée et se renouvelle par le souffle, et que le manque vient de l'absence de vitalité.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav