La guerre de Gog et Magog et la fête de Souccot
Pourquoi la tradition place cette guerre à Souccot, et comment les prophètes Ézéchiel et Zacharie la décrivent.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Simhat Torah et Chemini Atseret, une seule fête, 57 min
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Très gentiment, on m'a demandé de vous parler de la guerre de Gog et Magog et de son lien avec la fête de Soukhot. C'est bien ça ? Exactement. Très bien, allons-y.
Il faut d'abord expliquer de quoi il s'agit, et pourquoi elle est en rapport avec Soukhot. Il existe une tradition selon laquelle la guerre de Gog et Magog aura lieu à Soukhot. De quoi s'agit-il ?
Plusieurs fois dans les prophètes, il est question d'une grande guerre à la fin de l'histoire, au terme de laquelle tout est tranché en faveur du message d'Israël: Dieu règne sur toute la terre et il y a une paix universelle après une grande conflagration. Il existe plusieurs versions de cette guerre, que l'on appelle traditionnellement « Gog et Magog », parce que ces mots apparaissent dans le livre d'Ézéchiel.
Il y est question d'un roi du nom de Gog, à la tête d'un empire du nom de Magog, qui viendra envahir la terre d'Israël avec une coalition de nations, après le retour d'Israël sur sa terre. Contrairement à ce que certains ont pu dire, cette guerre n'est pas, par exemple, la Deuxième Guerre mondiale, la Shoah, la Première Guerre mondiale ou tant d'autres théories. C'est tout à fait contraire à l'esprit des textes. Les textes nous parlent d'un peuple déjà revenu sur sa terre, confronté à une conflagration universelle des nations qui viennent envahir la terre d'Israël. Et finalement, tout se passe, comme dans les bons westerns, en notre faveur: ce sont les bons qui gagnent et les méchants qui perdent.
Où se trouve ce fameux Magog ? Les prophètes parlent du pays du Nord, de l'extrême Nord. Cela a donné beaucoup d'élucubrations. Certains ont dit qu'il s'agissait des Scythes, d'une population qui habitait la Russie actuelle. D'autres ont parlé de l'Amérique du Nord, de l'Angleterre. D'autres encore ont dit que le Nord est une métaphore.
Il est également question que parmi les pays qui tenteraient d'envahir Israël figure la Perse, ce qui ne manque pas de nous faire penser à l'Iran actuel avec ses velléités atomiques. Enfin bref, la guerre de Gog et Magog est aussi mentionnée dans le livre de Zacharie.
Dans le livre de Zacharie, au chapitre 14, il est question de cette guerre, sans qu'elle soit nommée Gog ou Magog. Mais si l'on regarde le texte, on voit que c'est à peu près la même chose. Les nations viennent envahir Jérusalem, et cela se termine effectivement par la victoire d'Israël et la soumission des nations rebelles, lors de la fête de Soukhot.
C'est ce qui a fait dire, dans les différentes sources rabbiniques, que la guerre de Gog et Magog aurait lieu à Soukhot. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle on lit la haftara de Zacharie le premier jour de Soukhot, et la haftara d'Ézéchiel pendant le Chabbat de Soukhot, le Chabbat intermédiaire, qui cette année n'aura pas lieu. Il y a également, dans les Hoshanot, dans les tours que l'on fait autour de la Teva, des allusions à la guerre de Gog et Magog.
De même, le Hallel récité pendant tous les jours de Soukhot est divisé en deux parties. Les deux premiers passages se réfèrent à la sortie d'Égypte. À partir du troisième passage, qui commence par « Ana Hachem », d'après les Midrashim, il s'agit de la guerre de Gog et Magog. On voit donc que cette guerre est très présente dans les textes.
Dans le livre d'Isaïe, il y a un passage très rapide, très court, mais significatif: « Lekh ami, bo ba-hadarekha, ouzgor deltekha baadekha, hahbi kimat rega, ad yaavor zaam »: « Va, ô mon peuple, entre dans tes chambres, ferme ta porte sur toi, cache-toi pour un petit moment, jusqu'à ce que passe la colère. » Certains ont vu dans ces versets, entre autres le Radak, une allusion à la guerre de Gog et Magog, qui sera très courte.
Certaines sources ont même parlé d'une guerre qui durera trois heures, trois heures en tout et pour tout. Cela explique le texte des Hoshanot des Ashkenazim qui disent: « Hochi'a na, shalosh chaot, hochi'a na », « Sauve-nous pendant les trois heures, sauve-nous ». On s'attend donc, selon les textes, à cette guerre-là.
Mais que signifie cette guerre ? Est-elle d'ailleurs obligatoire ? Nous avons un principe, dans tout ce qui est chez les prophètes: une prophétie n'est pas forcément censée s'accomplir si elle est négative. S'il s'agit de l'annonce d'un malheur, la prophétie n'est pas nécessairement applicable, puisqu'il est possible qu'Israël fasse techouva. La menace est alors levée. C'est tout à fait possible.
Cependant, le sentiment qui ressort de l'ensemble des textes est que cette guerre doit effectivement avoir lieu, et il faut comprendre ce qu'elle signifie. Disons tout de suite quelle est sa finalité. Les guerres servent à beaucoup de choses, mais une guerre reste quelque chose de négatif.
Qu'est-ce qu'elle doit amener ? Elle doit amener l'universel. En effet, les prophètes nous disent à propos de cette guerre, par exemple dans Zacharie: « Et Dieu sera alors le roi de toute la terre. En ce jour, Dieu est un et son nom sera un. » De même, dans le prophète Ézéchiel, lorsqu'il parle de la guerre de Gog et Magog, il dit: « Je serai grandi et sanctifié aux yeux de nombreux peuples, et ils sauront que je suis l'Éternel. »
C'est-à-dire que le Kaddish que nous récitons tous les jours, plusieurs fois par jour, « Yitgadal ve-yitkadach chmé rabba », que soit magnifié et sanctifié le grand Nom, est une prière qui concerne la guerre de Gog et Magog, dans laquelle nous demandons que l'on arrive à ce résultat: que Dieu soit magnifié et sanctifié aux yeux de l'humanité.
De manière générale, dans le Hallel aussi, quand on dit « Lo lanu, Hachem, lo lanu », ce n'est pas pour nous que nous te le demandons, ô notre Dieu, mais pour que ton Nom reçoive sa gloire. Pourquoi les nations diraient-elles: « Où est leur Dieu ? » Tout tourne donc autour de la sanctification du Nom de Dieu et de la diffusion du message universel d'Israël. C'est cela dont il est question, et cela commence à expliquer pourquoi tout cela tourne autour de la fête de Soukhot.
En effet, la fête de Soukhot est d'essence universelle. On peut dire qu'il y a ici un doublon de la fête de Pessah. Pessah est une fête de liberté, commémorant la sortie d'Égypte, et on la fête pendant sept jours. En sortant d'Égypte, nous avons résidé dans des soukot. La Torah dit: « Pour que vos générations sachent que j'ai installé les enfants d'Israël dans des cabanes lorsque je les ai fait sortir d'Égypte ». Lorsqu'Israël, le premier jour de la sortie d'Égypte, se déplace, il se déplace vers un lieu appelé Souccot. La fête de Soukhot est donc, elle aussi, une fête de plusieurs jours, de sept ou huit jours selon la manière de compter, pour commémorer la sortie d'Égypte.
On peut se demander pourquoi cette commémoration est divisée en deux fêtes. En fait, si l'on était logique, on devrait faire la soukah à …
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