Le Rav Moshe Tzvi Neria, éducateur et bâtisseur
De Lodz à Jérusalem : comment un jeune prodige devient le guide du Bnei Akiva et de la kippa tricotée.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Le rabbi Yishayahou Shapira, de Hadmour à Erets Israël, 1 h 02
En bref
Le cours retrace la jeunesse du Rav Moshe Tzvi Neria, né Henkin à Lodz en 1913, depuis son apprentissage précoce auprès de son père le Rav Petahia jusqu'à son arrivée en Erets Israël en 1930 et sa rencontre avec le Rav Avraham Yitzhak HaKohen Kook. Il montre comment il est devenu un éducateur, fondateur de la première yeshiva du Bnei Akiva à Kfar Haroeh en 1939, puis d'une ulpena à Kfar Pines. Le cours insiste sur sa méthode : transmettre la Torah du Rav Kook par l'exemple et par des écrits accessibles aux jeunes.
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Yovi Tov, eh bien, les amis, Erev Tov, les Koulams, aujourd'hui on revient dans notre étude des grands personnages qui ont modelé notre histoire moderne, et aujourd'hui on va s'attaquer à un gros, gros morceau. Alors, je sais pas quoi vous dire. Est-ce qu'il est connu ou est-ce qu'il n'est pas connu ? Eh bien, en fait, ça dépend grandement de si on a grandi dedans ou pas.
C'est-à-dire que le milieu dont nous allons parler maintenant, tous les Israéliens qui ont grandi dans ce milieu le connaissent très bien. Pour les francophones, c'est un petit peu plus compliqué, parce qu'en France on n'a jamais entendu parler de lui, et pourtant il a créé, j'allais dire un empire, plus qu'un empire, il a créé un concept. Et nous en sommes aujourd'hui les purs produits.
Le Rav dont nous allons parler aujourd'hui s'appelle le Rav Moshe Tzvi Henkin. Le Rav Moshe Tzvi Henkin, que vous connaissez peut-être sous un autre nom, le Rav Moshe Tzvi Neria. On va comprendre pourquoi il s'appelle Neria alors que ce n'est pas son nom; il s'appelle Henkin, normalement. Eh bien, le Rav Neria est tout simplement l'inventeur, le père des kippot tricotées. Ok ? C'est lui l'inventeur de l'empire des kippot tricotées, de ce nouveau concept.
Et on va essayer de comprendre qui était le Rav Neria et quelle a été sa vision. J'ai marqué « le Rav Moshe Tzvi Neria, l'éducateur ». Il a été effectivement un éducateur, un édu… mais j'aurais pu dire aussi: le créateur du mouvement.
Alors venez, on essaie de comprendre de quoi on parle. On est loin, là-bas, en Pologne, à Lodz. Nous commençons notre histoire à Lodz. À l'époque, on est en 1913; la Pologne est encore sous domination de l'Empire russe. Et Lodz va être la ville de naissance de ce petit Moshe Tzvi, dans la michpaha Henkin. Il est le fils du Rav Ptahia Henkin. Et très, très rapidement, la famille quitte Lodz pour s'installer en Russie, parce que le père de Moshe Tzvi reçoit la possibilité de devenir rabbin de la communauté. Il va donc être d'abord à Minsk, et c'est là-bas que son père va commencer à officier.
Et en fait, la situation est très simple. Dès son plus jeune âge, le Rav Ptahia, le père de Moshe Tzvi, décèle chez son fils deux qualités. Tout d'abord, la soif d'apprendre. Il racontera, et c'est un souvenir dont il se rappelle, que quand son fils a quatre ans, lui est en train d'étudier dans sa petite chambre, avec plein de livres. Il est quatre heures du matin, et Moshe Tzvi rentre dans la chambre: il a été réveillé par la mélodie, par la musique de l'étude de son père. Il ne lui a pas fait signe. Il s'est assis tout simplement derrière la chaise de son père et l'a écouté. Au bout de quelques minutes, son père se rend compte qu'il y a quelqu'un dans la pièce. Il prendra son fils sur ses genoux et commencera à étudier avec lui. Il a quatre ans.
La soif de l'étude est la première chose qui est mise en valeur chez lui. Mais il y a une autre qualité, qu'il va développer très jeune: la qualité de Im ein ani, mi li ? Si moi je ne suis pas au rendez-vous, qui sera au rendez-vous ? Et c'est exactement de cela dont on parle.
Le Rav Ptahia, en tant que rav de la communauté, c'est lui qui a la responsabilité de faire la dracha, juste avant les tekiot shofar à Rosh Hachana. Une seule année, le Rav Henkin a été appelé dans une ville pas très loin, je ne sais pas exactement où, mais il n'était pas dans sa ville. Et arrive le moment de Rosh Hachana: il n'a pas eu le temps ni la possibilité de rentrer avec sa famille, avec sa communauté. Donc la communauté arrive au moment de la tekia de Rosh Hachana; on a fait Cha'harit, on a fait Kriat HaTorah, et arrive le moment de la dracha.
