Le ratso vachov et la torche du tsadik selon Rabbi Nahman
Comment la rencontre du tsadik et l'aveu de ses fautes ouvrent la voie de l'élévation, à partir de l'histoire du poisson de Rabbah.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le monde créé pour moi : la joie de la mitsva, 45 min
En bref
Le Rav Oury Cherki reprend le quatrième chapitre de l'Ikouté Moharan de Rabbi Nachman de Braslav, consacré au Ratso Vachov, le mouvement de course vers la lumière divine suivi d'un retour, et aux quatre niveaux de défauts liés aux quatre éléments. Il explique comment la rencontre avec le tsadik, le don de tsedaka et l'aveu de ses fautes permettent de s'en libérer. Il commente enfin l'histoire du poisson dans le traité Bava Batra selon laquelle chaque étape de cette démarche y est représentée.
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## Le ratso vachov: courir et revenir
Je tiens à vous rappeler que nous sommes dans les Likouté Moharan de Rabbi Nahman de Breslev, vers la fin du quatrième chapitre, qui s'appelle Torah Dalet ou Anokhi Hachem Elohecha. Je rappelle que Rabbi Nahman parle ici de tout un processus d'élévation. Comme dans toutes les spiritualités, il y a toujours une aspiration.
Au monde supérieur, il y a ce qu'on appelle un languissement métaphysique. Ce languissement métaphysique porte un nom: dans la tradition juive, il s'appelle ratso vachov. Ratso vachov veut dire courir et revenir: courir devant, revenir en arrière. Et le processus du ratso vachov est élaboré à partir d'une ascension morale. Chez les hommes, il y a une propension au péché, et également une propension à l'immoralité. L'immoralité vient d'un... de ce qu'on appelle un kilkoul hamidot, c'est-à-dire une détérioration du comportement intérieur, de la vertu. Pour arriver à cette élévation mystique dont il était question, il faut donc faire tout un processus.
Le processus passe par la capacité de la prière. Je ne fais que résumer des choses que nous avons déjà vues jusqu'à présent. Et également par la réparation des quatre niveaux des midot. Les quatre niveaux des midot correspondent aux quatre éléments. Je parle ici des défauts, les midot dans le sens négatif de la chose.
Les quatre sortes de mauvaises midot sont en relation avec les quatre éléments de la physique antique, c'est-à-dire la terre, l'eau, l'air et le feu. Cela correspond également aux quatre niveaux d'existence qui sont sur terre: le minéral, le végétal, l'animal et l'humain.
Dans la vie intérieure, cela correspond à la tristesse, qui correspond au minéral, et aux passions violentes, qui correspondent au végétal, ainsi qu'aux défauts qui ont un rapport avec la parole: le mensonge, le lachon hara, etc. Cela correspond à l'air ou à l'animal.
La quatrième dimension, le feu, correspond également à l'humain: c'est l'orgueil et la colère. Cette division est connue, elle remonte aux kabbalistes du XVIe siècle. Je parle ici du Ari et de Rabbi Haïm Vital, c'est également repris dans le Tanya, et c'est aussi dans Rabbi Nahman de Breslev. Maintenant, comment faire ?
Pour s'en sortir, il faut un processus typiquement chassidique, qui est d'aller voir le tsadik. Et quand on va voir le tsadik, il y a trois phases. La première est la rencontre avec le tsadik, le fait de le voir, même de loin. Une fois qu'on a vu le tsadik, même de loin, quelque chose se transforme en nous: nous sommes débarrassés des deux niveaux inférieurs des midot, c'est-à-dire ce qui a rapport à la tristesse ou aux passions. Cela se fait à l'heure de la rencontre.
Les deux autres niveaux sont réparés lorsque l'on donne la tsedaka pour les entreprises du tsadik, c'est-à-dire pour sa caisse de tsedaka, pour toutes les mitsvot qu'il fait, etc. On est donc débarrassé des deux autres niveaux, c'est-à-dire avant même d'avoir parlé avec le tsadik. Le fait même de la rencontre et d'avoir donné la tsedaka, c'est déjà cela qui nous débarrasse de l'aspect négatif de notre identité.
