Rivka et la bénédiction de Yitzhak : une force tranquille
Pourquoi la Torah ne condamne pas Rivka pour sa ruse, et ce que son endurance au puits enseigne sur la volonté.
Rav Élie Kling
Ensuite : L'échelle de Jacob et l'exil choisi, 9 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
— En direct sur l'Île Maud. Bonsoir à toutes et à tous, on est très contents de se retrouver, comme toutes les deux semaines, avec le Rav Élie Kling pour parler de la paracha, de Torah. Et je crois que les élections, c'est fini, Rav Kling. Vous avez essayé de faire un slogan d'élection: « la force tranquille ». Ça, c'était un slogan depuis quelques années.
— On ne me dit jamais rien, moi. T'es sûr que c'est fini ? J'imagine que tu dois être très content du résultat, mais bon.
— Oui, absolument. En tout cas, on va parler d'élections ce soir. Tu vas nous parler de Rivka, une de nos imahot, nos matriarches. Parce que Rivka est le personnage central que nous rencontrons pour la première fois dans la paracha de Haye Sarah.
On en prend la naissance en fait, sur le Moriah, juste après la Akeda. À la toute fin, dans les derniers versets de la paracha de Vayéra, on annonce à Abraham qu'une certaine Rivka est née là-bas, dans la famille, à Haran. Mais on n'en sait pas plus. On la rencontrera pour la première fois dans la paracha de Haye Sarah, auprès du puits.
Moi, j'aurais commencé par l'épisode le plus connu, où elle prend le rôle central, qui n'est pas celui décrit dans Haye Sarah, mais celui décrit dans la paracha de Toldot. Tout le monde se souvient que dans Toldot, Rivka a deux enfants. Au début, elle ne savait pas très bien qu'il y avait deux enfants, mais, Vayigdelou banim, elle s'aperçoit rapidement qu'il y en a deux, donc des jumeaux, et que les deux enfants développent des personnalités complètement différentes, pour ne pas dire opposées. L'un semble très sédentaire, on va dire comme ça: ish tam yoshev ohalim. Le second est un chasseur. Ou, si vous voulez, le premier est un chasseur, le second est quelqu'un qui…
— Qui reste dans les tentes, je suppose, à étudier.
— Et voilà que les enfants grandissent. Après l'épisode du droit d'aînesse, il y a la fameuse histoire de la bera'ha. On passe très rapidement sur plusieurs années, jusqu'au moment où Its'hak perd la vue, devient âgé, et décide, avant qu'il ne soit trop tard apparemment, de donner la bera'ha à son fils Essav, celui qu'il préfère, apparemment.
Or Rivka entend ça, et elle fait ce que, mesdames qui nous écoutez, je suppose que vous ne faites jamais. Enfin, j'espère que vous ne prenez pas exemple sur Rivka. Parce que Rivka a un différend avec son mari, un différend important, essentiel, sur la question de savoir à qui revient la bera'ha. On suppose qu'il s'agit de la fameuse bénédiction d'Abraham, sinon on ne voit pas très bien pourquoi ils se battraient justement pour celle-ci. La bénédiction d'Abraham, c'est-à-dire la bénédiction de celui qui est censé reprendre le flambeau qu'Abraham a passé à Its'hak. Entendant ça, et ça ne lui plaît pas du tout, comme vous le savez, elle décide de prendre les choses en main et de faire en sorte que celui qui reçoive la bénédiction soit Yaakov, et non pas Essav.
Je disais que j'espère que vous ne prendrez pas exemple sur elle, parce que cette manière de résoudre les différends dans le ménage est vraiment très problématique. Vous n'êtes pas d'accord avec votre mari. Au lieu d'aller discuter avec lui pour essayer de le convaincre, vous faites ce que vous avez envie de faire, mais derrière son dos. Et ce n'est pas seulement derrière son dos: c'est en exploitant le défaut physique de votre mari, puisque…
Il est atteint de cécité, donc comme il ne voit pas, on va en profiter. C'est son point faible. Et on va faire passer le petit pour le grand. Pourquoi pas ? Ça marche bien, finalement, le plan marche. Un plan un petit peu machiavélique, ce serait un grand mot, mais on voit bien qu'il y a une exploitation, pour le moins malhonnête, du point faible de Its'hak, pour que Yaakov reçoive la bera'ha, ce qui, en effet, se passe. Il y a donc un coup à la bénédiction.
Or cette manière de faire, celle de Rivka, mérite au moins qu'on se pose la question: comment est-ce possible ? Ou, si vous voulez la poser un peu différemment: est-ce que la Torah elle-même, la Torah écrite, ou Hazal dans la Torah orale, a vraiment applaudi cette manière de faire, l'a encouragée, ou au contraire l'a dénigrée ?
On a vraiment l'impression, au départ, que lorsqu'il y a ce genre de problème, et surtout parce que c'est un problème important, ce n'est pas une question de savoir si on va manger chinois ou italien ce soir, mais de savoir qui va être le successeur d'Abraham, donc le porteur du projet de la révolution abrahamique, la manière de le résoudre qu'utilise Rivka nous semble un petit peu curieuse, un petit peu cavalière. On se serait attendu, de la part d'une de nos matriarches, et pas la moindre, qu'elle le fasse autrement. Qu'elle le fasse autrement.
Si vraiment les pères et les mères sont là pour nous donner l'exemple de ce qui doit être la meilleure conduite pour nous, eh bien, franchement, ce n'est pas vraiment l'exemple à suivre. Quand on est en désaccord, nous le savons bien, dans un ménage, face à un différend important qui touche à des points sensibles, on en discute. On essaie de convaincre. Plus que ça encore: si vous me dites, oui, mais là elle avait peur de perdre le débat, et que si elle ne réussissait pas à convaincre son mari, il y aurait eu des conséquences dramatiques sur l'histoire même du peuple juif, la réponse, au moins, c'est celle-ci: essayez d'abord. Essayez d'abord, et voyez si ça marche. Et si ça marche, tant mieux, vous ferez cela par la grande porte.
Et si ça ne marche pas, si vous n'arrivez pas à le convaincre, alors cette idée de le tromper, parce que c'est de cela qu'il s'agit, de lui raconter des histoires, de le manipuler, vous pourrez toujours le faire après, au cas où il n'y aurait vraiment plus d'autres possibilités. Mais on n'a vraiment pas l'impression que Rivka tente une autre méthode que celle qui consiste à faire croire à son mari que c'est Yaakov.
Et finalement, le problème n'est pas seulement celui de Rivka dans cette affaire. Il touche évidemment aussi Yaakov, qui joue lui aussi le jeu de sa mère, alors qu'il sait très bien qu'il est en train de tromper son père. Là aussi, ça demande explication. Qu'est-ce que fait Yaakov dans cette affaire ?
Il y a même un verset où Yaakov hésite. Et là, on se dit, bon, peut-être que la morale va être sauve, peut-être qu'il va dire ses quatre vérités à sa maman, en lui disant: écoute, maman, tu as un problème avec papa, essaie de le résoudre autrement, mais pourquoi tu me mêles, moi, à une histoire de tromperie, de duperie, ce n'est pas mon truc, et ce n'est pas moral. Au lieu de lui dire ça, l'hésitation qu'a notre Yaakov est uniquement une hésitation tactique: Oulaï yemouchéni avi ve-ei'tav …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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