Tetsavé : kohen et navi, deux directions d'Israël
Pourquoi Moïse disparaît de la paracha et comment la stabilité sacerdotale et l'innovation prophétique se complètent.
Rav Élie Kling
Ensuite : Vayakhel : sainteté du temps ou sainteté du lieu, 7 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Shalom à tous. La paracha Tetsavé, que nous lisons cette semaine, est la seule paracha où le nom de Moché n'apparaît pas. Depuis la naissance de notre maître Moché jusqu'à sa mort, donc depuis le début de Béréchit jusqu'à la fin du dernier livre de la Torah, le livre de Devarim, on parle de Moché tout le temps. Mais tout le temps. Et il y a une seule paracha où son nom n'apparaît pas, c'est la paracha Tetsavé. Parce que, pour une fois, les héros de l'histoire de la paracha ne sont pas Moché, mais son frère Aaron et les Kohanim.
On parle dans le détail des vêtements que les Kohanim devront porter au moment où ils serviront à l'intérieur du Mishkan, c'est-à-dire le fameux temple portatif et démontable que nos ancêtres utilisaient dans le désert du Sinaï pendant les 40 ans de leur pérégrination. Eh bien, ces Kohanim, donc Aaron, le frère de Moché, et ses enfants, et plus tard les enfants de ses enfants, ont un uniforme particulier. Et cet uniforme est décrit avec précision, avec minutie, à l'intérieur de cette paracha. Une paracha pratiquement entière pour nous expliquer quels vêtements doit porter le Kohen et quels vêtements différents doit porter le Kohen Gadol, c'est-à-dire celui qui, parmi tous les Kohanim, est le grand prêtre, celui qui a plus de fonctions que tous les autres réunis.
Ce n'est pas un hasard si, d'une part, Moché s'éclipse de cette paracha et, d'autre part, c'est la paracha qui parle des Kohanim. Parce qu'en fait, dès le départ, et nous le verrons ensuite dans toute l'histoire juive biblique, nous avons affaire à deux sortes de directions. Vous avez la direction sacerdotale, les Kohanim, et vous avez la direction du Navi, qui est également l'enseignant, le Navi voulant dire le prophète, et c'est celle de Moché. Moché Kohanav nous dira le verset des Tehillim.
C'est-à-dire que la direction est à la fois celle du prêtre et celle de l'enseignant, qui se trouve être également un prophète. Même le jour où, dans l'histoire, la prophétie cessera, il y aura toujours les enseignants, les rabbins, qui eux n'ont pas de vêtements spéciaux. Ils sont habillés comme tout le monde. Le grand rabbin Sacks, d'Angleterre, disparu récemment, a dit une fois qu'il était avec le Rav Steinsaltz dans un grand rassemblement œcuménique où il y avait des prêtres et des pasteurs de toutes sortes de religions, y compris d'Extrême-Orient, et ils se sont fait remarquer l'un l'autre: ils étaient les seuls à avoir un costume. Tous les autres avaient une tenue particulière, parce que, pour les Juifs, nous sommes tous un peuple de Kohanim, finalement. Il n'y a pas de raison que les rabbins s'habillent différemment des autres.
En fait, les rabbins ont exactement les mêmes devoirs que n'importe quel autre Juif, et c'est en tant que simple Juif parmi d'autres que celui qui a un peu plus de connaissances est censé normalement expliquer la Torah aux autres. Mais ça, c'est le travail de l'éducateur, le travail du rabbin, ou même le travail du Navi qui vient de temps en temps pour expliquer aux rois et aux autres dirigeants de quelle manière se comporter.
Le Kohen l'est de génération en génération, de père en fils. Il représente la stabilité. N'est pas Kohen celui qui veut être Kohen, et Kohen celui dont le père l'était. Et de la même façon que la tradition familiale fait d'un Kohen un Kohen, la même tradition exigera du Kohen. Bon, de nos jours, évidemment, le Temple n'est plus là, et ce n'est plus le cas. Mais à l'époque où le Temple était là, et où le Kohen avait un réel rôle à jouer à l'intérieur de la société juive, il devait avoir des vêtements particuliers qui, eux, ne se modifient jamais.
Et je pense qu'entre la fonction du Kohen et la fonction de l'éducateur ou du prophète, il y a une tension, et c'est une tension bénéfique. Finalement, la direction d'Israël ne peut se faire que sur la base de ces deux grandes directions, de ces deux grandes flèches. D'une part, celle qui représente la stabilité, la tradition, les principes qui ne doivent jamais changer et qui forment finalement l'identité juive à travers les siècles.
Mais en même temps, celle de celui qui a le pouvoir d'analyser, de commenter, d'interpréter les fameux principes immuables, de telle sorte que, même si les générations changent, même si les circonstances ne sont plus les mêmes, on peut adapter ces principes immuables à la situation changeante. Mais pour ça, il faut être doué de cette capacité.
La prophétie, le changement, ce sont des choses qui ne viennent pas de père en fils. Ce sont des choses qui viennent lorsque quelqu'un sent que le moment est venu d'apporter une touche particulière à la tradition ancestrale. Et à ce moment-là, le judaïsme accepte, s'enrichit de ces nouvelles idées et continue sa marche à travers l'histoire, et c'est la raison pour laquelle nous sommes toujours aujourd'hui. S'il n'y a pas à la fois un socle ferme, une continuité, une tradition représentée par le Kohen et ses vêtements, et d'autre part une volonté de nouveauté, de ce qu'on appelle le chidouch, la capacité d'adapter les principes à la situation changeante, alors, sans ces deux socles en même temps, soit le judaïsme s'éteindra parce qu'il se fossilisera sans capacité de changement, soit au contraire il changera tellement vite qu'il deviendra une autre religion et il perdra, évidemment à ce moment-là, le principe même de son identité.
C'est la raison pour laquelle cette paracha est importante, puisqu'elle nous parle de la Kehouna et de ses vêtements. Et ensuite seulement, à partir de la paracha de la semaine prochaine, on reparlera de Moché, on reparlera de la prophétie, des enseignements qui se renouvellent finalement tous les jours, depuis l'époque du Sinaï.
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
Dans la même série
Les grandes parachiot de l'Exode, de la naissance de Moché au Michkan.
- 8
Yitro qui repart : la patrie et le peuple juifPourquoi Yitro refuse de suivre Moshé vers Erets Israël, et ce que son refus dit du rapport entre Torah, nation et pays. - 9
Les dix paroles : la lecture horizontaleComment le respect des parents et le Chabbat éclairent les dix paroles, et pourquoi la date du don de la Torah reste incertaine. - 10
Michpatim et l'abolition de l'esclavage dans la TorahPourquoi la première paracha juridique commence par l'esclavage, et comment elle en limite la durée. - 11
Pourquoi Moché est absent de la paracha TetsavéTrois explications classiques de l'absence de Moché dans Tetsavé, et ce que dit le Talmud de Roch Hachana sur sa présence voilée. - 12
Tetsavé : kohen et navi, deux directions d'IsraëlPourquoi Moïse disparaît de la paracha et comment la stabilité sacerdotale et l'innovation prophétique se complètent. - 13
Vayakhel : sainteté du temps ou sainteté du lieuPourquoi la Torah place le Chabbat avant la construction du Mishkan, et ce que cela enseigne sur l'exil.
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav