Les accords d'Oslo : ce qu'en dit Richard Darmon
Un entretien sur le contexte des accords d'Oslo, l'OLP et les retraits israéliens, avec Richard Darmon.
Orot veKelim
Ensuite : Israël face au monde : héritage, peuple et palestinisme, 1 h 31
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— Monsieur Darmon, monsieur Richard Darmon, Bonsoir, shalom. Shalom, comment allez-vous ?
Richard Darmon: Eh bien, comme on peut. On suit de près tout ce qui se passe, heure par heure et quart d'heure après quart d'heure. Eh bien, écoutez, si vous êtes à l'étranger… Non, non, je suis en Israël, mais je suis en déplacement.
— Ah, extraordinaire. Monsieur Darmon, avant de commencer sur ce sujet qui est très, très important, les accords d'Oslo, je rappelle qu'on va fêter les 32 ans des accords d'Oslo le 13 septembre. Mais avant de commencer, il faut que je vous présente pour les quelques téléspectatrices et téléspectateurs qui ne vous connaissent pas encore. Vous êtes journaliste, conférencier, vous avez travaillé dans plusieurs quotidiens et journaux en France, Le Monde, Libération, vous avez été chef de l'édition française du Jerusalem Post. Vous avez avec Valeurs actuelles, Tribune juive. Vous avez beaucoup participé à tout ce qui est décryptage de l'actualité. Est-ce que j'ai bien le son maintenant ?
Richard Darmon: Oui, oui, tout à fait. Ça fait plus de 40 ans que je suis journaliste. J'étais journaliste en France, et puis ensuite en Israël, depuis que je suis arrivé ici, bien sûr.
— Écoutez, moi, je demande toujours aux personnes que je fais intervenir de dire quelque chose sur elles que je n'ai pas dit dans leur présentation. Parce que souvent, j'ai des descriptions sur Internet que je récupère, etc. Mais je sais qu'il y a énormément de choses que vous voulez peut-être rajouter. C'est le moment.
Richard Darmon: Non, mais écoutez, pour résumer les choses, j'ai un parcours un peu atypique. Quand j'étais en France, il y a plus de 40 ans, j'ai commencé à travailler dans la presse française, au Monde, à Libération, des journaux qui ne sont pas très pro-israéliens aujourd'hui, mais disons que j'ai commencé ma carrière là-bas. Et après, comme j'ai fait un parcours inverse, c'est-à-dire que je suis allé ensuite vers le monde juif, j'étais correspondant de Tribune juive, et puis c'est moi qui ai créé l'édition française du Jerusalem Post,
arrivé en Israël. Donc j'ai fait un parcours inverse, un parcours identitaire, qui correspondait au fait que je me suis éloigné de la presse commune pour entrer dans la presse juive, la presse israélienne. Alors que les jeunes journalistes qui émergent aujourd'hui dans les médias juifs, les radios juives ou les journaux, passent après dans la presse française, la presse internationale. Moi, j'ai fait un parcours professionnel plus lié à ma trajectoire identitaire.
— Extraordinaire. Eh bien, écoutez, je suis très heureux de vous recevoir parce qu'on me l'a beaucoup demandé. Vous êtes intervenu dans Mosaïque, vous êtes intervenu dans plusieurs endroits, et on m'a dit: il faut absolument que M. Darmon vienne parler. Et j'ai trouvé que parler des accords d'Oslo, c'était l'occasion, parce que je suis un peu perdu sur ces accords d'Oslo. Moi, je suis né en 93, donc je suis né au moment des accords d'Oslo, et je ne sais pas trop ce qui se passait avant les accords d'Oslo en Israël. Est-ce que, avant de parler des accords eux-mêmes, vous pouvez nous faire un petit rétro, nous rappeler dans quelles conditions, dans quelles situations les accords d'Oslo ont été signés ?
Richard Darmon: Écoutez, d'abord, ils ont été signés entre l'OLP et Israël. L'OLP, l'Organisation de libération de la Palestine, est l'organisation terroriste qui a été créée en 1964 par les Égyptiens et par Arafat, qui est d'ailleurs lui-même d'origine égyptienne et pas du tout palestinienne. À partir de cette date, et même avant, l'OLP a mené des attentats terroristes, des infiltrations très meurtrières, dans le sud d'Israël surtout. C'est ce qu'on appelle maintenant l'Otef Aza, le pourtour de Gaza: c'est là qu'ils ont commencé à sévir.
Et il y a eu aussi, après 1967, parce que personne ne connaissait ni les Palestiniens ni rien, mais en fait, il faut savoir que c'est dans le cadre de la guerre froide, qui battait son plein à l'époque, que Moscou, l'URSS communiste, a monté en épingle le dossier palestinien en créant le mythe d'un peuple dont on aurait volé la terre, dont les sionistes auraient volé la terre avec l'aide des Américains. Donc, à partir des années qui ont suivi la guerre des Six Jours, il y a eu les fameuses vagues d'attentats, les détournements d'avions très nombreux, etc.
D'ailleurs, il faut noter ce qui est intéressant: les attentats de l'OLP contre Israël n'ont pas commencé après la guerre des Six Jours, soi-disant pour les territoires dits occupés. Ils ont commencé bien avant: au milieu des années 60, 63, 64, avant même la création de l'OLP, et juste après, il y a eu des attentats contre l'existence même d'Israël. Donc le mythe selon lequel ce sont les territoires occupés en 67, ou disputés, comme dirait Mitterrand, les fameux territoires contestés, qui seraient l'origine du conflit, ne correspond pas à la réalité historique.
Et donc, puisque vous me posez la question de 93, on peut dire que pendant 25 ans, depuis la fin des années 60 jusqu'aux accords d'Oslo, on avait affaire à une OLP, organisation terroriste, qui a fait tout ce qu'on connaît: les attentats, les détournements d'avions, et l'attentat de Munich, et bien d'autres choses encore. On avait affaire à une organisation terroriste.
D'ailleurs, je dois vous signaler que, comme c'est le gouvernement Rabin-Peres qui a pris l'initiative des accords d'Oslo, les premiers contacts ont été initiés avec les Palestiniens par différentes personnalités, qui étaient commanditées par Yossi Beilin, qui était à l'époque le directeur du ministère des Affaires étrangères israélien, un lieutenant de Peres. Mais en fait, ces contacts étaient typiquement illégaux, puisqu'il y avait une loi israélienne qui interdisait tout contact avec les organisations terroristes. Donc, si vous voulez, les prémices des accords… bon, c'est un peu dépassé par l'histoire aujourd'hui, mais tout de même, c'était une démarche illégale au regard de la loi israélienne, qui prohibait tout contact avec les organisations terroristes, surtout l'OLP, qui était une organisation très meurtrière, qui avait du sang sur les mains.
Et donc les contacts ont été pris, les accords d'Oslo ont été préparés autour d'Oslo, dans une villa, où les négociateurs israéliens, officieux d'ailleurs, puisque, encore une fois, c'étaient des contacts officieux, ont discuté pendant des semaines, voire quelques mois, pour mettre au point ces accords.
— Il faut dire tout de suite aux auditeurs, ceux qui ne s'en rappellent pas, et vous, vous étiez à peine né, que les accords d'Oslo sont des accords intérimaires. Ce ne sont pas du tout la création d'un État palestinien, encore moins un accord de paix.
Richard Darmon: Ce sont des accords intérimaires. Ils ont initié surtout la possibilité… ça s'appelait d'ailleurs au départ les accords Gaza-Jéricho. Ça s'appelait comme ça, Gaza-Jéricho d'abord, avant que ça s'appelle les accords d'Oslo, parce qu'Israël avait pensé qu'à Gaza et en Judée-Samarie, dans une partie de la Judée-Samarie, on pouvait remettre à l'Autorité palestinienne ce qu'on appelait l'autonomie. C'est-à-dire non pas une indépendance, mais l'autonomie dans certaines villes, dans certaines zones peuplées, les grandes villes arabo-palestiniennes de Judée-Samarie.
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