Le Rav David Acohen, le Nazir de Jérusalem
Les deux événements de jeunesse qui forment sa Torah d'émet, et son lien avec le Rav Kook.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Rav Yaakov Moshe Harlap, un tsadik de Jérusalem, 54 min
En bref
Le cours retrace la vie du Rav David HaCohen, dit le Nazir de Jerusalem, élève principal du Rav Kook, à partir de deux événements de son enfance : la falsification de l'horloge de l'école et l'entendu du train dans la neige. Il y est question de sa famille de Kohanim et Rabbanim, de son maître le Hafetz Haïm, de son choix d'une vie de nézirout et de sa rencontre avec le Rav Kook. Le cours montre aussi comment il a vécu la réunification de Jérusalem en 1967, après dix-neuf ans passés chez lui pour ne pas sortir tant que la ville était divisée.
Début du cours (texte)
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Tov, tov, tov, les koulam. Et ce soir, jamais deux sans trois. Donc là, à cause de vous, on va presque avoir une hazaka de changement de sujet de cours. Comme ça, ça s'est fait. Forcément, comme c'était la hiloula de Reb Shlomo Carlebach, il a dit qu'il n'y avait pas le choix. Après, je l'ai chauffé avec Rav Shlomo Goren, et il n'y a pas eu le choix.
Et après, vous l'avez chauffé en disant que ce serait bien qu'on continue avec les personnages. Alors, on a essayé de chercher un personnage. La vérité, c'est qu'au début, j'ai cherché des hiloulot. Je me suis dit qu'on devait avoir une hiloula cette semaine, quelque chose. Et effectivement, aujourd'hui, enfin, pas maintenant, mais hier soir et aujourd'hui, c'était la hiloula de Rabbénou Yona Guérondi.
Rabbénou Yona de Gérone, qui a vécu à l'époque du Rambam, plus ou moins, donc il y a à peu près 800 ans. Et je me suis dit, est-ce qu'on va faire le cours sur lui ? Finalement, en haute sphère, des Chachmei Moetet Chachmé Ador ont décidé que ce serait peut-être plus judicieux, dans un premier temps, de se concentrer sur des personnages plus actuels.
Plus actuels. Donc on a décidé de parler d'un grand bonhomme, d'un grand, grand, grand monsieur, à savoir le Rav David HaCohen, plus connu sous son surnom, le Nazir de Jérusalem, le Rav Nazir. C'est parti ce soir pour notre plongeon dans cette identité absolument atypique, incroyable.
Qui était le Rav Nazir ? Évidemment, qu'est-ce que je peux te dire ? Le Rav Nazir, c'est l'élève numéro un du Rav Kook, bien sûr, mais ça, ça sera beaucoup plus tard. On ne peut pas commencer à parler du Rav Nazir sans évoquer un événement. Il y a deux événements dans sa jeunesse qui vont guider toute sa Torah et toute sa vie.
Quels sont ces deux événements ? Tout d'abord, il vient, comme tout le monde, j'allais dire, mais non, comme les deux qu'on a cités précédemment: Rav Shlomo, qui venait d'Allemagne, et le Rav Goren, qui venait de Pologne. Lui, il vient aussi d'Europe de l'Est, et il y a deux événements fondateurs qui vont mettre en place les deux piliers de sa vie. Le premier pilier, il le raconte dans ses écrits.
Il n'a pas écrit un livre de mémoire, mais il y a énormément de lettres qui font référence à toute sa vie. C'est ce qu'il écrit lui-même à son fils, le Rav Chaar Yachouv Cohen. Dans ces lettres, il fait état d'une histoire qui s'est passée quand il était au heder. Quand il était en petite classe, c'est pas très clair, est-ce qu'il a 6 ans ou 7 ans ?
À ce moment-là, il est hors cadre, et qu'est-ce qui se passe ? Il y a d'autres enfants avec lui en classe, et les enfants aimeraient bien finir le cours un peu plus tôt pour aller jouer pendant la récréation. Comme le Rav qui leur enseigne est un Rav assez âgé, ils se disent qu'il ne fera pas attention si on touche un petit peu l'horloge. Car il y avait une horloge fixée au mur, et quand l'horloge indiquait la fin de l'heure de cours, c'était la fin.