Et on ne sait pas ce qui va se passer. Le Rav Ptahia est celui qui doit faire la dracha, et personne d'autre n'ose prendre sa place. À ce moment-là, Moshe Tzvi a quinze ans. Et c'est à quinze ans qu'il se lève de l'assemblée et s'avance vers la teva, pour faire la dracha. Un jeune de quinze ans, vous imaginez ? Et Moshe Tzvi va commencer à parler.
Et il va faire une dracha absolument incroyable, si bien que tout le monde sera scotché. Tout le monde lui demandera, alors que ce n'est pas du tout le minyan de la communauté, parce qu'il est jeune et qu'il n'est pas marié, d'être le hazan du moussaf de Rosh Hachana. C'est à ce moment-là que Moshe Tzvi commence à dévoiler sa qualité de manhig. Il n'est pas encore officiellement le Rav Moshe Tzvi, mais il est déjà un dirigeant et un éducateur.
Car à partir de ce moment-là, il commence à faire des drachot. Et dans toutes ces drachot, c'est comment, eh bien, amener les autres à prendre leurs responsabilités. Comme lui a dû prendre sa responsabilité. Comment amener les autres à prendre leurs responsabilités ?
La situation est compliquée en Russie. La situation est terriblement compliquée en Russie, parce que l'étude de la Torah est interdite, officiellement prohibée. On n'a pas le droit d'aller faire la tefila dans des synagogues. On n'a pas le droit de se réunir pour étudier la Torah. Après les révolutions bolcheviques et la montée en force du communisme, dans les années 20, il ne fait pas bon être juif en Russie, et on ne peut pas étudier.
Seulement, un jour, le Rav Ptahia vient voir son fils, là encore, juste après ses quinze ans. Il vient le voir et lui dit: « J'ai une très bonne nouvelle. Mais c'est une très bonne nouvelle qui me remplit de joie, et qui me remplit aussi de crainte. » Il demande: « Qu'est-ce qui se passe ? » Et il répond: « Voilà, j'ai réussi à te faire entrer dans la yeshiva secrète du Rav Yehoshua Feinstein. »
On parle de quoi ? On parle de la ville de Shklov. Et là-bas, il va y avoir une yeshiva secrète où le Rav Yehoshua Feinstein réunit des bahourim et étudie dans le plus grand secret. Pourquoi le plus grand secret ? Parce que s'ils se font démasquer par le KGB, c'est la Sibérie, ou pire.
Il arrive là-bas, à Shklov, il ne connaît personne. Il arrive à l'adresse où il devait arriver. Il s'agit de la synagogue, mais quand il rentre, elle est évidemment vide. Il commence à monter les marches, se promène dans la synagogue, arrive dans l'Ezrat Nachim, qui est évidemment vide également. Et puis, dans le renfoncement d'un mur, il y a une petite porte. Il ne l'a pas vue au départ, et c'est en passant deux, trois fois devant le couloir que, cette fois, il a vu la porte. Il l'ouvre, elle ne s'ouvre pas. Mais voyant que quelqu'un essaie de l'ouvrir de l'extérieur, quelqu'un de l'intérieur…
Cours d'Orot veKelim
Dans la même série
Portraits des géants d'Israël : Rav Goren, Rav Mordekhaï Eliyahou, Rav Aryeh Levin. Leur vision, leur courage.
- 7
Le Rav David Acohen, le Nazir de JérusalemLes deux événements de jeunesse qui forment sa Torah d'émet, et son lien avec le Rav Kook. - 8
Rav Yaakov Moshe Harlap, un tsadik de JérusalemNé à Jérusalem en 1882, héritier des élèves du Gra, il lie sa Torah à celle de ses parents et dialogue avec le Rav Kook. - 9
Le Rav Meir Yehouda Getz, Rav du KotelParcours d'un élève de Tunis, de la perte de son fils Avner à sa mission auprès du Kotel après 1967. - 10
Rav Tzvi Yehouda Kook et la Torah de la GueoulaComment le fils du Rav Kook a traduit l'idéal de son père en réalité concrète : la Judée-Samarie et l'installation en Erets Israël. - 11
Le Rav Moshe Tzvi Neria, éducateur et bâtisseurDe Lodz à Jérusalem : comment un jeune prodige devient le guide du Bnei Akiva et de la kippa tricotée. - 12
Le rabbi Yishayahou Shapira, de Hadmour à Erets IsraëlComment un admour polonais renonce à sa dynastie pour bâtir la Terre d'Israël et rêver l'esplanade du Kotel. - 13
Rabbi Yoël Moshe Salomon, le père des MoshavotComment un juif ashkénaze devint séfarade pour habiter Jérusalem, puis fonda la première colonie juive en Erets Israël. - 14
Le Rav Arie Bina, bâtisseur du yichouvDe l'enfant prodige de Myr au pionnier agriculteur qui choisit la terre d'Israël. - 15
Le Rav Chmouel Moaliver, précurseur du retour en Erets IsraëlComment un rabbin lituanien a convaincu le baron Rothschild de financer les premiers pionniers juifs. - 16
Rabbi Moshe HaKohen, le Tunisien qui a fait de l'achat de terre une mitsvaSa droiture face aux nazis à Djerba, et son appel à acheter une terre en Erets Israël.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav