L'humilité et la techouva selon Rabbi Nahman
Le passage de la parole du tsadik à l'infini : comment la grandeur de Dieu renvoie à sa volonté infinie.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Le ratso vachov et la torche du tsadik selon Rabbi Nahman, 44 min
En bref
Le Rav Oury Cherki commente un passage du Likutey Moharan de Rabbi Nachman de Breslev : la techouva passe par l'humilité et la parole adressée à un tsadik, qui permet de déposer ses fautes et de s'orienter selon la racine de son âme. Il explique que le bitoul hayesh, l'annihilation de soi, n'est pas un anéantissement mais la condition pour recevoir son être comme un don et s'inclure dans l'infini. Il souligne aussi que, selon le judaïsme, le monde est créé et distinct de Dieu, tout en gardant la dimension d'immanence exprimée par la Torah.
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Nous allons continuer notre étude. Ça fait très longtemps qu'on ne s'est pas rencontrés, grâce à de bonnes choses d'ailleurs: Chavouot, Yerouchalaïm et tout le reste. Mais le moment est venu de s'y mettre. Je vous invite à retrouver le texte du Likouté Moharan. Nous sommes toujours dans la Torah appelée Anokhi Hachem Elohecha, qui est la quatrième du Likouté Moharan.
Nous arrivons tout de suite à l'endroit que Yaakov a trouvé, HaBechina HaShechitit. Essayons de nous rappeler de quoi il s'agit, rafraîchissons un peu notre mémoire. Rappelez-vous que Rabbi Nahman veut interpréter le verset Anokhi Hachem Elohecha, « Je suis l'Éternel ton Dieu ». La manière dont il lit ce verset est la suivante: je suis le même quand je suis Hachem et quand je suis Elohecha.
C'est-à-dire que, lorsque je suis Hachem, cela s'appelle Midat HaRahamim, la miséricorde; et lorsque je suis Elohecha, c'est-à-dire Midat HaDin, la rigueur. C'est toujours le même Dieu qui se révèle à travers les deux dimensions. La Michna dit dans le traité de Megila que si quelqu'un dit dans la prière: Al tov yizacher shemekha, « c'est quand tu fais le bien que ton nom est mentionné », alors on fait taire celui qui lit ce texte. On ne peut pas dire que Dieu est mentionné uniquement quand il nous fait du bien; il l'est aussi quand il nous fait du mal, ou lors de l'exercice de la Amida des jours de deuil. Tout cela est une manifestation de la même divinité, de la même volonté. Anokhi, c'est toujours moi, Hachem, qui suis Elohecha. Voilà le grand principe que Rabbi Nahman nous explique dans ce texte.
On continue, donc. On en était à cette histoire des lettres. Les lettres sont l'expression d'une volonté. Quand je dis Alef, c'est une volonté; quand je dis Beth, c'en est une autre; quand je dis Alef-Beth, cela donne le Av, le père. Ce sont deux volontés qui se sont conjuguées et sont devenues une volonté. On peut donc dire que chacun de nous est une sorte de volonté.
Cette volonté peut être mauvaise. Lorsqu'on fait des péchés, les lettres du péché qu'on a commis sont inscrites dans nos os. Faire techouva, c'est faire sortir les lettres de l'os. Or faire sortir des lettres, les lettres étant de la parole, consiste à aller parler de ces problèmes. Un sage, un talmid ‘hakham. Voilà ce que cela veut dire.
Cela n'a rien à voir, je pense que nous l'avons bien expliqué la dernière fois, avec ce qu'on appelle la confession chez les non-juifs, car la confession chez les non-juifs fait partie de ce qu'on appelle l'expiation. Chez nous, ce n'est pas du tout cela; c'est une sorte de traitement psychologique. Or le traitement psychologique passe par le fait de se débarrasser de ses lettres. Comment fait-on pour se débarrasser de ses lettres ? Il faut se débarrasser des mauvais midot.
Les mauvais midot sont liés aux quatre éléments: le feu, l'air, l'eau et la terre, qui correspondent également à des règnes: la terre correspond au minéral, l'eau au végétal, l'air à l'animal et le feu à l'humain. Pour se débarrasser des mauvais midot liés à cela: la paresse et la tristesse sont liées à la terre.
Les passions, les mauvaises pulsions sont liées à l'eau. Les mauvaises paroles, le mensonge et la médisance, sont liées à l'air. L'orgueil et la colère sont liés au feu. Ce sont des principes tirés des enseignements du Ari. Pour s'en débarrasser, il faut passer par trois phases.
La première est de voir le tsadik. La deuxième est de donner de la tsedaka dans la caisse gérée par le tsadik. La troisième est de lui parler. Ce que nous a expliqué Rabbi Nahman jusqu'à présent, je le rappelle simplement, car nous l'avons étudié lors des derniers cours: quand je vois le tsadik et quand je donne la tsedaka,
pour le tsadik, dans ces deux premières actions, je me libère des quatre klipot. C'est-à-dire qu'en voyant le tsadik, j'arrive à dominer tout ce qui est lié au minéral et au végétal, c'est-à-dire la tristesse et la passion. Quand je donne la tsedaka, je me libère de la médisance, du mensonge et de l'orgueil. Ensuite, je dois
parler avec le tsadik. Nous arrivons aujourd'hui au texte que Yaakov nous a amené, HaBechina HaShlishit, le troisième aspect. Keshem she-adam mevi ve-omer ve-dibro lifnei talmid ‘hakham. Lorsqu'on vient raconter par la parole ce qu'on a fait, on le raconte au talmid ‘hakham, she-al yedei zeh, car de cette manière, atah mitqarev lo ‘hakham, il peut l'orienter dans la bonne voie selon la racine de son âme. Az nitzol mi-kulam, alors il est sauvé de tout.
Il y avait également, en parallèle, une autre histoire tirée de la Guemara: quelqu'un qui va dans la forêt et qui a peur de tomber dans les fosses et dans les épines. C'était le premier aspect, domé mitzomer.
Ensuite, lorsqu'il voit une torche, il est également sauvé des brigands. Et quand il sort de la forêt, quand l'aube se lève, il est sauvé de tout. L'aube qui se lève, c'est la rencontre avec le talmid ‘hakham lorsqu'il commence à parler de ses problèmes. Az ‘hai nitzan de-koulam, alors il est sauvé de tout.
Remarquez que cette rencontre avec le talmid ‘hakham, cette rencontre avec le tsadik, est pour Rabbi Nahman l'équivalent de ce que nous connaissons aujourd'hui sous le nom de psychologue. Avec une différence: le psychologue a simplement étudié la psychologie, alors que le tsadik connaît la racine de l'âme de chacun. Il faut avoir l'intuition de qui est la personne que l'on a en face.
C'est-à-dire qu'il y a un conseil qui peut être très bon pour une personne et très mauvais pour une autre. C'est là l'importance de la rencontre par la parole. Ki kodem she-hi‘ hat vada: car avant d'avoir fait son aveu, af al pi she-hayah rai‘ et ha-tsadik, bien qu'il ait déjà vu le tsadik, ve-natan tzedaka: il est rentré chez lui et il a donné la tsedaka. Ad ‘ayin ino yode‘a be-eizeh derekh ouméhalekh: il ne sait toujours pas dans quelle voie se rendre.
Car, comme dit le livre de Michlé, yesh derekh yashar lifnei ish, ve-‘aharitah darkhei mavet: il y a un chemin qui semble droit à un homme, mais dont l'issue mène aux chemins de la mort. Mais lorsqu'il arrive à la croisée des chemins,
la Guemara nous dit que la croisée des chemins, c'est soit le talmid ‘hakham, soit le jour de la mort. Ce qui veut dire: quand on expose ses problèmes au talmid ‘hakham, on est alors sauvé de tout.
Cela est valable à chaque fois que l'on vient devant le talmid ‘hakham et qu'on lui raconte tout ce qu'on a dans le cœur. Le talmid ‘hakham est une émanation de Moshé, obekhinat Moshé. Or le talmid ‘hakham est une dérivée de Moshé, she-hu oubekhinat ayin, dont la nature est le néant. C'est-à-dire que le vrai talmid ‘hakham, en tout cas Moshé, est celui qui est capable d'annihiler tout son être.
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