Noa'h : les quatre étapes de la responsabilité humaine
Adam, Caïn, Noa'h et la tour de Bavel : quatre apprentissages de la responsabilité avant Abraham.
Rav Élie Kling
Ensuite : Abraham apprend à créer le lien avec Dieu, 7 min
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Bonjour à tous. La paracha de Noa'h est la deuxième paracha du livre de Béréchit, et donc, la deuxième paracha, tout simplement. La première et la deuxième, Béréchit et Noa'h, forment un couple. Elles couvrent 2000 ans d'histoire. C'est-à-dire que si Adam, le premier homme, est l'an zéro de l'histoire de l'humanité, la paracha de Noa'h se termine à la naissance d'Abraham, soit 1948 ans après Adam.
Autrement dit, elle couvre 2000 ans d'histoire. Pour vous donner une idée de ce qui va se passer après, tout le reste du livre sera beaucoup moins long. C'est comme si la Torah disait: je te raconte rapidement les deux premiers millénaires, mais ce n'est pas ça qui m'intéresse. Les deux premiers millénaires, les deux premières parachiot, Béréchit et Noa'h, c'est ce qu'on appelle la préhistoire biblique. Ce qui m'intéresse, moi, c'est Abraham.
Son histoire, ses enfants, etc., c'est là que je vais m'attarder. Mais je suis quand même obligé de commencer par le commencement, Béréchit, au commencement. Je te raconte donc l'essentiel. On peut imaginer qu'en 2000 ans il s'est passé beaucoup de choses dans l'humanité, et imaginer 2000 ans, c'est beaucoup. Sauf que la Torah, ce n'est pas son problème, ce n'est pas ça qui l'intéresse particulièrement. Elle va, de ces 2000 ans, retirer un, deux, trois, finalement quatre épisodes importants.
La première paracha, Béréchit et Noa'h, couvre 2000 ans d'histoire avec quatre événements essentiels. D'abord, Adam, et surtout la faute d'Adam. Ensuite, Caïn, et le premier fratricide de l'histoire de l'humanité. Qui est, en fait, la première fratrie également: dès qu'il y a deux frères, il y en a un qui tue l'autre, ce qui est assez traumatisant, il faut bien le dire. Et ensuite, dans la paracha de Noa'h, vous avez le déluge avec Noa'h lui-même, et puis vous avez l'histoire de la tour de Bavel. Donc quatre événements essentiels qui couvrent ces 2000 ans.
On peut imaginer que la Torah a fait ici un choix. Elle a pris quatre événements qui lui semblaient caractéristiques de l'histoire de l'humanité. Évidemment, il s'est passé plein de choses avant, pendant, après, et entre. Alors, ces quatre événements symbolisent quoi, finalement ? Qu'est-ce que la Torah veut nous dire en relatant ces quatre événements plutôt que les centaines ou les milliers d'autres qu'elle aurait pu choisir dans cette période-là ?
Si on regarde un peu plus profondément, on s'aperçoit qu'il s'agit de l'histoire de la responsabilité de l'homme, et qu'elle comprend quatre étapes. Au début, vous avez la faute d'Adam et de sa femme Ève. Là, le problème, c'est l'apprentissage de la responsabilité personnelle. Le grand problème avec Adam et avec Ève, ce n'est pas tellement qu'ils ont fauté. Quoique, c'est grave quand même. Mais quand on les met devant leurs responsabilités, qu'est-ce qu'ils disent ? C'est pas moi, c'est elle, et elle, elle dit: c'est pas moi, c'est le serpent, etc. Il y a donc ici un échec de la responsabilité personnelle, et donc, évidemment, un apprentissage obligatoire, si vous voulez, de ce genre de responsabilité.
