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La sortie d'Égypte, archétype de la santé mentale

Le mot machber (souffrance qui brise) et l'esprit de galout, lus à partir de Yona, Iyov et Daniel.

1 h 09

Orot veKelim

Ensuite : Présentation de la yechiva en ligne d'Orot veKelim, 41 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

— On reçoit tout de suite le Rav Shmuel Elikan. Shalom Rav.

— Shalom, shalom.

— Shalom Rav. Merci Rav. Le cours d'aujourd'hui: Psychologie et halakha, la sortie d'Egypte comme archétype de la santé mentale, avec le Rav Elikan. Je vous demande bien sûr de fermer les micros. On les rallumera à la fin pour les questions. Rav, à vous, bechavod.

## Lire la Torah sous l'angle de la souffrance psychique

Ça va, merci beaucoup pour l'invitation. Premièrement, il faut revenir, je pense, au début du Houmach, pour essayer de comprendre ce que veut dire lire la Torah d'un point de vue de la santé mentale. Si on regarde bien, on a un verset dans le livre de Yona qui parle du terme qu'on utilise en hébreu quand on parle de souffrance psychique, qui s'appelle mashber. C'est marqué, c'est un verset de Yona, chapitre 2, verset 4: « Tu m'as jeté dans l'abîme, au cœur des mers. » En hébreu, le terme yamim, les mers, peut aussi signifier les jours. Donc, au cœur des jours, des jours tumultueux. Et le prophète Yona dit: le courant m'a entouré, et toutes ces vagues et tes flots ont déferlé sur moi.

Ces vagues et ces flots ont déferlé sur moi. En hébreu, on dit mashber. Mashber, c'est justement cette idée de souffrance psychique, une souffrance dans laquelle on est, et on appelle ça un mashber, quelque chose qui se brise. C'est très intéressant. Ce même terme de mashber figure aussi dans les Neviim, chez d'autres prophètes, comme terme qui signifie le fait d'accoucher. Chevet al ha-mashber: à l'époque, il y avait des outils qui étaient utilisés pour l'accouchement. Une sorte de table basse, sur laquelle on pouvait mettre les jambes, et

on s'appuyait comme ça, devant. Le premier qui a changé la position de l'accouchement, c'était Louis XIV, puisqu'il était intéressé de voir comment ça se passait à l'intérieur. Et donc il a demandé aux médecins de dire aux femmes de se coucher sur le dos. Mais ce n'est pas naturel, puisque la force de la gravité peut aider. En fait, c'est une révolution que Louis XIV a faite avant ça. Comme on peut le voir dans nos textes, il y avait un concept qui s'appelait mashbear. Il y avait une

sorte d'outil comme ça, qu'on peut voir dans l'histoire des accouchements. Vous verrez comment c'est. Il y a ce mashbear-là.

Et ce mashber, c'est le même terme. C'est-à-dire qu'il y a une souffrance qui est à la fois psychique et physique, et qui engendre quelque chose. C'est une souffrance qui engendre. C'est le concept de mashber. Si on se tient à ce terme-là, c'est très intéressant. Dans Yona, on va regarder les commentateurs. Les Metsoudot, par exemple, disent mashberecha: c'est comme ça qu'on appelle les vagues. Les vagues qui déferlent sur nous, les vagues de la mer.

Et il dit pourquoi ? Parce qu'en fait, ces vagues-là détruisent la mer, elles la brisent. Il y a quelque chose dans la souffrance psychique qui vient et qui nous brise, qui peut nous briser, quelque chose de très puissant. Et ensuite, continuent les Metsoudot, « elles-mêmes sont brisées ». C'est-à-dire qu'il y a une sorte de mouvement dans la souffrance. Dans le mashber, on va briser quelque chose, on va être brisé en retour, il se passe quelque chose: une douleur engendre une douleur. Et il continue en citant un verset dans Iyov, chapitre 41, verset 17. Certains commentateurs expliquent là-bas que les vagues se brisent. Mais j'ai vu une traduction très intéressante de la Bible de Chouraki, je ne sais pas si vous connaissez ce livre.

Dedans, il dit: « les brisants se dérobent ». Il y a quelque chose de l'ordre du nettoyage, comme on dit chitoui en hébreu, nettoyer, mais c'est aussi la faute, et ce fait de se dérober, de rater quelque chose. Il dit « les brisants se dérobent ». Il y a quelque chose dans l'ordre de la brisure qui est censée engendrer quelque chose, et quand elle ne le fait pas, alors les brisants se dérobent. Ce sont des vagues qui se brisent. Il y a quelque chose ici qui engendre une douleur. Et il continue en citant un verset dans Daniel.

On parle de terre de poussière. Il y a une idée qui revient: ce sont les vagues, et les galim sont aussi les vagues. Pourquoi le verset répète-t-il ? Il dit haMesouda, c'est pour nous dire à quel point la force est grande. Il y a quelque chose dans le fait que la terre de poussière, c'est pour parler de, c'est pour parler vraiment, dans Daniel, au chapitre 12, d'un état aussi de conscience.

C'est un état de conscience, un état dans lequel on peut vraiment être proche de la poussière, c'est-à-dire un état de quasi-dépression. Et le terme de mashber, c'est vraiment un terme de souffrance psychique. Donc, si on regarde bien dans le Tanakh, on voit qu'on a des termes qui nous parlent de souffrance, d'une part, et qui sont des états de conscience. D'autre part, si on revient, comme je l'ai dit au début, au livre de Berechit, alors on peut relire toute l'histoire de Berechit d'une autre manière, et tout le Tanakh de manière générale, enfin le Houmach de manière générale, disons.

## Du Gan Eden au déluge: les grands mashberim

…sous l'angle de la santé mentale. Je reviens par exemple à Parachat Berechit, puis à Parachat Noa'h. On a les grands mashberim, les grandes souffrances, on a ce concept de mashber, de souffrance qui est censée engendrer quelque chose. On le retrouve, le premier, avec le fait de sortir du Gan Eden. Le jardin d'Eden, ou l'Eden dans le jardin, Gan Be'Eden, comme dit le Rambam, c'est la perte du rêve. Il y a quelque chose dans l'ordre de la fantaisie, du fantasme: le Gan Eden, ce n'est pas simplement

une réalité concrète dans laquelle Adam et Hava évoluent, c'est aussi un fantasme auquel on veut toujours revenir. On veut toujours revenir, et ce n'est pas un endroit précis qu'on peut désigner en disant « Ah, voilà, là c'est le Gan Eden ». Il y a des commentateurs qui vont expliquer, en disant « Où est le Gan Eden ? » Par exemple, Avraham ibn Ezra dit: le Gan Eden commence au-dessus du Kilimandjaro.

Si vous regardez le commentaire de Rabbi Avraham ibn Ezra, il explique ça, et ça va jusqu'à Babel, jusqu'en Babylonie. Bon, peut-être que c'est ça, le Gan Eden. Mais en fait, l'idée, c'est plutôt de comprendre ici quelque chose comme un archétype, si on veut. Il y a ce Gan Eden concret qui a un sens, mais c'est aussi le monde du rêve, ou ce que Gaston Bachelard appelle la rêverie. Je prends des concepts un peu à droite à gauche, sans trop les expliquer; si vous voulez, on pourra approfondir après. L'idée est la suivante: il y a ici une nécessité de comprendre l'aspect de conscience, l'aspect psychique de l'homme, selon la lecture de la Torah. Et ce monde de rêve, on peut le comprendre comme le monde …

Cours de la chaîne YouTube d'Orot veKelim

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