Entre Pessa'h et Chavouot : de la Gueoula reçue à la Gueoula conquise
Le Omer comme chemin de l'homme : du don gratuit de la sortie d'Égypte à la Torah acquise par ses mesures.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Les trois phases de la délivrance selon le Rav Kook, 21 min
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Aujourd'hui, Be'ezrat Hachem, je voudrais avec vous développer le sujet qui concerne la période dans laquelle nous sommes, c'est-à-dire la période entre Pessa'h et Chavouot. D'après nos sages, cette période est comme un grand Chol HaMoed. Autrement dit, la fête de Pessa'h est comme le premier jour de fête, et le dernier jour de fête est celui de Chavouot.
Entre ces deux jours de fête, au lieu de 7 jours de fête, nous avons 49 jours, c'est-à-dire 7 semaines de Chol HaMoed. Nous avons donc un premier jour de fête, un dernier jour de fête, Pessa'h, Chavouot, et au milieu 49 jours. Vous voyez très bien que cela correspond à ce qui se passe au mois de Tichré, pendant la fête de Souccot.
Dans la fête de Souccot, nous avons d'abord un premier jour qui est lui aussi un jour de fête. Nous avons ensuite le dernier jour, qui s'appelle Chmini Atzeret, et qui en Israël est Simchat Torah, également jour de fête. Et au milieu, nous avons sept jours. Et comme par hasard, à la fin de Souccot, nous avons une fête qui s'appelle Atzeret. Et à la fin de toute cette période du Omer, nous avons aussi une fête qui s'appelle Atzeret, puisque Chavouot, dans son terme biblique, s'appelle Chag Atzeret. Nous avons ici une correspondance extraordinaire entre des mois qui sont dans la période de l'été et des mois qui sont dans la période d'hiver.
Nous devons vivre cette période comme une évolution, du premier jour de la fête jusqu'au dernier jour de la fête. Entre Pessa'h et Chavouot, nous sommes dans un processus d'évolution: l'être humain passe d'un degré à un autre degré. Quels sont donc les degrés à traverser ?
Le premier degré est celui que nous avons reçu lorsque nous sommes sortis d'Égypte. Lorsque le peuple d'Israël est sorti d'Égypte, il était dans un état passif: la délivrance, la Gueoula du peuple d'Israël qui sort d'Égypte, est une Gueoula qui vient du haut vers le bas, autrement dit d'une intervention divine, sans trop laisser à l'homme la capacité de faire quoi que ce soit, puisque les hommes d'Israël étaient à un niveau tel que leurs actions n'étaient pas très présentes lors de la sortie d'Égypte. Je vous rappelle que les sages nous disent que nous étions à 49 degrés d'impureté. On sort de ce degré-là, on commence à évoluer, on commence à grandir, on commence à devenir des hommes, pour arriver au jour de la fête de Chavouot, qui s'appelle, comme je vous le rappelle, Atzeret, avec une certaine qualité que nous avons apprise en route.
Quelle est cette qualité que nous devons acquérir en route ? Qu'est-ce que veut dire grandir ? Tout simplement devenir actif dans sa propre vie, devenir celui qui prend les initiatives dans sa vie et qui arrive lui-même à se développer. Il ne s'agit pas seulement d'une Gueoula, d'une délivrance qui vient du haut vers le bas comme une intervention divine: il y aura un réveil à partir de l'homme, à partir du monde d'en bas, pour monter vers le monde d'en haut.
Pour résumer, Pessa'h est une lumière qui vient du haut vers le bas, alors que Chavouot, la fête du don de la Torah, est une fête qui vient du bas vers le haut. Le haut vers le bas de Pessa'h signifie l'intervention divine; le bas vers le haut de Chavouot, ce sont les mesures que l'homme aura fixées dans sa vie. C'est pour cela que les sages disent: Torah, mi-pi ha-guevoura chamanou. La Torah, nous l'avons reçue par mérite. Guevoura veut dire puissance; puissance égale mérite, mérite égale mesure. C'est-à-dire que les mesures de l'homme sont les mesures du Gibor, comme nous disons dans les Pirkei Avot: Eizehou gibor, celui qui est l'homme fort,
Hakko Vechet Hitzoh, celui qui donne des mesures à sa vie. Donner des mesures, cela veut dire activer le degré humain pour recevoir la Torah d'une manière acquise, méritée, et non pas comme un cadeau, non pas comme une répétition de la Gueoula gratuite, entre guillemets, que nous avons reçue à Pessa'h. On sort donc de Pessa'h avec une délivrance gratuite, et on arrive à Chavouot avec une acquisition, avec un travail sur le don de la Torah, pour que l'on reçoive la Torah. Cette période entre Pessa'h et Chavouot, c'est ce que nous appelons en fait la Guevoura. Qu'est-ce que la Guevoura ? L'application des mesures. C'est pour cela que le Tikkun, la réparation de toute cette période, s'appelle Tikkun Hamidot, la réparation des mesures de l'homme, celles qui vont lui permettre de recevoir la lumière de la Torah d'une manière stable et continue.
La nouveauté se situe donc dans la place qu'occupe l'homme dans le processus. Lors de la sortie d'Égypte, l'homme n'avait pas de place. La nature, d'ailleurs, n'avait pas une grande place non plus. Je vous rappelle que Dieu écarte, entre guillemets, la nature, l'éloigne pour faire sa Gueoula, pour procéder. Tous les éléments changent; on ne peut pas laisser les éléments tels quels. On change les éléments de la nature comme si la nature gênait. Jusqu'à la sortie d'Égypte elle-même et à l'ouverture de la mer: il faut casser le rythme, la nature de l'océan qui est de couler. On va le casser, le briser, pour permettre au peuple d'Israël de sortir. Ce n'est pas un respect de la nature; c'est comme si on enlevait la nature qui nous gêne, entre guillemets. Ce n'est pas une chose qui respecte, c'est une chose qui éloigne.
Le véritable messianisme d'Israël ne sera pas de ce degré-là. Le messianisme d'Israël est un degré qui va respecter la nature et qui va s'y habiller, sans avoir à ouvrir l'océan pour faire passer le peuple d'Israël, mais en utilisant l'océan lui-même, en utilisant la nature elle-même. Mais à la grande différence: la sortie d'Égypte, le dévoilement de Dieu en Égypte, sera peut-être clair, alors que la dernière délivrance est beaucoup plus habillée, beaucoup plus camouflée, beaucoup plus cachée dans la nature.
Il risque donc d'y avoir des hommes qui n'ont pas les yeux pour voir. Pourquoi ? Parce que cette Gueoula est cachée si bien dans la nature qu'elle utilise les éléments naturels. Vous ouvrez les informations et vous voyez des choses qui se passent, et les gens s'habituent au processus qui avance petit à petit. Le peuple d'Israël revient petit à petit sur sa terre. Nous sommes en train de construire des infrastructures dans notre pays. La force au niveau de l'éducation, la force au niveau de tout ce qui concerne la kalkala israélienne, c'est-à-dire le processus d'élévation, de bonification de tous les bienfaits de la culture et de l'agriculture, tout cela s'habille dans un processus naturel. Et il se peut très facilement que des gens ratent
tout ce processus de délivrance d'Israël, parce qu'ils attendent un délivreur, un jour où quelqu'un va venir. Ils auront alors raté tout le processus qui mène à ce grand jour. Et bien entendu, ils vont arriver comme des fleurs à la fin, et ils vont se dire: et nous, on ne nous accepte pas ? Mais pendant que …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche
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