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Rabbi Yoël Moshe Salomon, le père des Moshavot

Comment un juif ashkénaze devint séfarade pour habiter Jérusalem, puis fonda la première colonie juive en Erets Israël.

43 min

Rav Eytan Fiszon

Ensuite : Le Rav Arie Bina, bâtisseur du yichouv, 11 min

En bref

Le cours retrace la vie de Rav Yoel Moshe Salomon, petit-fils de Rav Shlomo Zalman Tzoref, né à Jérusalem en 1838. Il montre comment cet homme a fondé le premier journal et la première imprimerie de Jérusalem, puis le quartier de Nahalat Tsiva, avant de fonder Petah Tikva en 1878, première moshava, malgré la malaria et les attaques. Il explique aussi son rôle dans la venue du Rav Kook en Terre d'Israël.

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Erev Tov, donc Erev Tov à tous, et sans plus attendre, sans transition, on commence par de la musique !

## Un personnage extraordinaire

Et voilà, Rick Einstein qui ouvre notre cours de ce soir et qui nous chante à la gloire de cet homme qui se baladait avec son fusil, son épée et sa Torah. Aujourd'hui, on va parler d'un homme extraordinaire, d'un cavalier au grand cœur, d'un homme qui va être tellement important que personne ne le connaît. Je parle aujourd'hui de…

Ce personnage extraordinaire a une statue à son effigie. Mais attention, quand je te parle d'une statue à son effigie, il y a plein de gens qui ont des statues à leur effigie. Mais on n'a pas souvent de gens qui ont une statue. Et comment te dire, cette statue-là met en scène un rabbin qui est aussi un motard. Alors ça, surtout qu'à son époque, il n'y avait pas de moto.

C'est quand même pas mal ! Eh oui, les amis, je vous montre ici la statue de l'homme qui va être notre personnage de la soirée. Attention, tenez-vous bien. Aujourd'hui, nous parlons… Alors, je te montre la photo de la statue, du côté avec les fameuses ailes. C'est un clin d'œil aux Harley-Davidson. Exactement ! Exactement, les amis, sans plus attendre. Aujourd'hui, nous parlons de Reb Yoël Moshe Salomon.

Rabbi Yoël Moshe Salomon. Et là, tout de suite, je te dis que tu ne sais pas de qui on parle. Tu n'as jamais entendu parler de lui. Et pourtant, ouah ! Rabbi Yoël Moshe Salomon. Alors, on va commencer notre histoire. Quand Rabbi Yoël Moshe est tout petit, il adore une chose: se retrouver entre les jambes, sur les genoux de son grand-père. Son grand-père.

Oh là là ! Mais quel homme ! Rav Shlomo Zalman Tzoref. Rav Shlomo Zalman Tzoref, Rabotaï. Mais c'est qui, ces noms-là ? Est-ce que ces noms doivent nous évoquer des choses ? Eh bien oui. Rav Shlomo Zalman Tzoref fait partie des élèves du Gaon de Vilna, de ces fameux élèves qui arrivent en Israël. Il arrive en Israël, et tout son périple pour arriver en Israël, il le raconte à son petit-fils, Rabbi Yoël Moshe. Rabbi Yoël Moshe Salomon, vous allez me dire pourquoi ils n'ont pas le même nom ? Deux secondes, ça va venir.

En tout cas, il adore le petit Yoël Moshe, qui écoute les histoires de papy. Et il a surtout une histoire qu'il adore plus que toutes les autres, parce qu'il sait que ça n'arrivera plus dans l'histoire du peuple juif. Imaginez: est-ce qu'on connaît des juifs séfarades qui s'habillent comme des ashkénazes ? Ah bah oui ! Ça, on connaît. On en voit tous les jours dans toutes les yeshivot. Des mecs habillés en costume avec un borsalino, qui disent qu'ils ne veulent pas déroger à ce que leurs ancêtres portaient. Bon, mais l'inverse: est-ce qu'on connaît l'inverse ? Est-ce qu'on connaît des juifs ashkénazes qui s'habillent en séfarades ?

Ah, ça, c'est moins connu. Ça, c'est moins facile à trouver. Et pourtant, il y en a eu, parce qu'il y a eu une époque où, tenez-vous bien, les Ashkenazim n'avaient pas le droit d'habiter à Jérusalem. De quoi parle-t-on ? Imaginez-vous que si je vous montre ce dessin-là, on parle de gens qui ont tous des noms qui se terminent en « vitch », en « ski ». En off, autant te dire, pas vraiment des Marocains du Sud.

