Le Rav Meir Yehouda Getz, Rav du Kotel
Parcours d'un élève de Tunis, de la perte de son fils Avner à sa mission auprès du Kotel après 1967.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Rav Tzvi Yehouda Kook et la Torah de la Gueoula, 56 min
En bref
Le cours retrace la vie du Rav Meir Yehouda Getz, né en 1924 à Tunis et formé à la yeshiva du Rav Moshe Chalfon HaKohen puis du Rav Matzliach Mazouz. Il évoque sa déportation dans le camp de Bir Zetz, son évasion, son alya, son installation à Kerem Ben Zimra puis à Jérusalem, où il devient Rav HaKotel après la guerre des Six Jours. Il rappelle enfin son rôle dans la rénovation de la yeshiva Tamekoubalim Bethel et sa conception de la Torah comme engagement pour le peuple juif.
Début du cours (texte)
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Erev tov, les coulams. Et on est lancés pour notre limoud de la semaine sur les grands personnages de la résurrection moderne du peuple juif, nos grands maîtres qui ont accompagné nos générations dans la résurrection du peuple juif sur sa terre.
Après avoir parlé de Rabbi Shlomo Karlinerbach, du Rav Shlomo Goren, du Rav HaNasi et du Rav David HaCohen, il était temps qu'on s'attaque à un bon séfarade bien de chez nous. Et pourtant, on va voir que, malgré le fait qu'il est un pur produit du Beit Hamidrash des Hachmei Tunis, on verra à quel point le Rav Meir Yehouda Getz ne se considère pas comme un séfarade, mais je suis en train de, comment dit-on en hébreu, l'akhbim et ameukhav. Alors venez, on va commencer par parler de lui, évidemment, parce que le Rav Getz va grandir dans un Beit Hamidrash qui est justement celui de Rabbi Moshe Halfon HaCohen. C'est-à-dire que le Rav Getz est l'élève de son élève. Voilà, c'est, je pense, le mieux pour commencer.
Le Rav Getz ne vient pas de nulle part, les amis. On est embarqués directement à Tunis. Enfin, pas exactement à Tunis, mais dans une petite ville à côté de Tunis, Méloméchané. On est embarqués directement dans cette ambiance-là. Il faut savoir que le Rav Getz va naître en 1924.
Il grandit donc dans cette ambiance, dans ce Beit Hamidrash qui a une particularité. Le Beit Hamidrash lancé par le Rav Moshe Halfon HaCohen, et qui sera repris ensuite par le Rav Matsliah Mazouz, est un Beit Hamidrash qui, dès le plus jeune âge, veut donner à l'enfant juif, quand il étudie, l'envie de se poser les bonnes questions. C'est-à-dire que lorsque l'enfant arrive devant un verset qui est compliqué et qui lui amène des questionnements, le Rav Moshe Halfon HaCohen enseigne à tout le monde: si tu as une
question, c'est qu'il y a une question. N'essaie pas de te la jouer en disant que ce n'est pas une question, parce que nos sages ont déjà répondu. S'il y a une question, alors il y a une question. Tu dois donc te creuser la tête, essayer de comprendre ce qu'a voulu dire le verset, ce qu'a voulu dire Rachi. Cela nous permet d'avoir une compréhension de la Torah qui ne fait pas abstraction de ce que moi je ressens quand je l'étudie. Et cela va créer des talmidei hakhamim
qui sont vrais et honnêtes dans leur rapport à la Torah.
C'est dans cette ambiance que le Rav Getz va naître, si vous voulez. La yeshiva du Rav Moshe Halfon HaCohen marche très bien à Djerba. Mais puisque ça marche très bien, il veut commencer à créer des succursales. Le Rav Matsliah Mazouz va donc créer une succursale à Tunis, une yeshiva de hakhamim à Tunis, et le Rav Getz est un élève de cette yeshiva.
Maintenant, comment vous montrer déjà quelle est l'ambiance du Rav... Pardon ? On m'entend ? On ne m'entend pas ? C'est bon. Je disais donc: comment va-t-on essayer de comprendre, dès le départ, cette recherche de vérité ?
