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Avraham le pompier et le château en flammes

Le midrach de Rabbi Yitzhak : pourquoi Avraham a été choisi, parce qu'il a posé la bonne question.

1 h 16

Rav Élie Kling

Ensuite : Avraham, le palais en flammes et la bonne question, 6 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

— Bonsoir tout le monde. On est très contents de se retrouver avec le Rav Elie Kling. Ça fait déjà, je crois, trois semaines, avec les vacances, avec les fêtes. On se retrouve aujourd'hui et on va parler d'Avram. Ça y est, on a passé la préhistoire avec Béréchit et Noa'h, et on va entamer Lekh Lekha et Vayéra, les deux paracha qui vont mettre le focus sur Avram, le premier des patriarches. Tu veux nous dire qu'Avram, c'est un pompier. C'est bizarre, mais on est impatients d'entendre de quoi tu veux nous parler. Bé'chavad, Rav Kling.

Rav Elie Kling: Oui, parce qu'il y a un midrash assez connu qui parle, en effet, de l'incendie auquel Abraham a assisté et de la réaction des pompiers par rapport à cet incendie. Le midrash n'est pas très clair, en fait, comme on va le voir tout de suite. Il se trouve dans Béréchit Rabba, le fameux midrash sur Béréchit.

Mais ce midrash s'occupe davantage du côté aggadique, vous voyez. Il y a deux sortes de midrashim: les midrashim d'aggada et les midrashim de halakha. Dans Béréchit, comme il n'y a pas tellement de halakha, il n'y a pas tellement de côté juridique. Donc les midrashim sont essentiellement des midrashim d'aggada. Le plus connu d'entre eux, c'est Béréchit Rabba, qui lui-même est divisé en dix livres: cinq midrashim pour les cinq livres de la Torah et cinq midrashim pour les cinq Mégilot. Rout Rabba, Chir HaChirim, etc.

Donc dans Béréchit Rabba, c'est la première référence que je t'ai envoyée, Yoann. Voilà exactement: le midrash est la chose suivante. Lekh lekha mé-artsekha, Rabbi Yitz'hak pataḥ. D'abord, on fait ici une référence, on l'a déjà vue, il me semble, à plusieurs reprises. Le midrash a une technique pour tenir les gens en éveil.

Parce que les midrashim en question, les drachot en question, se racontaient comme aujourd'hui, c'est-à-dire dans les grandes occasions, quand on se retrouvait tous au Beit HaKnesset. D'abord, et en général, et avant tout, le Chabbat. Le Chabbat, on lisait la paracha de la semaine, et ensuite on demandait à un des rabbins présents de faire une petite dracha sur ce qui venait d'être lu. Or les gens n'étaient pas venus pour écouter le rabbin: ils étaient venus pour prier, parfois pour discuter avec les copains, mais pas pour entendre une dracha. Ils étaient pressés de rentrer à la maison pour le couscous, ou pour la nafina, ou pour quelque chose d'autre.

Les darshanim, ceux qui faisaient les fameuses drachot, avaient donc toutes sortes de techniques pour capter l'attention de ce public qui n'était pas acquis à l'avance. L'une de ces techniques, c'était ce qu'on appelait la péticha.

Qu'est-ce que la péticha ? Ça veut dire commencer le commentaire d'un passage de la Torah par un verset qui n'est pas tiré de la paracha de la semaine. C'est-à-dire un verset en général des Téhilim, mais pas seulement, ça peut être d'autres versets.

Et ensuite, les gens qui s'attendaient évidemment à entendre le rabbin parler de la paracha de la semaine étaient très curieux de savoir comment il allait retomber sur ses pas, comment il allait passer de ce verset à la paracha. C'est ce qu'on appelle, dans le langage du midrash, une péticha, une ouverture. C'était donc un moyen pédagogique, didactique, pour capter l'attention. Et Rabbi Yitzhak, lui, fait la péticha suivante.