Donc, à chaque fois, les élèves avaient pris l'habitude d'enlever une minute au cours, c'est-à-dire de bouger l'aiguille une minute en avance pour qu'elle arrive à midi, ou plutôt avant midi moins une. Comme c'est midi moins une, le Rav ne s'en rend forcément pas compte: midi moins deux, etc.
Le Rav Nazir raconte que, lorsque ça faisait déjà douze jours que ça durait, on était déjà à midi moins douze. C'est-à-dire que le cours se terminait douze heures avant midi. Ce jour-là, le Rav a compris qu'il se passait quelque chose. Il a vérifié, la montre disait quelque chose de bizarre, et il a bien vu qu'elle était trafiquée. Il a posé une simple question: qui est responsable de cela ?
Il a interrogé les élèves un par un. Chacun a dit: « Moi, je ne suis pas responsable, je ne sais pas. » Et lorsqu'il est arrivé au petit David Cohen, avant même qu'il lui demande s'il était responsable, celui-ci a fondu en larmes en disant: « Je n'ai pas touché l'horloge, mais je suis responsable de ce qui s'est passé. Je ne l'ai pas dit, je suis donc responsable. »
Le Rav Nazir racontera que le premier pilier de sa Torah, il l'a appris ce jour-là: pour pouvoir servir HaKadosh Baroukh Hou, il fallait être garant d'une Torah qui est émet. La vérité va être quelque chose qui va le poursuivre toute sa vie, et il va rattraper cette dimension-là. Il aura une Torah émet. Vous allez me dire que tous les rabbins ont une Torah émet. Non, non, non. Une Torah émet, c'est une Torah complète et entière dans la façon dont on voit la nécessité du moment. On verra un peu plus tard ce que ça veut dire, et comment cela va se concrétiser.
Une autre chose va devenir son deuxième pilier. Il raconte qu'un jour, il est en calèche, en plein mois de décembre, il neige, tout est blanc dans tous les sens. Et il raconte que, dans la calèche, il entend au loin le train, la voie de chemin de fer, le train qui passe. Il explique que c'est la première fois qu'il a véritablement entendu quelque chose: il entendait ce cri du train qui déchirait les profondeurs et qui parvenait jusqu'à ses oreilles.
Le Rav Nazir expliquera que c'est ce deuxième pilier qui va être toute sa Torah, la notion de Chmiat Olam. J'aimerais prendre deux secondes, on y reviendra évidemment, pour que vous compreniez la Torah du Rav Nazir. On connaît tous la dimension qui s'appelle Hachkafat Olam, littéralement la vision que j'ai du monde. Le Nazir va toute sa vie chercher non pas à voir, mais à entendre.
Vous allez me dire: oui, mais entendre, c'est moins fort que voir. Dans le Talmud de Babylone, lorsqu'on veut enseigner quelque chose à quelqu'un, on lui dit « tachma », ce qui veut dire « viens et entends ». Dans le Talmud de Jérusalem, on dira « tah chazé », « viens, vois ». Mais il y a une troisième dimension, de nouveau une entente, qui est la dimension du Chema Israël: tu entends d'abord un bruit, ensuite tu vois de quoi il s'agit, et à ce moment-là…
… tu peux véritablement entendre la parole. Toute la sougya qui entoure le verset de Tehilim nous dit « Kol devarim atem chomim », ou, comme on dit dans la tefila, que l'on entend « Kol divrei Elokim chaïm ». Quand on dit « Kol devarim », on a malheureusement tendance à penser qu'il s'agit du son des paroles. Ce n'est pas le cas.
Quand on dit dans la tefila que HaKadosh Baroukh Hou dit « Bekol divrei Elokim chaïm », dans les siddourim, on met une virgule après le mot kol, pour dire qu'on entend « bekol », à voix haute, « divrei Elokim chaïm ». Ce n'est …
Cours d'Orot veKelim
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