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Israël, un rêve inachevé et sa vocation pour les nations

Le rav Cherki et Pierre Lurçat dialoguent sur la vocation d'Israël, l'idée d'Israël sans les autres et la place de la halakha.

59 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Tou-Bichvat : les arbres, le fruit et la symbolique de la vie, 54 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Le fantasme d'un Israël purement juif, c'est un fantasme de la gauche israélienne, ou d'une partie de la gauche. C'est un fantasme de ceux qui voudraient que, finalement, nous, nous sommes chez nous, et eux, ils sont chez eux. Et quelque part, toutes les grandes erreurs et tragédies de la politique israélienne ces dernières décennies ont toujours été motivées par ce fantasme, que ce soit le retrait de Gaza, du sud Liban, de Judée-Samarie. On est toujours dans cette idée-là: nous, les Juifs, on est ici, eux, ils sont là-bas, et comme ça, tout va bien. Shalom à l'Israël, alors que c'est le contraire, c'est exactement le contraire. C'est le refus du Proche-Orient, en vérité.

Bonjour à tous et bienvenue dans une nouvelle émission, À notre regard, discussion au cœur de Jérusalem. Vous connaissez le principe: une heure de débat autour d'un thème d'actualité entre le rabbin Oury Cherki, directeur du Centre Noachide Mondial, et un intellectuel francophone. Rav Oury Cherki, bonsoir.

Rav Oury Cherki: Bonsoir. Et merci d'être avec nous pour cette nouvelle émission.

Je rappelle à nos téléspectateurs que vous êtes l'auteur de nombreux ouvrages en hébreu sur la pensée juive et qu'entre autres, parmi vos nombreuses fonctions, vous parcourez le monde en tant que directeur du Centre Noachide Mondial, à la rencontre de différentes communautés et de représentants de divers cultes, pour faire valoir les lois universelles noachides.

Et c'est un plaisir de recevoir en face de vous aujourd'hui Pierre Lurçat. Bonsoir.

Pierre Lurçat: Bonsoir.

Vous êtes avocat, essayiste et traducteur, vous êtes l'auteur de plusieurs essais sur l'islam, sur le sionisme et Israël. Vous avez fait paraître l'année dernière cet essai, Israël, le rêve inachevé, quelle étape pour le peuple juif, aux éditions de Paris Max Chaleil. Vous y apportez une réflexion sur de nombreux paradoxes concernant l'État d'Israël, notamment la question de savoir si l'Israël d'aujourd'hui doit rompre avec sa tradition ancestrale ou au contraire la perpétuer. Encore la question de la contradiction, s'il y en a une, entre l'État démocratique et juif d'Israël. Et par-dessus tout, une question qu'on soulèvera ensemble, messieurs, pendant cette émission: en quoi Israël est-il une lumière pour les nations, pour reprendre un verset du prophète Isaïe dans la Bible. Pierre Lurçat.

L'État d'Israël est jeune, à peine 71 ans. Il est né juste après la catastrophe de la Shoah. Quelle est la vocation, selon vous, de cet État, s'il en a une ?

Pierre Lurçat: Il en a sûrement plusieurs. Je crois que sa vocation première, même s'il y a beaucoup de malentendus sur ce sujet, c'était quand même aussi de sauver les Juifs de leur destin malheureux en Galout. Et au-delà de ça, évidemment, le fait de redonner à Israël sa dimension nationale, et donc de lui permettre de formuler à nouveau son message pour l'humanité, et aussi de retrouver toute la dimension collective de l'existence juive.

On vient de parler de cette notion d'État-refuge. Est-ce que cette ambiguïté, au final, d'Israël comme État-refuge réfute du coup la pensée, ou l'idée, selon laquelle c'est un retour à une tradition ancestrale et un retour sur une terre désolée depuis 2000 ans ?

Pierre Lurçat: Il est toujours problématique de se situer par rapport à une négation. La négation de l'exil, la négation de la persécution, c'est très utile quand on veut être efficace, quand on veut ramener des millions de personnes qui, effectivement, ont connu la persécution la pire de l'histoire. Mais il est évident, et je pense que c'est ça que Pierre Lurçat voulait dire — également, qu'il doit y avoir un contenu positif. On n'est pas simplement en train de réfuter quelque chose, on avance vers quelque chose. Effectivement, la question de la vocation se pose toujours.

Et on peut dire que si on peut définir un individu par les questions qu'il se pose, à plus forte raison une société. Une société se diagnostique en fonction de la question qu'elle se pose. Or la société israélienne est en perpétuel questionnement de son identité. C'est quelque chose d'assez incroyable. On n'a jamais vu, par exemple, des Français se poser tellement de questions sur ce que c'est que la France, et quel est l'avenir de la France, la vocation française, même si on a beaucoup parlé de rayonnement, de la francophonie et de tout le reste.

Tout Israélien prend son petit déjeuner en se posant la question de savoir ce que c'est que l'État d'Israël, et quand il va dormir, il n'a toujours pas la réponse.

— Pierre Lurçat, le peuple juif serait donc, selon vous aussi, — vous avez parlé de plusieurs vocations — après vingt-cinq siècles de dispersion, ça pourrait être déplacé, finalement, de prétendre transmettre un message universel, d'autant plus que les Juifs sont l'objet de diabolisation et d'exclusion sur une partie de la planète.

Pierre Lurçat: Peut-être que le problème d'Israël, quelque part, c'est justement qu'étant assaillis de tous les côtés, on n'a pas le temps de se poser les vraies questions. Même si, effectivement, je suis d'accord avec le Rav Cherki: chaque Israélien se pose la question de l'identité collective, de l'identité d'Israël, mais finalement, on n'a pas beaucoup de loisirs pour y penser. Et malgré tout, on arrive quand même à y penser. Et peut-être, paradoxalement, c'est dans les moments où on croit que... Ce n'est pas un hasard: c'est justement dans

la période des accords d'Oslo, quand on pensait que la fin du conflit était arrivée. Certains le croyaient, évidemment, il y a beaucoup de gens qui pensaient que c'était une illusion mortelle, mais c'est justement à ce moment-là qu'est apparue, d'une part, la révolution constitutionnelle, et aussi la tentative, plus généralement, de l'espèce de révolution culturelle qu'on a vécue dans les années 90, qui voulait mettre fin justement à la vocation juive d'Israël, à la vocation spécifique.

Et celui qui l'a dit dans les termes les plus frappants, à mon sens, c'était l'écrivain David Grossman. Il avait dit un jour, c'était juste après la signature des accords d'Oslo: « Le retrait des territoires occupés, selon l'expression consacrée, n'est que le prélude au retrait plus général des territoires de notre âme. »

Et après, il a expliqué évidemment ce qu'il voulait dire par « les territoires de notre âme ». Il y avait toute une liste de slogans qui étaient un peu les fondements du sionisme laïque. Mais le plus frappant, c'était Segoula. Il fallait surtout qu'on oblitère, qu'on efface définitivement cette notion de Segoula. Et je crois que personne n'a expliqué vraiment ce que ça veut dire.

Donc il fallait mettre fin à l'idée du peuple élu, ou du peuple spécial. Je ne sais pas comment on peut le traduire vraiment, parce que « peuple élu » est une notion qui me fait un petit peu peur aujourd'hui. Mais c'est celui qui a exprimé de la manière la plus frappante, à mon sens, tout ce qu'il y avait derrière: toute cette tentative de remodeler Israël géographiquement. Mais finalement, c'était la géographie intérieure d'Israël que l'on voulait modifier de la manière la plus radicale.

Cours de la chaîne YouTube du Rav Oury Cherki

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