Lag Baomer, entre Rabbi Akiva et Rabbi Shimon bar Yohaï
Pourquoi la journée de Lag Baomer rassemble des traditions si diverses, et ce qu'elle nous demande de regarder.
Rav Élie Kling
Ensuite : Lag Baomer : d'où viennent le deuil et la joie, 1 h 13
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Ce que je voulais vous parler, en fait, c'est de Lag BaOmer. Si je vous dis simplement « Lag BaOmer », à quoi pensez-vous ? C'est assez hétéroclite, la vérité. On pense à plein de choses. Si vous demandez à un enfant, il pense d'abord aux medourot de Lag BaOmer, c'est-à-dire aux feux de camp, surtout ici en Israël, mais en France aussi maintenant il y a des feux de camp.
À l'époque, quand j'étais jeune, il n'y a pas si longtemps, qu'est-ce que c'était que Lag BaOmer en France ? Je ne me souviens plus. Qu'est-ce qu'il y avait de spécial ? Il y avait quelque part des défilés d'enfants que les Loubavitch organisaient. Pas beaucoup, d'ailleurs, à mon époque. Après, ça s'est beaucoup multiplié. Mais c'était à peu près tout. Lag BaOmer, c'était l'histoire des minhaguim, c'est-à-dire que les Sefaradim arrêtaient les signes de deuil.
Il y a des Achkenazim qui continuent encore, on se demandait un peu pourquoi, et puis voilà, il n'y a rien de spécial. Puis, en arrivant en Israël, on s'aperçoit qu'il y a plein de choses. En fait, il y a la Guemara. Pour chacun, ça résonne autrement. Vous avez en effet les feux de camp, puis tout d'un coup l'histoire de Rabbi Akiva, qui arrive avec ses talmidim qui sont morts, bizarrement, on ne sait pas trop exactement comment, une maguefa, une épidémie.
Vous avez l'histoire de la hiloula de Rabbi Chimon bar Yochaï. Rabbi Chimon bar Yochaï est un élève de Rabbi Akiva. Mais il ne faisait pas partie des morts de l'épidémie, lui, puisqu'il fait partie des cinq élèves de Rabbi Akiva qui ont été ensuite ses élèves particuliers, après la terrible épidémie qui a décimé les vingt-deux mille. Vingt-deux mille ! Vingt-deux mille élèves ! Moi, au début, quand j'ai appris « vingt-deux mille élèves », je me suis dit que c'était sûrement encore le Talmud qui exagère. C'est une façon de parler, ce n'est pas possible: vingt-deux mille, un bon an, vingt-deux mille talmidim, à l'époque.
Et puis la vérité, je me suis aperçu que c'est très possible. Il y a aujourd'hui, parmi nous, des gens qui ont des dizaines de milliers d'élèves, même s'ils ne les ont quelquefois pas vus directement, parce que ces élèves peuvent être des gens qui ont fondé, ensuite, des cadres, des yeshivot, et tout cela peut être considéré comme leurs propres élèves. On parle de celui qui a fondé, par exemple, les Kippour Tsrougot, tout ce qui est Bnei Akiva, cette mouvance de yeshivot, Ateret, Ichoni, etc. Le Rav Nérya, qui a certainement des centaines de milliers d'élèves, finalement. Il y en a d'autres, il y en a plein d'autres. Le Rav Adi Yosef, il y a certainement des dizaines de milliers d'élèves.
Après tout, ce n'est peut-être pas du tout une exagération, vingt-deux mille. C'est Rabbi Akiva, quand même, ce n'est pas n'importe qui. Et ensuite, après le choc des vingt-deux mille, il a eu comme élèves supplémentaires cinq élèves particuliers, comme nous le raconte le texte. En particulier, parmi les cinq, il y avait Rabbi Chimon bar Yochaï, le même Rabbi Chimon bar Yochaï, qui est lié à Lag BaOmer aussi. Pourquoi est-ce que lui est lié à Lag BaOmer ? Comme vous le savez, c'est le jour de sa mort.
