Shiloh, le Mishkan et la question du lieu divin
Pourquoi Yehoshua 18 n'est pas une conclusion : le lieu de la Présence divine et le tirage au sort des terres.
Rav Eytan Fiszon
Ensuite : Shimon, Lévi et le territoire de Yéhouda, 57 min
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Eh bien, les amis, nous sommes toujours dans notre Sefer Yehoshoua, et nous sommes arrivés au chapitre 18, Pérek Chaï. Alors, on y va, c'est parti.
Ce verset-là, pasouk Aleph, aurait pu être la conclusion du livre de Yehoshoua. C'est un verset de conclusion. Je traduis: tout le peuple s'est rassemblé à Shiloh. Ils y ont placé la tente d'assignation, le Mishkan, et la terre a été conquise devant eux, par eux. Voilà. Eh bien, c'est bien. On s'arrête là.
On n'a pas besoin de continuer. D'après ce verset-là, tout va bien. Sauf que tout de suite on a un problème. Le premier problème, c'est qu'on est à Shiloh, et que l'objectif final n'est pas d'arriver à Shiloh, puisque l'objectif final est d'arriver à Jérusalem. Ah bon ? Comment sait-on qu'on doit arriver à Jérusalem ? Comment sait-on que l'objectif…
C'est de placer le Beit Hamikdash à Jérusalem. Est-ce que c'est marqué ? Est-ce que ce n'est pas marqué ? Eh bien, rappelez-vous qu'il y a eu une grande question. Je ne sais pas si nous en avons évoqué ensemble, mais vous l'avez certainement déjà évoquée avec le Rav Yoël, avec le Rav Cherki: la question de savoir s'il est nécessaire d'avoir un lieu dans lequel on va pouvoir se connecter à Dieu.
Pourquoi je dis cela ? Parce que nous nous sommes habitués, pendant près de 2000 ans, à ne trouver notre connexion à Dieu que dans la dimension temporelle. Nous étions en exil, et donc forcément nous n'avions pas de lieu pour nous connecter à Dieu, et nous avons donc développé la dimension temporelle comme étant la seule réalité de la connexion. Si bien qu'au XXe siècle…
Un des penseurs juifs, Avraham Yehoshoua Heschel, a écrit son livre Les bâtisseurs du temps. C'est-à-dire qu'il vient dire que les nations du monde construisent des palais dans l'espace, dans le Merhav, dans la dimension du lieu, alors que le peuple d'Israël construit des palais dans le temps. Ce sont le Chabbat, les fêtes, et ainsi de suite.
Et donc, Heschel, qui a lu la Torah, sait bien qu'il y a la notion de Beit Hamikdash quelque part. Mais il va poser comme point de départ que le Mishkan, qui nous est mentionné dans la Torah, est un bédi havad, c'est-à-dire a posteriori. Il va nous dire que, d'après l'enseignement de Rachi, la paracha de Térouma et Tetsavé, qui ordonne la construction du Mishkan, se déroule en réalité après la paracha de Ki Tissa, c'est-à-dire après le Veau d'or.
En d'autres termes, nous dit Heschel: oui, bien sûr, Dieu nous a demandé de faire un temple, mais c'est parce qu'on lui avait montré, avec le Veau d'or, qu'on n'était pas capable de s'attacher à lui de manière abstraite. Alors il a fait un compromis avec nous: faites un temple comme vous avez pu voir des temples en Égypte. Mais l'idéal aurait été de se connecter de manière purement abstraite. Et c'est cette chose-là que nous avons corrigée pendant 2000 ans d'exil, où nous n'avions plus la dimension spatiale, mais uniquement temporelle. Et donc, pour lui, le Beit Hamikdash n'a plus lieu d'être.