Et puis ensuite, on passe à Caïn. Caïn, c'est un autre problème. Lui, c'est un assassin, mais il ne nie pas le fait qu'il a assassiné. Il dit simplement: je l'ai fait, et alors ? Je peux le faire, je le fais, et puis voilà. « Je ne suis pas le gardien de mon frère. » Je l'ai tué, et puis voilà. Pourquoi ? Parce que j'avais envie de le tuer, j'avais mes raisons à moi. Donc lui, il doit faire l'apprentissage d'une autre forme de responsabilité. Ce n'est pas la responsabilité personnelle vis-à-vis de l'acte, c'est la responsabilité de la morale. Il y a des choses qu'on ne fait pas, même si on peut les faire. Caïn a du mal avec ça. Il a du mal à faire la différence entre ce qui est possible et ce qui n'est pas moral. C'est la deuxième étape, si vous voulez.
La troisième étape, c'est Noa'h. Noa'h est très responsable de lui-même, de ses actes. C'est un tsadik, il fait ce qu'il faut. On lui dit de construire une arche, il construit une arche. Mais il lui manque la responsabilité collective. On le compare souvent à Abraham et à Moshe qui, dans des situations analogues, n'ont pas seulement prié pour eux, mais ont surtout prié pour les autres. Abraham avec l'histoire de Sodome, et Moshe, bien sûr, avec les différentes plaidoiries pour le peuple quand il était en danger. Tandis que Noa'h, l'humanité va à sa fin, il le sait, on le lui dit, et ça n'a pas l'air de le déranger plus que ça. Qu'est-ce que je dois faire ? Construire une arche. Je construis une arche. Monte dans l'arche. Je monte dans l'arche. Mais à aucun moment il n'a ce sens de la responsabilité collective.
C'est donc la troisième étape, dans l'apprentissage des responsabilités: être capable non seulement d'être responsable de ses actes, mais également d'avoir une certaine responsabilité vis-à-vis de l'humanité tout entière.
Et puis vous avez la tour de Bavel. La tour de Bavel, c'est un peu différent. Des gens veulent monter jusqu'au ciel. On ne sait pas très bien qui est fautif dans l'affaire de la tour de Bavel, parce que ce n'est pas très explicite dans le texte. Mais en général, on explique que les hommes voulaient monter jusqu'à Dieu et, en fait, être un petit peu comme lui. Il n'y avait qu'une seule langue au départ, ils étaient tous unis, etc.
Il y a une seule humanité comme il y a un seul Dieu, finalement. Pourquoi avoir au-dessus de nous un être suprême qui est censé nous donner des directives ? Donc, si vous voulez, la responsabilité qui manque ici, c'est ce que le Rav Zak appellera la responsabilité ontologique, c'est-à-dire pour elle-même. Le manque de volonté de comprendre qu'il y a quelque chose au-dessus de nous, et que la morale n'est pas seulement une question de convention entre les hommes, mais qu'il y a quelque chose qui la transcende. Le croyant appellera ça Dieu, d'autres appelleront ça autrement, mais il y a quelque chose qui est extérieur à nous et qui nous dicte une certaine manière de se comporter.
Vous avez donc quatre stades de l'évolution de la responsabilité dans l'humanité des deux premiers millénaires. La responsabilité personnelle, celle d'Adam. La responsabilité au niveau moral, celle de Caïn. La responsabilité collective, celle de Noa'h. Et l'apprentissage de la responsabilité avec un grand R, si vous voulez.
Vous savez qu'en hébreu, responsabilité se dit ahraiout, qui vient du mot aher, qui veut dire « l'autre ». C'est-à-dire prendre en compte qu'il y a quelque chose d'autre, il y a un autre, il y a autrui, et c'est de lui que vient, finalement, la grande morale qui est censée être universelle.
C'est d'ailleurs très intéressant, nous le dit toujours le Rav Zak. Les grands psychologues qui se sont attaqués à l'enfance, à l'évolution de l'enfant, parlent également des quatre stades de la responsabilité de l'enfant. Il apprend d'abord à être responsable de ses actes, puis à comprendre qu'il y a des choses qui ne se font pas, ensuite à comprendre qu'il a aussi une …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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