Vient ensuite un troisième niveau: la rencontre avec le tsadik par la parole. Le tsadik entend ce qu'on appelle le vidouï devarim, l'aveu de ses péchés, de la part de celui qui vient le rencontrer. Mais, très important, contrairement à ce qui se passe par exemple dans un événement comme la confession chez les goyim, il ne s'agit pas d'un procédé mystique ou magique. Il s'agit ici en fait d'un conseil psychologique. Le tsadik est censé comprendre quelle est la direction propre à l'âme de celui qui vient lui demander conseil, et à partir de là il peut l'orienter et lui permettre d'arriver à ce qu'on appelle le ratso vachov, cette rencontre mystique qui est de courir et de revenir en arrière.
Tout cela n'est possible que si le tsadik est capable d'un effacement total, d'une anava, d'une humilité totale, qui le fait ressembler à Moshe Rabbeinu. On avait vu un texte de la Guemara qui était en rapport avec cela.
C'est un texte de la Guemara dans Sota qui parle de quelqu'un qui marche dans une nuit noire, dans la forêt, et qui a peur des fosses et des épines. Les fosses et les épines, ce sont les mauvaises midot qui ont rapport avec la terre, avec le végétal, avec le minéral: la fosse est dans le minéral, les épines sont dans le végétal.
Mais on reçoit une torche. S'il reçoit une torche, il n'a plus peur de ces deux choses-là. Recevoir la torche, d'après Rabbi Nahman, c'est la rencontre de loin avec le tsadik. Et ensuite, avec cette torche, il continue d'avoir peur des mauvaises bêtes, des bêtes sauvages et des brigands, ce qui correspond aux deux autres niveaux des mauvaises midot,
qui sont en rapport avec l'animal et l'humain. Une fois que l'aube se lève, il n'a plus peur de rien, et il arrive à un parachat derakhim, une croisée des chemins. La Guemara nous dit: qu'est-ce que c'est qu'une croisée des chemins ? C'est un talmid hakham, un sage, ou, dans le langage de Rabbi Nahman, le tsadik. C'est alors qu'il est sauvé de tout, puisqu'il peut parler avec le tsadik de ses problèmes.
Tout cela, et c'est alors que l'on peut commencer le travail du ratso vachov. Et là, dans ce travail, il y a une remarque très importante de Rabbi Nahman. Il dit: l'aspiration du tsadik, ou de tout homme, qui est en rapport avec la divinité, c'est de se fusionner avec l'infini. Or, cela est très dangereux; ce serait donc mourir, en vérité. Et Rabbi Nahman nous dit:
Ce n'est vrai que lorsqu'on arrive à la fin de sa vie. C'est ce qui s'est passé avec Moshe Rabbeinu, quand Moshe, à la fin de sa vie, s'engloutit dans la lumière de l'infini. Mais tant que Moshe Rabbeinu était vivant, il courait vers la lumière et revenait à sa place. Il y a donc, si vous voulez, un mouvement de va-et-vient, qui est une sorte d'acte d'amour, pourrait-on dire, entre l'homme et Dieu,
mais qui n'est pas une fusion, qui pourrait donc devenir une idéalisation de la mort, même pour des raisons... même une mort mystique. C'est pour cela que cette histoire du ratso vachov est importante. Tout cela, c'est ce que nous avons vu. J'ai résumé très rapidement ce que nous avons étudié pendant plusieurs cours autour du quatrième chapitre. Maintenant, nous allons voir comment Rabbi Nahman retrouve tout ce qu'il a dit dans un texte du traité Bava Batra.
Dans un des récits de Rabba Bar Bar Hana. Je vous rappelle que Rabba Bar Bar Hana est un peu le, comment dirais-je, le Tolkien ou le Harry Potter du Talmud. Il raconte des histoires fantastiques, et dans ces histoires qui ont l'air de ne rimer à rien, Rabbi Nahman rentre dans le détail et nous explique des choses très profondes.
Rabbi Nahman nous a fait un grand service: il nous a d'abord tout expliqué, et maintenant il va nous dire comment cela est écrit dans le texte. Je vous lis ici, puisque moi …
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