Les filles de Tselofrad et la place en Erets Israël
Pourquoi Rabbi Akiva voit en Tselofrad un tsadik, et ce que le sacrifice pour le peuple ouvre comme droit à la terre.
Rav Élie Kling
Ensuite : Jérusalem, le lieu que la Torah ne nomme pas, 12 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom à tous. Aujourd'hui, je vous propose de me suivre dans une enquête policière autour d'un grand tsadik condamné à mort. Je vous explique de quoi il s'agit. C'est dans la paracha de Pinhas, la paracha qui nous préoccupe, et nous avons un sorte de contrat tacite qui a été signé entre Hachem et tous les foyers juifs sortis d'Égypte, les foyers hébraïques. Chaque chef de famille a le droit, normalement, à une partie d'Erets Israël. Si vous voulez, dans le cadastre de la terre d'Israël, il y aura le nom de chaque Hébreu sorti d'Égypte.
Sauf qu'il est arrivé ce qu'il est arrivé, comme vous savez, et qu'au lieu de rentrer directement en Israël, on a tourné dans le désert pendant 40 ans, jusqu'à ce que toute la génération ait disparu. C'est pas grave, me direz-vous. Ceux qui sont morts sont morts, et leurs fils hériteront à leur place. Oui, mais que faire si le bonhomme n'a que des filles ? Le problème, c'est que les filles vont se marier avec d'autres Hébreux, d'accord ? Elles vont donc hériter du territoire de leur mari. Oui, mais qu'est-ce qui se passe avec leur père, qui est mort sans laisser de garçon ? Est-ce que ça veut dire que son nom ne figurera pas sur la liste ?
Des Hébreux qui sont propriétaires terriens en Israël. Autrement dit, sur le cadastre d'Erets Israël, son nom ne sera pas là. C'est la question que les filles de ce bonhomme, qui s'appelle Tselofrad, ont posée à Moshe. Je vous lis la manière avec laquelle elles présentent leur cas. Il s'agit des filles de Tselofrad, fils de Hefer, fils de Gilad, fils de Machir, fils de Menashé. On remonte, curieusement d'ailleurs, étrangement, la généalogie jusqu'à Menashé, qui est le fils de Yossef, donc quelqu'un de la tribu de Menashé. Il avait donc des filles, et on nous donne les noms: Noa, Hogla, Milka, Tirtsa, Mahla. Elles viennent vers Moshe et les grands décisionnaires de l'époque, les grands dirigeants, et elles leur exposent le cas. Et voici le cas: Avinou met Bamidbar, notre père est mort dans le désert.
Je ne veux pas être pointilleux, mais on sait bien qu'il n'est pas mort à Los Angeles, hein, le bonhomme. Il est mort dans le désert. Or vous savez qu'il n'y a pas de mots inutiles dans la Torah. Pourquoi préciser qu'il est mort dans le désert ? Bon. Véhou lo hayya betokh haʿeda hanoʿadim al Hachem, beʿadat Korah. Il ne faisait pas partie de la bande de Korah. Vous savez, Korah, celui qui a divisé le peuple, il y a maintenant 39 ans, qui a divisé le peuple. Il voulait devenir calife à la place du calife. Enfin, il voulait devenir Moshe ou Aaron à la place des dirigeants. Et ça s'est très mal terminé. Non seulement lui est mort, mais une bonne partie du peuple qui l'avait suivi est morte aussi.
Il ne faisait pas partie de la bande de Korah. Mais pourquoi dire qu'il ne faisait pas partie de la bande de Korah ? Ça n'a rien à voir avec le sujet. Elles auraient dû dire simplement: « Notre père est mort, il n'a pas laissé de garçons. » Qu'est-ce que ça peut nous faire s'il est mort à cause de Korah ou à cause d'autre chose ? Et elles continuent: ki bechéto mèt, c'est vrai qu'il est mort à cause de sa faute, mais c'est une autre faute, ce n'est pas la faute de Korah, c'est une autre faute. Mais ça aussi, c'est inutile. Pourquoi raconter qu'il est mort par une faute ? De toute façon, ils sont tous morts à cause de la faute des explorateurs.
Essaie d'être le plus concis possible. Et surtout, si ton père est un bonhomme qui a à ce point des choses à se reprocher, qu'il est mort à cause de sa faute, franchement, ce n'est pas le moment de raconter ça. Surtout que ça n'a aucune importance. Il est mort, et c'est tout. Et en effet, finalement, elles disent l'essentiel: oubanim lo ayoulo, il n'y avait pas de garçon. Elles auraient dû dire ça depuis le début. Je vais vous dire comment elles auraient dû le dire: *Avinou met, oubanim
lo ayoulo*. Tout simplement. Tout le reste est en trop, ça ne sert à rien, et ça ne fait que compliquer l'histoire. C'est comme si demain vous couriez dans la rue, vous voyiez un agent de police, vous lui couriez derrière et vous lui disiez: « Ce n'est pas moi qui ai fait le hold-up. » Mais on ne vous a rien demandé. On ne vous a ni accusé ni soupçonné. On ne lui a rien dit. Ce qui est louche, c'est de raconter des choses dont on n'a pas
été accusé.
Alors, Rachi dit: « Elles ont dit qu'il ne faisait pas partie de la bande de Korah, parce qu'elles vont dire, dans un instant, qu'il est mort à cause d'une autre faute. Et pour qu'on ne croie pas que c'est celle de Korah, elles doivent préciser qu'il n'est pas mort à cause de la faute de Korah. » D'accord, mais elles n'avaient qu'à ne rien dire du tout. Ni qu'il a fait une faute à cause de laquelle il est mort, ni que c'était donc la faute de Korah. Ni l'un ni l'autre. Tout ça ne sert à rien. Bref, cette manière de présenter les choses est un peu compliquée.
Pour essayer de comprendre de quoi il s'agit, il faudrait regarder ce que dit le Talmud. Le Talmud dit: d'accord, ce n'est pas à cause de Korah qu'il est mort, mais il est mort à cause d'une faute. Alors, quelle faute ? Parce que les fautes individuelles qui ont eu lieu dans le désert, on les connaît, et même les fautes collectives. Donc, de quel incident s'agit-il, quand on veut parler de celui dont il aurait fait partie et qui serait mort à cause de ça ? Il y a deux avis là-dessus.
Il y a l'avis de Rabbi Akiva. Rabbi Akiva dit qu'en fait, c'est celui qui a pris du bois pendant Chabbat. Je ne sais pas si vous vous rappelez l'histoire, c'était juste après l'histoire des explorateurs. Tout d'un coup, il y a un homme qui est allé prendre du bois. Vous savez que dans le désert, contrairement à ce qu'on croit, il y a des arbres. Pas beaucoup, mais il y en a. Il a donc pris du bois, je suppose pour se chauffer. Mais on n'a pas le droit de couper du bois Chabbat. Et le type a été jugé à cause de ça, et il a été condamné à mort. On ne sait pas qui c'est, mais ce n'est pas écrit dans le texte. Rabbi Akiva affirme que c'est lui, Tselofrad, qui est mort de sa faute. Quelle faute ? D'avoir coupé du bois Chabbat.
Là-dessus, les gens disent à Rabbi Akiva: d'où tu sais ça ? C'est du lachon hara ce que tu dis là. Si ça se trouve, ce n'est pas vrai. Et même si c'est vrai, ce n'est pas du *lachon …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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