Le peuple de l'interrogation : humour, Rome et judaïsme
Blagues juives sur la liberté d'expression, le Talmud et les gladiateurs de Rome, puis la question juive face à Vichy.
Rav Élie Kling
Ensuite : Le Rav Élie Kahn et le four d'Akhnaï, 6 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
J'ai pas mes lunettes, mais j'ai l'impression que tout le monde est assis. Voilà, voilà. Donc, notre prochain intervenant invité est le Rav Élie Kling, qui n'a pas vraiment besoin d'être présenté, mais qui le sera quand même, pour notre grande satisfaction, par notre ami Pierre Carrel. Ça va comme ça, vous m'entendez ?
Le Rav Élie Kling est né à Lyon et a étudié à la yeshiva de Montreux, puis à celle d'Alon Shvout, dans le Goush Etzion. Il obtint une maîtrise d'hébreu aux Langues orientales et une maîtrise d'histoire à l'Université hébraïque de Jérusalem. Vous m'entendez ? Depuis son alyah, il y a une trentaine d'années, il réside à Kfar Maimon, dans le nord du Néguev.
Il enseigne la Bible et le Talmud à l'école de formation d'enseignants Emdat Adarom de Netivot, et dirige par ailleurs la section francophone de cet établissement. Son programme d'intégration célèbre cette année ses vingt ans d'existence et a permis à des centaines de jeunes filles francophones de réussir leur aliya. Il est l'auteur de plusieurs ouvrages,
et notamment Sous le talit du rabbin, consacré à la vie et à l'œuvre de son père, le regretté grand rabbin Kling, qui exerça ses fonctions rabbiniques à la Barène, à Lyon, puis à Nice.
Et vous connaissez ça, le rabbin et le curé qui jouent au golf tous les dimanches ? Non ? C'est vrai ? C'est classique. Je vous la raconte. C'est un rabbin et un curé qui jouent au golf tous les dimanches. Il y a les fidèles du rabbin, bien sûr, qui viennent le soutenir, et puis il y a les fidèles du curé, qui viennent soutenir le curé. Alors c'est au tour du rabbin de tirer. Il vise, il vise, il vise avec sa canne de golf, il tire, il rate, mais il rate bien, complètement à côté du trou. Et ça lui échappe, excusez-moi l'expression: il dit « Oh, merde, j'ai raté ! » Là-dessus, le curé lui dit: « Mais monsieur le rabbin, on ne dit pas les choses comme ça. Nous sommes des hommes d'émouna. Il y a des gens qui nous écoutent, qui font attention.
Ce qu'on dit, comme on le dit, ça frise le blasphème. » Et alors le rabbin lui répond: « Je suis vraiment désolé, ça ne m'arrive jamais, de lâcher des gros mots, mais là, tu m'as pris par surprise, je n'ai pas trop réfléchi, ça m'a échappé, mais je vous assure que je ferai attention. » Évidemment, la fois suivante, c'est au tour du rabbin de jouer. Il tire et il rate, bégadol. Il rate, le trou est là, et la balle est complètement à côté. Alors il fait: « Oh, merde, merde, merde ! Il a encore raté ! »
Et cette fois, tout le monde a entendu. Le curé prend sa canne de golf et, de manière ostentatoire, la jette devant tout le monde. Il dit au rabbin: « Écoutez, monsieur le rabbin, c'est la dernière fois que nous jouons ensemble. Des choses comme ça, ça ne se fait pas, en tant que hommes d'émouna. D'ailleurs, le Dieu qui nous est commun, certainement, un jour, vous devrez vous rendre compte devant Lui de ce que vous venez de dire et de la manière dont vous l'avez dit. »
Et en effet, à peine le curé a-t-il fini de parler qu'on entend un grand tonnerre, puis l'éclair, et la foudre s'abat sur le curé, qui tombe raide mort. Et à ce moment-là, on entend une bat-kol, vous savez, une voix céleste, qui dit: « Oh, merde, il a encore raté ! » Vous voyez, ce genre de blague.
Blague juive classique. Moi, bon, je vous la raconte, une salle juive, une salle juive sérieuse quand même, c'est des briques, quoi. Enfin, je vous raconte ça, tout le monde rit, etc. Même si demain l'un ou l'une d'entre vous rapporte ça à l'extérieur, je ne pense pas qu'on me vire de l'endroit où je travaille, et dont on a parlé il y a un instant, qui est pourtant un établissement très orthodoxe. Je pense qu'ils prendront ça avec humour, bien que, dans la blague en question, la divinité, la toute-puissance divine, en prenne un certain coup quand même. Mais enfin, ça passe. Ça passe chez les Juifs.
J'irai pas jusqu'à dire que, dans certains journaux d'obédience religieuse, ce genre de blague serait publié. Non seulement je ne dis pas ça, mais j'irai même plus loin: je pense que si demain l'État d'Israël – Dieu ne plaise –... je pense que les journaux ressembleront davantage, malheureusement, je le dis avec regret, à la Chavouda de sinistre mémoire qu'à Charlie Hebdo.
Mais mon propos n'est pas maintenant de vous expliquer pourquoi le monde rabbinique, enfin une partie, en tout cas, du monde rabbinique, a une vision un peu étriquée, si vous voulez, de la liberté d'expression. C'est un vrai problème, mais peut-être pour une autre fois. On m'a dit qu'il y avait 30 minutes pour parler, 30 minutes, c'est 30 minutes, hein ? Ouais, 31, moins. Donc 30 minutes. Et donc ce n'est pas mon propos, on ne va pas parler de ça.
Il faudrait également savoir ce qu'on appelle liberté d'expression. En venant ici, j'ai écouté Kol Tsahal, et on parlait justement de la liberté d'expression. En ce moment, on en parle beaucoup, parce qu'il y a de nouveaux ministres, et ils ont une vision un peu différente des ministres précédents. Vous êtes sans doute au courant: il y a un certain nombre de décisions qui viennent d'être prises. J'ai entendu un artiste qui parlait de la décision de la ministre de la Culture, la dernière, de ne pas subventionner un certain
nombre de représentations de théâtre ou de choses comme ça. Normalement, un artiste est censé être du côté de ceux qui vont signer la pétition contre la ministre. Mais il disait que non: la liberté d'expression est une liberté, mais comme toute liberté, il faut qu'il y ait des limites, sinon on passe de la liberté à l'anarchie. En hébreu, ça sort mieux: il disait Hofesh, les lo-ouvoulo, il disait Shkerou. Et donc il faut évidemment mettre des normes.
Mais là aussi, ce n'est pas mon propos de parler des normes et des limites qu'il faut mettre à la liberté d'expression. Ça vaut également une conférence entière. Ce que je voudrais simplement faire, dans les quelques minutes que nous avons, c'est essayer de montrer qu'à travers un certain nombre de textes, et dans la Torah elle-même, et dans les textes rabbiniques, il y a une certaine volonté de ne pas trop prendre au sérieux la sacralisation à outrance, même lorsqu'il s'agit de la sacralisation divine. Et, si vous voulez, le blasphème: il a été interdit, mais évidemment la question est de savoir ce qu'on appelle blasphème. La question est de savoir, en effet, jusqu'où on a le droit de parler, et d'exiger un certain nombre de choses de HaKadosh Baroukh Hou. Est-ce que c'est du blasphème ou pas ?
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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