Lag Baomer : d'où viennent le deuil et la joie
Le Rav Kling retrace l'histoire des élèves de Rabbi Akiva, les deuils de l'Omer et leur évolution avec Yom HaAtsmaout et Yom Yerouchalaïm.
Rav Élie Kling
Ensuite : Lag Baomer : deux visages de l'héroïsme juif, 11 min
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En direct de l'île Maud. Shalom à toutes et à tous, Lag Baomer Saméa'h, comme on dit. On espère que vous passez toutes et tous une bonne fête de Lag Baomer, malgré la situation en Israël. Et nous avons le mérite d'écouter le Rav Élie Kling, qui va nous parler des secrets de cette journée: les fameux élèves de Rabbi Akiva, qui étaient-ils, comment cela s'est passé, pourquoi. C'est le thème de notre étude ce soir. Et Chabbat Aram.
## Ce que l'on vivait en France
Je m'explique. Pour moi, Lag Baomer, quand j'étais en France, ce n'était pas vraiment… On n'arrivait pas vraiment à le ressentir. Autrement dit, s'il y avait Lag Baomer, il n'y avait pratiquement rien. Si, il y avait à Lyon: mon père, qui était rabbin là-bas, organisait des jeux en plein air, avec des représentants de tous les mouvements de jeunesse, et des écoles.
Il n'y avait pas les feux de camp qu'il y a aujourd'hui, ici. On ne savait pas trop ce que c'était, en fait, à vrai dire. Même Chabad, à l'époque dont je vous parle, ce n'étaient pas encore les grandes processions d'enfants que l'on connaît aujourd'hui un peu partout en France et ailleurs dans le monde, et que les Loubavitch organisent. Franchement…
Il y a plein de notions qui se mélangent un petit peu. Quand on disait « Lag Baomer », si je vous dis aujourd'hui, maintenant, en Israël, « Lag Baomer », les gens parlent d'abord des feux, parce que c'est ce qui est le plus visible. Et les gamins, vous savez, mettent des jours, des semaines et des semaines à essayer de récolter le moins de bouts de bois qui traînent quelque part, pour en faire un feu de camp.
Depuis quand cette histoire de feu de camp à Lag Baomer ? Est-ce que cela fait partie intégrante de la fête, ou est-ce que cela s'est ajouté plus tard ? Ce n'est pas très clair non plus. Je viens de lire cette semaine un post de mon beau-frère, Raoul Spiber, sur les feux de camp. Il n'avait pas l'air content du tout, Raoul. Ah, pas du tout. Il disait: d'abord c'est dangereux, et ensuite il y a atteinte à l'environnement, etc.
Et puis on ne sait pas trop d'où cela vient. Va savoir si ce n'est pas un petit peu pris sur les goyim, cette histoire de feu, de mystique, etc. Enfin bon, ce n'est pas très clair. À part ça, quand on commence à chercher un petit peu, ce mélange, dans toute cette histoire du trente-troisième jour du Omer, se mêle d'abord à l'histoire de l'Omer lui-même.
C'est-à-dire que la période qui sépare la libération physique de Pessa'h de la libération spirituelle de Chavouot est censée être une période de joie, où chaque jour qui passe nous rapproche un peu plus du don de la Torah, au niveau spirituel. Et puis il y a cette fameuse histoire des élèves de Rabbi Akiva, qui sont morts apparemment d'une maguefa, d'après ce que dit le Bavli en général, le Talmud de Babylone. Maguefa, c'est quoi ? C'est une épidémie.
Cela aussi est curieux, parce qu'ils sont accusés. D'abord, ils sont 24 000. 24 000, c'est énorme. Ensuite, on les accuse de manquer de kavod les uns pour les autres. Alors que l'on sait bien que Rabbi Akiva, ce n'est pas n'importe qui. Rabbi Akiva, c'est lui qui dit: tu aimeras ton prochain comme toi-même. C'est la base de la base: klal gadol baTorah.
