Sortir d'Égypte au XXIe siècle, la liberté comme chemin de vérité
Liberté juridique et liberté intérieure : la sortie d'Égypte fonde l'idée même de liberté, et l'homme doit d'abord vouloir être libre.
Orot veKelim
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Shalom à tout le monde, quel plaisir de se rencontrer. Une petite remarque à propos du titre. Comment sortir d'Égypte au XXIe siècle ? Sur le site de David Altar, il était écrit « XXe siècle », mais sur le site de l'Ilmode, il était écrit « XXIe siècle ». Je suis donc très embêté, je ne sais pas exactement de quoi parler. Mais je crois qu'on peut finalement parler de la modernité dans son ensemble, peu importe que ce soit le XXe ou le XXIe. Je suis content d'avoir fait sourire David, et donc nous pouvons entrer directement dans le sujet.
C'est une chose un peu classique, quand on parle de liberté, de dire qu'il faut parler de la liberté intérieure, de la liberté psychologique, de la liberté par rapport au déterminisme et aux entraves de la vie moderne, l'addiction, enfin des tas de choses de ce genre. On peut dire, d'une certaine manière, qu'il y a une certaine réticence de la part de la tradition juive par rapport à ce genre d'interprétation, parce que c'est un peu réducteur. En effet, la sortie d'Égypte est un événement d'ordre national qui a des conséquences spirituelles. Mais on ne peut pas, disons, faire abstraction, faire l'économie de l'événement historique. En effet, s'il n'y avait pas eu l'événement historique, alors tous les autres appels à la liberté auraient été vains. Et pourquoi donc ?
On peut d'abord constater un fait très important, qui est que l'idée même que l'homme est libre et que l'histoire peut évoluer est liée de manière absolument directe aux ères de civilisation où l'on a entendu parler de la sortie d'Égypte. Là où on a entendu parler de la sortie d'Égypte, s'est développée également cette idée que le monde pouvait se transformer en bien, ce qu'on appelle une sorte de messianisme. Même le marxisme est un messianisme, etc. Donc le fait qu'aujourd'hui il soit devenu une évidence que l'homme a
droit à la liberté est lié à l'événement historique. Tout simplement, je voudrais amener ici deux exemples qui vont corroborer ce que je dis. L'un, c'est la Chine ancienne, et l'autre la civilisation mexicaine des Aztèques. Dans ces deux civilisations, on n'a pas eu connaissance de la sortie d'Égypte jusqu'à l'ère moderne, c'est-à-dire lorsque les Espagnols sont arrivés au Mexique. C'est là que, par le biais du christianisme, on a compris que le monde pouvait devenir meilleur, se messianiser. De même en Chine: jusqu'à ce qu'arrivent les premiers Européens, la
Chine ne connaissait pas l'idée d'évolution. Au contraire, il y avait un idéal de fixité. Et si vous aviez visité Mexico au XVe siècle, vous auriez vu exactement une réplique de la civilisation babylonienne ou égyptienne, avec des pyramides, des sacrifices humains et toujours les mêmes castes de la société. Rien n'avait bougé. Et c'est pour ça que, disons, on est dans la Haggadah. Si Dieu n'avait pas fait sortir nos ancêtres du pays d'Égypte, nous serions encore à faire des briques en Égypte. On aurait rempli l'Afrique, depuis Alexandrie
jusqu'à Cape Town, de pyramides faites de briques, avec la même technologie primitive.
Donc, très important: nous allons effectivement parler de la liberté, mais en sachant que cette liberté a un ancrage dans un événement historique issu de la sortie d'Égypte. En effet, on aurait très bien pu penser, même si les hommes aiment la liberté, que la liberté est un leurre, s'il n'y avait pas eu la sortie d'Égypte. Or il y a un événement dans l'histoire qui prouve que la liberté n'est pas une illusion, que la liberté est possible, et ça, c'est la sortie d'Israël d'Égypte. Ne perdons donc pas de vue ce point-là.
Mais tout d'abord, quand nous parlons de libération, de libérer l'homme des entraves, il faut se rappeler une chose importante: cette idée de liberté a trouvé sa place d'honneur dans la Révolution française et américaine, où l'on a affirmé que tous les hommes ont droit à la liberté, à l'égalité et à la fraternité. La Déclaration des droits de l'homme dit que tous les hommes naissent libres et égaux. Mais il y a tout de suite une restriction: libres et égaux en droit. C'est-à-dire que la notion de liberté est
une notion juridique. Du point de vue de la loi, telle qu'elle est voulue par l'Assemblée nationale en France, on ne peut pas imposer un comportement à quelqu'un d'autre, à moins que cela n'empiète sur la liberté de l'autre. Donc ma liberté et la liberté de l'autre peuvent se contredire, et il faudra fixer une limite. Or la Déclaration des droits de l'homme est très claire: la limite sera fixée par la loi. Ce qui veut dire qu'en fait, la Déclaration n'a jamais dit si l'homme était véritablement libre ou
pas. Elle a affirmé qu'il est libre en droit.
Mais l'homme est-il libre dans son être ? Suis-je véritablement libre de mes comportements ? Là, il y a un silence de la civilisation occidentale moderne, et tacitement, on admet souvent que l'homme n'est pas véritablement libre. Et alors on dit que l'homme est asservi à une série de déterminismes. Les déterminismes sont de toutes sortes. Et le déterminisme qui va, d'une certaine manière, justifier mon comportement, mon choix du mal parfois, sera pris en compte par le tribunal. On dira: « Monsieur le juge, cet individu qui a transgressé la loi a des circonstances atténuantes. Il a eu une éducation difficile. » Il y aurait donc une sorte de déterminisme qui ferait que nous sommes conditionnés par notre éducation, ou conditionnés par la société, par les normes.
Il y a également un déterminisme plus subtil. On parle parfois de déterminisme biologique: génétiquement, je ne peux pas ne pas… je suis fait de telle sorte que je dois manger des bananes. On ne peut pas m'interdire de manger des bananes. En effet, c'est contre mon bagage génétique, et donc il serait immoral de m'empêcher de manger des bananes. De même, il y a le déterminisme astrologique, qui trouve parfois sa mode dans l'horoscope: l'horoscope me dit que je risque, en février, si je sors sans pull-over, d'attraper la grippe. Donc vous voyez bien que l'horoscope a raison, parce que je suis sorti effectivement un jour de février, il faisait très froid, je suis sorti en petite chemise à manches courtes, et je suis tombé malade. Vous voyez bien que c'était déterminé, je ne pouvais pas faire autrement.
Il y a des déterminismes d'ordre théologique, par exemple le fatalisme oriental, tel qu'il est développé dans l'islam, qui dit que tout est écrit à l'avance, le maktoub, et donc je n'ai pas le choix, je ne peux pas me comporter autrement que de la manière dont je me comporte. Il y a aussi des déterminismes de type sociologique, économique. Par exemple, dans l'historicisme marxiste, on dira qu'étant donné que j'appartiens à la classe prolétarienne, il est évident que j'ai un certain comportement, qui fait que je vais manger des bananes pour ne pas tomber dans l'asservissement à la société de consommation voulue par les capitalistes. Et donc je suis bien obligé de manger des bananes, et on ne peut pas me l'empêcher, etc.
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