Chim'i bat, ur'i, vehati ozneh, veshikhi ammeh, ou-vétavih. C'est donc un verset de Téhilim. Alors qu'on était en pleine paracha de Lekh Lekha, comme l'indique le titre de ce midrash, Rabbi Yitzhak, au lieu de parler de Lekh Lekha, prend un verset de Téhilim. La vérité, c'est que le suspense n'est pas très grand, puisqu'il s'agit d'un passage

tiré du chapitre 45 des Téhilim, dans lequel nous voyons le roi David, l'auteur des Téhilim, qui se met à la place d'une jeune fille, en fait une princesse, à laquelle le roi, son père, a décidé de donner un époux. Sauf que l'époux en question, le Chidoukh, si vous voulez, n'est pas du tout l'homme de son cœur, ce n'est pas quelqu'un qu'elle côtoie et qu'elle connaît: c'est le roi d'un pays voisin. Vous le savez, à l'époque, c'était assez courant, et jusqu'à il n'y a pas très longtemps encore chez les têtes couronnées, de faire des alliances qui servaient en fait les intérêts politiques des royaumes. Pour sceller une alliance entre deux royaumes, pour éviter qu'une guerre n'éclate un jour,

on liait les familles. Telle princesse épousait tel prince du pays voisin, etc. Ça ne servait pas toujours, bien sûr. Bien souvent, les guerres éclataient quand même. Mais c'était une manière de dire: écoutez, nous ne sommes pas ennemis, au contraire, nous sommes des États qui se respectent et qui sont même unis par les liens du mariage.

Et c'est assez moderne, quand on y pense. David, quand il écrit son texte, se met à la place de la jeune fille, de la princesse, qui sait qu'elle va épouser quelqu'un qu'elle ne connaît pas, qu'elle n'a jamais vu, et que ce mariage n'est pas du tout un mariage d'amour: c'est un mariage politique. Il lui donne donc des conseils. Je dis que c'est moderne parce qu'à l'époque, je ne sais pas s'il y avait beaucoup de personnes qui s'intéressaient à savoir comment la jeune fille réagissait, quel était son état d'esprit. En tout cas, voilà ce qu'il lui dit. Chim'i bat ur'i: écoute, constate et regarde. Vehati ozneh: tends l'oreille. Veshikhi ammekh oubeit avikh: je te conseille d'oublier.

Oui, parce qu'il est évident que cette jeune fille va quitter sa famille, quitter aussi le royaume dans lequel elle a vécu, toutes ses références, tous les gens de la cour qu'elle côtoie régulièrement. Elle va donc vivre un déracinement, en allant vers quelqu'un qu'elle ne connaît pas, dans un autre pays, sans doute une autre langue, etc. Et David lui dit: écoute,

qu'est-ce que tu veux que je te dise ? Fais avec. Ça ne sert à rien de pleurer dans ton coin, ça ne sert à rien d'essayer de remédier à la situation. De toute façon, tu n'as pas le choix. Et comme tu n'as pas le choix, essaie de voir les bons côtés des choses. La vérité, c'est que si vous regardez la fin du verset, pour ça, vous êtes obligés de sauter quelques lignes de ce midrash. Sautez carrément les lignes deux, trois, quatre, cinq,

et six: Ve-yitav ha-melekh yofi'ekh. Vous voyez, c'est deux lignes avant la fin. En fait, ce Ve-yitav ha-melekh yofi'ekh n'est que la suite du verset commencé au début de ce midrash. C'est la suite du conseil que David donne à la jeune fille: le roi va certainement avoir envie de te rendre belle. Vous savez qu'il pourra voir ensuite la photo dans

je ne sais pas comment s'appellent de nos jours ces fameux magazines, vous voyez de quoi je parle, les têtes couronnées, voici, voilà, je ne sais pas quoi, Gala, bon. Si tu veux avoir ta photo en première page, le roi qui va t'épouser, que tu ne connais pas, eh bien, vois les choses du bon …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

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