Et qu'il n'ait pas réussi à transmettre cela à ses élèves, qui sont morts justement pour ne pas avoir eu suffisamment de respect les uns pour les autres, cela semble très curieux. Et puis il y a cette histoire de séfarades et d'ashkénazes, où l'on marque les périodes de deuil différemment: certains avant, certains après, certains jusqu'à Chavouot pour les ashkénazes, et pour les autres jusqu'au trente-troisième jour. D'où vient tout cela ?
Il y a aussi cette histoire de Bar Kokhba, qui se mêle là-dedans. Parce que ces jeux d'arc et de flèches, et peut-être aussi les feux de camp, rappellent les combats militaires de Bar Kokhba, et puis les élèves de Rabbi Akiva. Va savoir s'ils sont vraiment morts de maguefa, ou si, comme certains le prétendent, en se basant sur un texte du Yerouchalmi, l'autre Talmud, pas le Bavli, le Yerouchalmi, ce seraient peut-être des gens morts à la guerre.
Justement, la guerre de Bar Kokhba. Et là-dessus, sur tout cela, vient s'ajouter ce que l'on sait de Rabbi Shimon Bar Yochaï, puisque c'est le jour de sa hiloula. Cela aussi: avant Rabbi Shimon, on…
Je ne me souviens pas qu'il y ait eu cette histoire de fêter la mort d'un grand tsadik. Au contraire, quand un grand tsadik meurt, c'est en général un jour triste. Il ne sera plus là à nos côtés pour nous faire partager ses lumières. Et là, tout d'un coup, Rabbi Shimon meurt, et c'est une grande fête. On nous dit que c'est lui-même qui voulait que ce soit un jour de fête. Mais pourquoi ?
Ensuite, depuis, cela est devenu une habitude chez certains grands tsadikim qui meurent: on fait des hiloulot. Donc aujourd'hui, ce n'est pas seulement la hiloula de Rabbi Shimon Bar Yochaï, mais il y a des hiloulot un peu partout, pour les grands, y compris pour les grands de la génération actuelle, etc. Moi, j'habite à Netivot, alors je sais de quoi je parle: on en a une très grande, tous les ans. Et donc, qu'est-ce que Rabbi Shimon Bar Yochaï a à voir avec tout cela, avec Bar Kokhba, avec les minhagim de Lag Baomer ? Tout cela se mélange.
Quand vous avez une date où, autour de cette date, vous pouvez parler de tellement de sujets différents, finalement cela rend la commémoration un petit peu floue. Alors on fait quoi, là ? Qu'est-ce qu'on célèbre exactement ? C'est quoi, cette journée-là ? Vous prenez une date, je ne sais pas, comme Pourim, par exemple: on sait très bien ce qui s'est passé. Il y a une histoire, et une seule. On la célèbre, et voilà.
C'est cadré, on sait de quoi on parle. Ici, cela part un petit peu dans tous les sens. C'est l'histoire de Sefarad, de Ashkenaz, cela nous amène même jusqu'à l'époque des croisades, etc. Bref, c'est un peu le bazar. Alors, je n'ai pas l'intention ce soir de vous donner de grands ridouchim que vous n'avez jamais entendus sur Lag Baomer, juste de mettre un peu d'ordre dans tout cela. Et on va s'aider, en fait, d'une phrase un petit peu mystérieuse, un petit peu cryptique, du Rav Kook.
Il dit, quelque part, écoutez bien. Alors, ici, c'est une petite phrase, mais chaque mot est important.
C'est donc deux héroïsmes qui se mélangent.
Dans le secret, dans le trésor des secrets de Rabbi Shimon Bar Yochaï. Bon, qu'est-ce qu'il fait ici, dans cette petite phrase, le Rav Kook ? Eh bien, justement, il fait ce qu'on disait tout à l'heure: il mélange, en fait, trois événements qui sont tous les trois liés à l'histoire …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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