Le Rav Getz vient d'une famille de rabbanim. Dès son plus jeune âge, lorsqu'il a déjà six ans, son père va lui faire apprendre les taamei hamikra et la lecture de la Torah comme il se doit, avec tous les teamim tunisiens, par un melamed. Quelle est l'idée du melamed ? À chaque fois que l'enfant lit une partie de la paracha comme il se doit, le maître lui donne une pièce. Lorsqu'il fait une erreur, il doit rendre la pièce. À un moment donné, il lit, il a reçu
plein de pièces, et le melamed lui dit: tu as fait une erreur. Mais attention, tu as deux options: soit je te dis où tu as fait une erreur, mais à ce moment-là, tu me rends toutes les pièces que tu as récupérées jusqu'à maintenant; soit une erreur par page, ça passe. Le Rav Meir Yehouda Getz, qui n'est alors que Meir Yehouda, ne se fait pas prier: il dit, hors de question, tu reprends toutes les pièces, je veux savoir quelle est mon erreur. Dès son plus jeune âge,
la recherche d'une vérité profonde.
Comment vous le décrire ? Le Rav Getz a eu énormément de périodes dans sa vie. La première, on l'a dit, se passe en Tunisie. Très rapidement, à peine âgé de quinze ans, la Seconde Guerre mondiale va arriver jusqu'en Tunisie. Comme vous le savez, quand on parle de Seconde Guerre mondiale, on parle de nazis, on parle de camps de concentration. Oui, vous le savez, et si vous ne le savez pas, je vous le redis: les camps de concentration ne sont pas seulement l'apanage de la Pologne. Il y a eu des camps de concentration également en Tunisie. Certes, au Maroc, il n'y en a pas eu, parce que le roi du Maroc a décidé de protéger ses juifs pendant la Shoah. L'Algérie, c'était la France, donc les juifs y étaient directement envoyés en France. Mais la Tunisie, qui était un protectorat français, a connu des camps de concentration et des camps de travail. Les nazis étaient là-bas.
Le Rav Meir Yehouda Getz, qui n'est encore une fois alors que Meir Yehouda, va être pris dans les travaux forcés des camps de concentration de Tunisie. Il va être interné dans le camp de Bir Zetz en Tunisie. Là-bas, on ne va pas faire un descriptif de la vie dans les camps; on sait à quel point c'est compliqué. Mais ce qu'on peut dévoiler, c'est un événement qui va marquer, non seulement le Rav Getz, mais toutes les personnes qui sont autour de lui.
Les nazis avaient décidé un jour de s'amuser des juifs qui étaient là. Au moment de la pause du déjeuner, ou de la pause du repas, les nazis ont d'abord décidé qu'il fallait jeter tout le repas préparé pour les prisonniers, pour les déportés, tandis qu'eux mangeaient leur propre repas. Puis ils ont jeté par terre, devant les prisonniers juifs, les restes, les derniers morceaux qui restaient, pour que ce soit ça, leur repas. Tous les prisonniers se sont jetés au sol pour récupérer un peu de nourriture, car ils n'avaient rien à manger. Meir Yehouda, lui, est resté debout. Il n'a pas bronché. Il n'avait pas mangé de la journée, évidemment, il avait travaillé toute la journée.
Un commandant SS s'approche de lui et lui dit: ramasse et mange ! Mais Yehouda répond: non ! Le commandant insiste: ramasse et mange ! Non ! Je ne m'abaisserai pas et je ne m'infligerai pas devant toi. À ce moment-là, le commandant sort son arme et veut lui mettre une balle dans la tête. Comme vous avez pu le voir dans La Liste de Schindler, le pistolet ne marche pas. Après avoir essayé deux fois sans succès, il le regarde droit dans les yeux et s'en va. Est-ce qu'il a été appelé ailleurs ? Je ne sais pas quoi vous dire. Mais il s'en va, et Meir Yehouda ne s'est pas prosterné devant son persécuteur nazi.
Cours d'Orot veKelim
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