1720. À cette époque-là, Rabbi Yehuda HaChassid a construit la synagogue de la Hourva, celle qu'on connaît au centre de la vieille ville de Yerouchalayim. Il a emprunté de l'argent aux Arabes. Mais le problème, c'est que les Arabes ont dit: OK, on a prêté de l'argent, mais on veut récupérer. J'ai dit 1720, c'est 1720 pour moi. Ils veulent récupérer l'argent qu'ils ont investi. Et le problème, c'est que juste après l'inauguration de la synagogue de la Hourva, Rabbi Yehuda HaChassid meurt. Il meurt de manière assez brusque, et personne ne comprend ce qui s'est passé.

Seulement, la communauté juive de Jérusalem, donc la communauté ashkénaze qui vient de suivre Rabbi Yehuda HaChassid, qui vient d'Europe de l'Est, est complètement perdue, n'arrive pas à rembourser les dettes qu'elle a envers l'Empire ottoman. Et les Ottomans non seulement vont brûler la synagogue, mais ils vont décréter qu'à partir de maintenant, tous les juifs ashkénazes n'ont plus le droit d'habiter à Jérusalem.

Reb Shlomo Zalman Tzoref fait partie de ces juifs qui arrivent et qui veulent à tout prix habiter à Jérusalem. Comment faire ? Les séfarades, eux, ont leur Beit Knesset, et ils sont en règle avec les autorités. Donc les séfarades ont le droit d'habiter à Jérusalem. Eh bien, pour la première fois, et peut-être la seule fois de l'histoire, les ashkénazes vont s'habiller en séfarades, vont apprendre à parler avec l'accent séfarade pour pouvoir rester à Jérusalem.

Les vestiges de ça, on les connaît aujourd'hui. Quand vous voyez des hassidim se balader à Mea Shearim ou dans la vieille ville, habillés d'une grande tunique, une sorte de grande rodingote, un grand peignoir de bain rayé beige et noir, qu'on appelle les Yerouchalmim, eh bien, en fait, cet habit-là était l'habit des séfarades traditionnels dans les murailles de la vieille ville il y a 150 ans. C'était un tissu qui venait d'Iran, et c'était uniquement les séfarades qui s'habillaient comme ça. Les ashkénazes qui se sont fait passer pour séfarades ont commencé à s'habiller comme ça, et c'est resté chez certains hassidim aujourd'hui.

## Naissance et jeunesse à Jérusalem

Et c'est lui qui va réunir l'argent pour rembourser l'Empire ottoman, permettre aux ashkénazes de réhabiter officiellement à Jérusalem, et également reconstruire la synagogue de Rabbi Yehuda HaChassid, la synagogue de la Hourva. Autant te dire que le petit Yoël Moshe, qui grandit, je te dis, dans les jambes de son grand-père, entend ces histoires tout le temps, et il va grandir comme un amoureux.

Un amoureux de la reconstruction. Un amoureux de la construction tout court. Un amoureux d'Erets Israël. Ça, c'est le petit Reb Moshe, Yoël Moshe Salomon. Il naît en 1838, à Jérusalem, à Yerouchalayim. Il grandit dans les histoires de son grand-père, dans les histoires de son père également. Son père était ce qu'on appelle un shadar, un meshoulah, un envoyé des tsadikim de Jérusalem, des rabbanim de Jérusalem, pour aller essayer de récupérer de l'argent pour faire vivre le Yishouv juif en Erets Israël.

Mais, à la différence de tous les autres shadarim, et à la différence de la majorité des gens qui habitent à Jérusalem, tant Rabbi Shlomo Zalman Tzoref que son fils, le père de Rabbi Yoël Moshe, Rav Shlomo Salomon — c'est pour ça qu'il va prendre le nom Salomon — ont un métier. Son fils travaille. Rabbi Shlomo Zalman, Rabbi Salomon, Rabbi Yoël Moshe, tous ont un métier. Et pour eux, il est fondamental de ne pas vivre de l'argent qu'on reçoit des communautés de la diaspora. Ils vont en chercher pour le reste de la communauté, mais ils ne veulent absolument pas en être dépendants.

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