Le lien à Eretz Yisrael et l'exil selon le Rav Kook
Pourquoi l'exil a affaibli notre attache à la terre, et comment l'essence de la Torah la rétablit.
Rav Yehouda Benishai
Ensuite : La capacité créative nationale d'Israël et l'exil, 45 min
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Exactement, on est à cet endroit-là. Je demande aux personnes, si vous pouvez éteindre vos micros pour qu'on puisse entendre bien, juste pour poser des questions, ouvrez vos micros, pour le bon déroulement du cours. Merci.
Chavoua tov. Alors merci à Yaakov et bienvenue à tous ceux qui nous rejoignent pour la suite de cette étude d'Orot. On est donc au deuxième paragraphe, on l'a commencé la semaine passée, on va continuer cette semaine. Et en introduction, je dirais la chose suivante. D'après le Rav Kook, il est clair que le manque d'attache à Erets Israël et à tout ce qui se passe en Erets Israël, c'est-à-dire à l'idéal du retour du peuple sur sa terre, vient du fait que la Torah, depuis de nombreuses et nombreuses années, de nombreux siècles, a petit à petit perdu la dimension profonde qu'elle avait à l'époque où la prophétie était en place. Et le Rav, comme on en a parlé la semaine passée, voit dans cela quelque chose qui a atteint profondément aussi notre lien à Erets Israël.
Alors je vais lire, on est à la quatrième ligne. Quatrième ligne, en début de ligne je traduis, parce que celui qui ne saisit que le plan dévoilé de la valeur de ce qu'est Erets Israël, il ne manquera rien, il ne lui manquera rien, « l'oyersar shum davar yesodi », il ne lui manquera rien de fondamental par le fait qu'Erets Israël n'est pas là dans son paysage. Et il ne lui manquera rien dans le fait que le peuple d'Israël ne vit pas de vie nationale. Et il ne lui manquera rien dans le fait que le peuple d'Israël ne vit pas aujourd'hui sa dimension réelle, avec tous les organes que le peuple d'Israël doit avoir et sous lesquels il doit apparaître.
Alors je vais essayer d'expliquer vers quoi le Rav nous dirige. L'étude profonde de la Torah nous fait comprendre l'essence des choses. Et tant qu'on n'a pas touché à l'essence des choses, on peut parfois imaginer qu'on pourrait vivre la même chose ailleurs que là où on doit le vivre. C'est-à-dire que si tu n'as pas, par exemple, une notion profonde de ce qu'est le Gan Eden, je donne un exemple: on peut arriver à croire que ne pas être dans le Gan Eden, ce n'est finalement pas un manque
si grave que cela. On peut vivre en dehors du Gan Eden, d'accord ? Et pour celui qui ne comprend pas l'essence de ce qu'est Erets Israël, on peut penser qu'on peut vivre le judaïsme en dehors d'Erets Israël. Parce que si on résume le judaïsme à des mitsvot, à une pratique religieuse, même si cette pratique est très rigoureuse et qu'il s'agit de quelque chose d'orthodoxe, c'est-à-dire une droiture, un respect des lois, le fait que ça ne soit pas en Israël n'est pas quelque chose qui manque fondamentalement.
Pourquoi ? Parce qu'on n'est pas attaché à l'essence. On peut penser qu'il s'agit juste d'un lieu, d'un espace, et plus on essaiera de trouver un espace qui peut éventuellement remplacer la place qui s'appelle Erets Israël.
C'est seulement quand on rentre dans la profondeur de la compréhension de ce qu'est cette terre, et que l'on comprend aussi ce qu'est l'exil pour le peuple, que... Parce qu'un exil n'est pas seulement un départ géographique. Un exil a disloqué ce qu'est la stature de notre peuple. On est comme un corps qui s'est disloqué. Et ce qui est très grave, c'est que les membres ne sont plus liés les uns aux autres par quelque chose de vital. Et ce n'est pas pour rien que le prophète Ézéchiel, dans
le chapitre 37, va avoir la vision de la résurrection de ces ossements desséchés, la vision des ossements desséchés. Ce n'est pas pour rien. C'est parce que nos sages nous font comprendre que cette vision est la reconstitution du squelette d'Israël. Le peuple d'Israël partant en exil est comme quelqu'un qui se trouve malheureusement sans vie, qu'on va enterrer. Et petit à petit, ce qui était un seul et même corps va se disloquer. Il n'y a plus quelque chose de vital qui rassemble, qui réunit tous les membres du
peuple.
Et si on ne comprend pas le point vital d'existence du peuple sur sa terre, si on n'arrive pas à toucher à cela, alors ça ne nous manque pas. On vit dans des communautés qui sont dispersées dans le monde entier. On s'est habitué à vivre dans des communautés. Et les communautés n'avaient pratiquement pas de rapport les unes avec les autres, si ce n'est pour des besoins essentiels. Et chaque communauté est devenue autonome, comme si chaque communauté était un peuple en soi, avec sa langue, ses habitudes, ses lois. On sait qu'il y a des historiens qui s'occupent à trouver quelles étaient les lois qui régissaient la vie de chaque communauté, comme si on n'avait rien à voir les uns avec les autres. On avait un livre qui est commun, et puis ce livre-là est élu dans chaque communauté, mais finalement, chaque communauté avait une vie qui lui était autonome.
Et ça nous est arrivé. Le nombre de communautés... Je vais vous donner un petit exemple: on m'a dit qu'au Maroc, dans la ville de Meknès, une seule ville, il y avait 110 communautés. 110 synagogues, 110 communautés, dans une ville. Alors maintenant, multiplier ça, et c'était pareil en Europe. Je ne sais pas si quelqu'un est capable d'arriver à faire la somme de toutes ces communautés dans le monde entier. Et une partie de cela reste encore vivante, et on a oublié qu'on était un peuple.
Qu'est-ce que ça veut dire, un peuple qui ne vit plus en tant que peuple ? Il y a un manque de vitalité énorme. Il y a des choses très graves qui vont apparaître, et finalement on va se retrouver à vivre une vie très parcellée, et la vie surtout ne va plus englober l'ensemble de ce que l'on doit vivre en tant que peuple. On va perdre des forces vitales. On va, par exemple, perdre une grande partie de notre guevoura, de notre capacité de faire apparaître notre identité.
Notre identité va être morcelée. Et aujourd'hui, en revenant en Erets Israël, on s'en rend compte: on se rend compte qu'on est en train de ramasser des morceaux, qu'on essaie de retrouver une identité qui soit commune. Et c'est une grande difficulté, c'est une de nos grandes faiblesses. Ceux qui nous entourent veulent, eux, faire apparaître une seule et même identité, qu'ils appelleront l'islam ou autre chose. Nous, nous avons aujourd'hui du mal à dresser cette identité, à la faire apparaître comme une seule et même identité, l'identité du peuple
d'Israël.
Lorsque nous étions sur notre terre et que nous avions là-bas une vie qui était nationale, l'identité était claire, elle était évidente. On apparaissait en tant que peuple d'Israël. Personne ne mettait en doute que le peuple d'Israël vivait sur la terre d'Israël. On avait des ennemis qui essayaient de nous menacer, mais on savait qu'il y avait là un peuple à rencontrer. Le départ en exil a profondément entamé cela. Alors, pour ceux qui s'attachent à une …
Cours de la chaîne YouTube d'Orot veKelim
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