Le monde créé pour moi : la joie de la mitsva
Rabbi Nahman enseigne que chacun est le centre du monde et que la joie des mitsvot révèle où en est le verdict.
Rav Oury Cherki
Ensuite : La joie des mitsvot et le salaire du jour même, 1 h 01
En bref
Le Rav Oury Cherki commente un enseignement de Rabbi Nachman de Braslav dicté directement par lui, sur la phrase « le monde entier a été créé pour moi ». Il montre que chacun est un centre du monde, donc responsable de sa réparation, et que la prière a pris après la destruction du Temple le rôle de réparer le monde, ce qui en fait un acte de liberté, distinct du sacrifice conservateur. Il explique aussi comment la joie dans l'accomplissement des mitsvot permet de savoir si l'on se trouve avant ou après le verdict, et pourquoi les mitsvot forment un organisme plutôt qu'une simple accumulation de commandements.
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Vous voyez qu'il est écrit ici Leshon Rabbeinu Zarnou Ivracha. Cela veut dire que ce texte a été dicté directement par Rabbi Nahman. Souvent, les textes sont des résumés de cours entiers, résumés par Rabbi Nathan, son élève. Là, c'est directement Rabbi Nahman de Breslev.
Je rappelle que les dix-sept ou dix-huit premiers enseignements, les premiers chapitres de Likouté Moharan, sont formellement des commentaires des Aggadot de Rabba Bar Bar Hana. Qu'est-ce que les Aggadot, les récits, les contes de Rabba Bar Bar Hana ?
Il y a ici quelqu'un qui dit qu'il y a un micro ouvert qui dérange. Non, ce n'est pas ça. Ce qui dérange, c'est un haut-parleur dans ma rue qui annonce un enterrement. En principe, cela doit s'arrêter dans quelques secondes.
Je crois que ça se calme, ça s'éloigne un peu. Voilà. Bon. J'espère.
Pour revenir à Rabba Bar Bar Hana: c'est un des sages du Talmud, un peu mystérieux, un peu légendaire, qui enseigne des contes fantastiques. Ça s'appelle les récits de Rabba Bar Bar Hana.
En général, ça se passe dans le désert ou dans l'océan. Il emploie beaucoup de termes en araméen, assez compliqués, qui demandent donc des commentaires. Un des grands enjeux de certains de nos maîtres a justement été d'expliquer les contes de Rabba Bar Bar Hana. Il y a le commentaire du Gaon de Vilna, le commentaire de Rabbi Nahman de Breslev, et il y a aussi un commentaire du Rav Kook, chacun à sa manière, pour interpréter les métaphores et les paraboles de ces enseignements.
Le texte que nous allons voir ici est assez long: c'est quatre pages et demie, c'est beaucoup. L'enseignement de Rabba Bar Bar Hana ne sera expliqué qu'à la fin. Ce que fait Rabbi Nahman, c'est qu'il nous explique ici toute une série de choses.
À la fin de l'étude, il nous expliquera que tout ce qu'il a dit est résumé dans l'enseignement de Rabba Bar Bar Hana. Mais là, nous allons voir les idées elles-mêmes. Cela tourne aussi autour d'un verset, et ce verset ne sera compris qu'à la fin totale du texte. Je doute fort que nous puissions aujourd'hui tout finir, mais ce n'est pas grave.
C'est un verset de Tehilim: Bahatsotserot ouqol shofar hariou lifne hamelekh Hachem. Avec des trompettes et la voix du shofar, retentissez devant le Roi, Hachem. Il y a ici écrit Bekhatsotserot, etc. Il faut continuer le verset, il n'est pas écrit: Yiram hayam oumloo, la mer et tout ce qu'elle contient rugira; tevel veyochevei va, le globe terrestre avec tous ses habitants.
Tout cela parle du shofar. Il ne s'agit pas ici seulement du shofar de Roch Hachana, mais il y a cette idée qu'il faut retentir, qu'il faut rugir devant l'Éternel, et que cela entraîne un rugissement de la mer et de la terre tout entière.
De quoi s'agit-il ? On va y aller. Kol adam tsarikh lomar: bishvili nivra haolam: tout homme doit dire: le monde entier n'a été créé que pour moi. C'est intéressant. Cela se trouve dans le traité Sanhédrin, dans la Mishna.
Que veut dire: le monde entier est créé pour moi ? Si moi et toi sommes fidèles à l'enseignement des Hachamim, je dirais: le monde entier a été créé pour moi. Les Hachamim m'ont dit que je suis obligé de dire que le monde a été créé pour moi.
Le problème, c'est que mon ami, qui lui aussi est fidèle à l'enseignement des Hachamim, dit lui aussi que le monde a été créé pour lui. Il y a donc obligatoirement une controverse entre toi et moi. Je dis que le monde a été créé pour moi, et toi tu dis que le monde a été créé pour toi. Cela veut dire que chaque individu est un monde entier.
Si vous prenez un point et que vous dessinez un cercle autour de ce point, puis que vous prenez un autre point, pas très éloigné d'ailleurs, et que vous dessinez un autre cercle autour de celui-ci, les cercles ne seront pas équivalents. Ils seront peut-être proches l'un de l'autre, mais il y aura quand même une distance. Chacun de nous est, d'une certaine manière, le centre du monde.
Il y a un texte dans la Guemara, dans Menahot, où il y a un débat entre Rabbi Yehoshua, l'un des grands maîtres d'Erets Israël, et les sages d'Athènes, les anciens de la ville d'Athènes, des philosophes. Les sages athéniens demandent à Rabbi Yehoshua où est le centre du monde. Que veut dire: où est le centre du monde ? Est-ce une question physique ? Il n'a aucune importance de savoir où est le centre du monde sur le plan physique.
Il s'agit donc de savoir quel est le centre du monde du point de vue des valeurs: qu'est-ce qui est important dans le monde, et qu'est-ce qui est périphérique ? Rabbi Yehoshua prend son doigt et dit: il est là. Les sages d'Athènes lui disent: comment le sais-tu ? Il répond: c'est très simple, prenez des cordes et mesurez à partir de là jusqu'au bout du monde, et à partir de là jusqu'à l'autre bout, et vous verrez que j'ai raison.
Cela a l'air d'être une plaisanterie, mais ce n'est pas du tout ça que ça veut dire. Cela veut dire que le centre du monde est partout. Il y a en chacun un centre. Et donc, à partir du moment où je suis moi-même le centre du monde, cela veut dire que je suis responsable du monde. C'est ça que ça signifie.
Il y a le phénomène du nombrilisme: on se prend pour le centre du monde. C'est de l'égoïsme. Mais cela peut être exactement le contraire: je suis le centre du monde, donc je suis responsable du monde.
C'est ce qu'il dit ici: Nimtsa keshe haolam nivra bishvili. Il se trouve donc, puisque le monde a été créé pour moi, que je dois m'intéresser à tout moment à la réparation du monde: tsahir hani ilir ot, oulé ha'yen bechol et betikoun haolam. Et remplir ce qui manque dans le monde: oulé mal ot chesron haolam. Et prier pour eux: oulé pallel bahavouram.
À la limite, ce n'est presque pas du Breslev, c'est de l'hébreu. Le Baal Chem Tov expliquait que le mot bishvili, « pour moi », veut dire aussi « par mon canal », bepashvil shevi, c'est-à-dire par mon sentier. Je suis un canal à travers lequel le monde entier est vivifié. C'est pour cela qu'on dit, par exemple, que Dieu disait: le monde entier, je l'ai créé bishvili, par le sentier de Hanina beni, mon fils, c'est-à-dire de Rabbi Hanina ben Dosa.
Ce qui est dit là, c'est que le monde entier, je suis donc responsable du monde. C'est ça que cela signifie. Il y a différentes manières de réparer le monde. Du temps de Rabbi Nahman, la seule manière immédiate et pratique pour un hassid de réparer le monde, c'est la prière.
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