Simhat Torah et Chemini Atseret, une seule fête
Pourquoi le huitième jour de Souccot est une fête à part entière, et ce qu'elle achève dans l'année juive.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Kippour : la kapara et la techouva, 46 min
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et au Ravio Albena Rouge pour l'accueil qu'il nous fait. Et nous allons passer directement à notre étude. David Alter m'a demandé un sujet assez atypique.
Il s'agit d'étudier la nature de Simhat Torah et de Chemini Atséret. C'est une fête qui est un peu oubliée quand on s'occupe des hagim. On a tout le mois d'Eloul avec les slihot, Roch Hachana, Chabbat Chouva, Kippour, Souccot. On en a tellement à dire qu'on oublie l'essentiel. L'essentiel, c'est effectivement la fête de Simhat Torah. Et là, je voudrais aborder avec vous différents aspects de cette fête. Aujourd'hui, on parle de deux fêtes, comme s'il y avait Chemini Atséret d'une part.
Et il y a d'autre part Simhat Torah. Ce qui est totalement faux, en fait: dans la Torah, c'est la même fête, qui est en fait le huitième jour de la fête de pèlerinage de Souccot. Ce qu'il y a de particulier, c'est qu'on ne fait ni de souca, ni de loulav, et qu'on n'appelle pas cette fête Souccot, on l'appelle Chemini Atséret.
Et tout un problème, d'ailleurs, dans la Guemara, est-ce qu'on considère ce huitième jour comme étant une fête en soi, ou est-ce que c'est le huitième jour de la fête ? Et c'est là que je voudrais rentrer dans le vif du sujet. Nous allons aborder ça de différents aspects. On va essayer de commencer par le simple, on va finir par le compliqué, comme d'habitude.
Si vous avez des remarques à faire pendant le cours de l'étude, c'est très bien. Je vois que quelqu'un a demandé s'il y a une édition recommandée pour celui-ci. Écoutez-moi, Aran, la réponse est non. Et nous allons donc tout d'abord essayer de comprendre un peu ce qui se passe dans les fêtes juives. En effet, la fête de Simhat Torah ou de Chemini Atséret, c'est la dernière fête de l'année dans les fêtes de la Torah. La Torah nous a intimés, indépendamment des fêtes de Roch Hodech et de Chabbat, qui reviennent tout le temps. Nous avons sept jours fériés pendant l'année, qui sont le premier jour de Pessah, le septième jour de Pessah, Chavouot, Roch Hachana, Kippour, premier jour de Souccot, et Chemini Atséret. Ça nous fait sept.
Et en fait, toutes ces fêtes sont extrêmement troublantes. En effet, vous faites la fête le jour de Pessah, et on vous dit: vous savez, vous allez faire la fête, mais vous ne mangez pas de pain. Et quand on ne mange pas de pain, on n'est pas rassasié. C'est, comme on dit, long comme un jour sans pain. Et puis après, vous arrivez à la fête de Chavouot, on vous dit: ah oui, là vous pouvez manger du hametz, mais l'usage, c'est de ne pas dormir de la nuit.
Ah, bon, d'accord, on aime bien dormir. Arrive Roch Hachana: on peut manger du pain, on peut également dormir la nuit, mais on tremble toute la journée. C'est un jour redoutable. Alors, c'est sympa, il y a quand même de la pomme dans le miel, il y a des grenades, mais on est dans le tremblement, le jugement. Arrive le jour de Kippour. C'est le jour où tout est expié. C'est très bien. Dans ce cas-là, on ne mange pas du tout.
Arrive le jour de Souccot. Alors, à Souccot, c'est plus sympathique. On peut manger, on peut manger du hametz, on peut dormir, c'est même recommandé de dormir dans la souca, mais on est jeté hors de la maison. On ne peut pas habiter chez soi. Ce n'est pas vraiment une fête. Les fêtes juives ont un aspect extrêmement troublant. Il y a quelque chose de pénible. On ne peut pas manger, on ne peut pas boire, on ne peut pas vraiment jouir de la vie.
Arrive la fête de Simhat Torah. Alors, Simhat Torah, vous pouvez dormir, pas de problème. Vous pouvez manger du hametz. Vous pouvez vous réjouir. Vous êtes à la maison. Et alors, c'est tellement extraordinaire que les Juifs dansent toute la journée. C'est imaginable. On ne s'attendait pas à ce qu'on ait le droit de jouir de la vie. En fait, ça veut dire qu'il y a ce qu'on appelle un délai. En anglais, ça sort mieux, delay. Il y a un retard. On repousse le temps de la jouissance dans l'aboutissement des fêtes.
Alors, si vous avez bien réussi votre année, vous avez fait comme il faut, alors vous avez la récompense, vous avez la jouissance du plaisir légitime, sacré, sain de la fête de Simhat Torah. Ce n'est pas n'importe quoi. C'est peut-être pour ça, d'ailleurs, que c'est tellement rare dans le judaïsme qu'on arrive à une plénitude de ce genre, que c'est mis un peu de côté, c'est un peu mis dans l'ombre.
En tout cas, c'est ça le but des fêtes: c'est d'arriver à la simha, à la plénitude de la vie. On pourrait dire ce qu'on pourrait appeler une sorte de réconciliation. En effet, il y a un problème chez les enfants d'Israël, un problème qui revient très souvent, c'est le problème de l'opposition entre la sainteté et la nature. D'ailleurs, j'ai même écrit un livre là-dessus qui s'appelle en hébreu Kedousha Bateva, qui vient d'être traduit en français, en anglais et en portugais.
En français, ça s'appelle « Sainteté et nature ». Ce n'est pas une idée à moi, je l'ai prise du Rav Kook. C'est cette idée que la nature a quelque chose de, disons, de menaçant pour l'être juif. Et pour une raison très simple: la nature est une entité naturelle, évidemment, ce n'est pas une entité morale. C'est-à-dire que, quand on confronte la nature, on confronte l'impersonnel.
Et l'impersonnel ne tient pas compte des questions de bien ou de mal. Par exemple, si vous glissez Hasvei Shalom sur une peau de banane dans la rue, la banane ne tiendra pas compte du fait que vous soyez tsadik ou rasha. Selon un certain angle, on se casse la jambe; selon un autre angle, on ne se la casse pas, indépendamment du niveau moral de la personne qui a glissé sur la peau de banane.
Alors évidemment, la question se pose: est-ce que la joie n'est-elle pas une joie complète ? Presque complète. En effet, c'est parce qu'il y a un moment où le yetser hara est dominé que l'on peut se réjouir. Comme disait Manitou, le moment véritable de la joie, c'est sous la houppa, lorsque le yetser tov et le yetser hara veulent la même chose, ce qui est la preuve que nous ne vivons pas en enfer. Mais c'est pour un moment. À tel point qu'à l'époque du Deuxième Temple, il a quand même été nécessaire, pour que la Simhat Beit HaChoeva fonctionne comme il se doit, de faire une barrière entre les hommes et les femmes dans le parvis du Temple, ce qui était interdit à l'époque du Premier Temple. Et donc, vous comprenez qu'il y a toujours une gêne par rapport à ça, mais le jour de Simhat Torah, alors tout s'arrange.
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