Il y a les feux de camp, il y a des Achkenazim qui s'arrêtent à Lag BaOmer mais qui continuent après, tous ces minhaguim dont on ne sait pas trop d'où ils viennent. Il y a les feux de camp, il y a Rabbi Chimon bar Yochaï. Ça fait un peu beaucoup, et ça fait un peu dispersé comme ça. Alors, c'est quoi finalement Lag BaOmer ? Qu'est-ce qu'on célèbre à Lag BaOmer ? Qu'est-ce qui s'est vraiment passé là-bas ? Et est-ce qu'il y a un fil conducteur qui réunit tous ces événements historiques ?
Et qui donnerait donc son cachet particulier à la journée ? On sait que c'est notamment lié à la Kabbale, quand on parle de Lag BaOmer. Lag BaOmer est quand même une fête des Mekoubalim en particulier. Tout le monde fête plus ou moins Lag BaOmer, chacun comme il en a l'habitude. Mais c'est le Zohar, c'est la Kabbale, c'est Rabbi Chimon bar Yochaï.
C'est donc un truc mystérieux. La vérité, ce n'est pas si étonnant: jusqu'à aujourd'hui, on ne sait pas trop ce qui se cache derrière cette journée particulière de la Guemara, puisqu'elle est liée également à Rabbi Chimon bar Yochaï, qui est le fondateur du Zohar, un livre qu'on approche avec beaucoup de précautions. On ne comprend pas tout, on ne sait pas trop si on a compris quand on lit quelque chose là-dedans. C'est mystérieux, aussi mystérieux que la journée de Lag BaOmer elle-même.
Nous n'avons évidemment pas la prétention de rentrer dans les profondeurs de la Kabbale; j'en serais absolument incapable, bien entendu. Mais peut-être d'éclairer un peu davantage la journée que nous allons célébrer jeudi soir, cette année. J'aurais simplement commencé par une phrase tirée d'un des nombreux livres du Rav Kook, une phrase qui, elle aussi, est mystérieuse, sibylline, c'est comme ça qu'on dit, je crois, en français, une phrase un peu bizarre, mais qui est là pour nous donner une directive. Peut-être que si on comprend cette phrase, on comprendra davantage.
La phrase en question, c'est celle que nous présente aujourd'hui notre cher Yohann. Qu'est-ce que dit le Rav Kook ? Ha-gvoura ha-gluya. Bon, ça commence. Gluya, c'est quoi, gluya ? C'est simple, ça veut dire simplement « dévoilé ». Gvoura, c'est l'héroïsme. L'héroïsme dévoilé. Chez le Talmud et Rabbi Akiva, les élèves de Rabbi Akiva.
Et celle qui est cachée, tsfouna, vous vous rappelez, ha-gvoura ha-tsfouna, ça s'appelle l'héroïsme caché. Et celui qui est caché des kedoshim, des saints, des communautés. De quelle communauté ils parlent, de quels kedoshim ils parlent, et pourquoi cachée ?
Ces deux gvourot, apparemment ces deux héroïsmes, se rassemblent, se rejoignent tous les deux. Ve-oussa be-otsar ha-razim shel Rabbi Chimon bar Yochaï, dans le trésor des secrets de Rabbi Chimon bar Yochaï. Voilà. Cette phrase est censée nous éclairer, mais la vérité, elle demande elle-même un éclaircissement. On la relit donc encore une fois.
L'héroïsme, je ne sais pas comment on va dire, l'héroïsme dévoilé des élèves de Rabbi Akiva et celui caché des saints des communautés se rejoignent dans le trésor des secrets de Rabbi Chimon bar Yochaï. Très bien. Ce qu'on voit, en tout cas, c'est que le Rav Kook a l'intention de nous montrer qu'il y a un rapport entre les différentes choses dont on a parlé: d'une part Rabbi Akiva, d'autre part, c'est l'histoire de qui est l'autre, là, il faudrait dire deux mots dessus, et d'autre part Rabbi Chimon bar Yochaï.
Oublions pour l'instant cette phrase du Rav Kook, on essaiera d'y revenir tout à l'heure. On va essayer de comprendre d'abord le jour de Lag BaOmer d'après l'éclairage de Rabbi Chimon bar Yochaï. Normalement, c'est surtout le jour de la mort de Rabbi Chimon bar Yochaï. La mort des Rabbanim, comme la mort de n'importe qui, ce n'est pas un jour de fête habituellement.
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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