Alors l'erreur, parce que c'est une erreur, se trouve dans le fait que, peut-être, il a raison pour la position des paracha. Mais ça ne change rien, pour deux raisons. La première, c'est que même si la paracha de Térouma et Tetsavé s'est passée dans les faits après la paracha de Ki Tissa, dans le Sefer HaTorah, c'est-à-dire dans la dictée de Dieu à Moshé, il l'a dictée avant. En bref: dans le Sefer Torah, la paracha de Térouma et Tetsavé, donc de la construction du Mishkan, est placée avant la faute du Veau d'or. Et deux, de toute façon, déjà dans le Shira Yam, déjà dans la traversée de la mer Rouge, qui est évidemment avant le Veau d'or, on disait là-bas:
« Tu nous amèneras et tu nous implanteras sur la montagne de ton héritage, pour y construire le Beit Hamikdash. » Donc on parle de cela bien avant la faute du Veau d'or. En d'autres termes, la connexion à Dieu par la dimension de l'espace est première, tout comme la dimension de connexion dans le temps. D'accord ?
Et c'est pourquoi le tabernacle, le Mishkan, s'appelle ici, et comme dans la Torah d'ailleurs, Ohel Moèd. Moèd, c'est une rencontre. Ohel Moèd, c'est la tente de la rencontre. Il y a également des temps de rencontre qui s'appellent les Moadei Hachem, c'est ce qu'on a lu dans la paracha de cette semaine, à la synagogue, pour Chabbat.
Donc il y a une dimension première de connexion à Dieu par le Mikdash, par le Temple. Mais, comme on vient de le dire dans le Shira Yam, l'endroit qui était prévu à l'origine pour le Temple, c'est Béhar Nahalatékha, dans la montagne de ton héritage. Ah, oui, mais ce n'est pas marqué clairement Jérusalem. Ce n'est pas marqué clairement que ça se passe là-bas. Et là, nous avons l'obligation de nous poser une question.
Lorsque vous regardez aujourd'hui n'importe quel site religieux en Israël ou ailleurs (prenons Israël pour être encore plus probant), lorsque vous avez un endroit religieux… Je ne parle pas de la synagogue qui a été créée il y a dix ans sur le terrain qui lui a été donné par la mairie. Non. Je parle lorsque vous avez une vieille mosquée quelque part. Eh bien, si vous faites des fouilles archéologiques, vous verrez que cette mosquée est pratiquement tout le temps construite sur les vestiges d'une synagogue, ou d'une église, quand même. Et cette église elle-même est construite sur les vestiges, soit d'une synagogue, soit d'un lieu juif. Et si on fait des recherches archéologiques encore plus poussées, on va se rendre compte que tout cela a été créé sur les vestiges d'un site cultuel préhistorique.
C'est-à-dire qu'on voit que, dans le monde entier, en Israël en particulier, les hommes se sont attachés à des endroits particuliers parce qu'ils y ont perçu la présence divine. Et ça traverse les cultures. C'est indépendant du christianisme, de l'islam ou d'autres cultures idolâtres: avant la Torah, il semblerait qu'à certains endroits on ressente la connexion avec Dieu plus qu'à d'autres endroits.
Et c'est pour ça que la Torah nous dit qu'on doit détruire les lieux d'idolâtrie, mais pas les endroits d'idolâtrie. C'est-à-dire que s'il y a un temple de Baal en Israël, on doit le détruire. Mais si ce temple de Baal est construit sur une haute montagne, on ne doit pas détruire la montagne. Parce qu'en fait, l'attachement au dévoilement divin dans la nature, c'est quelque chose que Dieu a mis en place. Après, son expression, idolâtre ou pas, ça, c'est autre chose.
Qu'est-ce que je veux dire par là ? Que tous les endroits spirituels étaient déjà connus comme étant spirituels avant que le peuple juif n'y arrive. Sauf à Har HaBayit. Sauf le mont du Temple. Et c'est un cas tellement unique qu'il doit être évoqué. Avant que Am Israël ne s'implante sur le mont du Temple (d'abord avec Avraham pour la Akédat Yitshak, Yaakov pour le rêve de Yaakov, le premier Beit Hamikdash, le deuxième *Beit …
Cours de la chaîne YouTube d'Orot veKelim
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