La peur et la émouna selon le Rav Benharrouche
Comment transformer la peur de la mort en élan de vie grâce à l'étude de la émouna et à la force de la gévoura.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Iyar, le mois de Ziv et la guévoura d'Israël, 15 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour à tous, bienvenue sur la télévision du Maon Meir pour une nouvelle émission, et avec nous aujourd'hui Rav Yoël Benharrouche. Shalom. Shalom Ouvracha. On va traiter d'un sujet qui touche au domaine de la psychanalyse, certes, mais en y apportant bien évidemment des éléments du judaïsme. Il s'agit du sentiment naturel de peur.
Lors d'événements festifs, on a l'habitude de chanter « Miche ma'amin lo yefached », « Celui qui croit n'a pas peur ». Parole plus ou moins vaine, finalement, puisqu'il y a par exemple la peur de la mort, la peur du danger, la peur de se marier, ou encore la peur de faire sa halia, pour ne citer que quelques exemples. D'où vient cette peur, et comment la surmonter ? C'est une question fondamentale de la vie. En fait, nous avons trois peurs essentielles dans ce monde.
La peur de disparaître, la peur d'être violé, c'est-à-dire pénétré par une force extérieure, et la peur d'être avalé. Et toutes ces peurs sont reliées à la peur ultime, qui est la mort. Mais la Torah nous enseigne que ces peurs augmentent en réalité chez l'homme, d'autant plus qu'il perd la émouna dans le Dieu vivant. C'est-à-dire que si je mets mon potentiel humain dans un lien total avec les valeurs de l'éternité, la mort ne me fait plus peur. En tout cas, elle diminue dans son intensité.
Alors effectivement, les sages nous disent qu'il faut transformer cette peur, car il s'agit ici d'une valeur absolue, donc d'une énergie. En hébreu, le mot peur se dit paḥad. Il suffit d'inverser les lettres pour en faire un daḥaf, c'est-à-dire une poussée, un moteur qui pousse à la vie. Donc plus je vois en face de moi l'élément de ce qui termine, c'est-à-dire du noir, du trou noir, de l'inconnu, de l'avenir incertain, plus je suis, par rapport à cette vision des choses, tiré vers le bas. Mais si mon degré de vision est toujours face à l'infini, face aux valeurs de l'infini, alors je suis toujours dans une ascension vers la vie, dans un mouvement de vie, et la peur diminue en moi.
Concrètement, par quoi ça passe ? Ça passe tout simplement par l'étude de la émouna. Et la émouna n'est pas l'étude de la émouna. La émouna, c'est tout simplement notre vie, c'est-à-dire l'instinct de vie, j'allais dire même primitif. Par exemple, je crois au fait que je suis là. Je n'ai pas besoin qu'on me prouve que c'est moi qui suis en train de parler. Si j'ai besoin de me prouver que je suis là, je suis très malade. Donc, en réalité, j'ai une émouna dans mon existence, j'ai une émouna en moi. Je dois arriver à une émouna qui ressemble à celle-ci vis-à-vis des valeurs de l'Éternel. Et là, ça devient un exercice de style.
Alors que les gens pensent l'inverse. Ils ont l'impression qu'ils croient en Dieu, mais qu'ils ne croient pas en eux. C'est tout faux. Au contraire, la chose ou la personne en qui on croit le plus, c'est nous-mêmes. Le chidouch, la nouveauté, c'est d'arriver à cette même conscience de mon existence par rapport à l'Éternel. Et là, si je vis à cette intensité, la peur diminue véritablement, à un degré minime. Et la peur se transforme en une crainte, plus exactement la crainte de perdre.
La relation de vie et la relation d'amour, c'est ça la vraie crainte. C'est-à-dire que je dois en réalité transformer ma peur inutile, entre guillemets, en crainte de perdre le lien d'amour qui me lie à l'élément même qui est la source de la vie, c'est-à-dire l'Éternel.
Alors, vous parliez d'étudier la émouna. Deux choses. D'abord, pour certaines personnes, c'est une nouveauté d'étudier la émouna. Ce n'est pas quelque chose que l'on ressent. D'autre part, le mot émouna, on a l'habitude de le traduire vulgairement par le mot « émouna ». Et pourtant, je pense que sa racine et sa source sont beaucoup plus profondes. C'est justement de ça que je suis en train de parler. Le mot émouna vient du mot émèt. Prenons en hébreu le terme masculin ben, qui veut dire garçon. Au féminin, ça devient bent, comme en arabe. C'est-à-dire que j'ai rajouté la lettre tav, la dernière lettre de l'alphabet. Mais nous avons une règle grammaticale: lorsqu'il y a un noun, il tombe au milieu du mot. Donc, au lieu de bent, on dit bat.
Prenons le mot amen, c'est la même chose. Amen au masculin devient ament au féminin. Là aussi, la lettre noun tombe, et ça devient émèt. Donc le mot Amen, qui est la source du mot émouna, c'est tout simplement une certification des choses, et non pas une émouna. Quand je dis Amen, ce n'est pas « je crois », ni « j'ai la émouna », je certifie. Par mon être, par mon existence, Amen, Ken Yehi Ratsone, Be émouna chléma, be bi'at HaMachia'h, j'ai émouna en la venue messianique: c'est une fausse traduction. Je suis moi-même vecteur du messianisme. Je certifie conforme le messianisme d'Israël.
Donc le mot émouna vient du mot lehéamine, c'est-à-dire s'entraîner. S'entraîner, c'est étudier. Si je m'entraîne régulièrement à comprendre ce phénomène qui existe en moi, de par ma nature, eh bien je fais grandir ce pouvoir à l'intérieur de moi. Comme un artiste, qui se dit en hébreu, comme par hasard, oman, qui a la même racine que mehamin. Que fait l'artiste ? Il transforme ce qu'il a en lui en une œuvre d'art. C'est donc lui sous une autre forme, c'est la même force sous une autre forme. Et pour cela, il doit s'entraîner sans cesse à sortir de lui, à dessiner, à façonner cette pensée, cette idée, ce ressenti.
Eh bien, c'est la même chose au niveau de la Torah. Je dois vivre l'Éternel, et non pas seulement étudier d'une manière éloignée de mon texte. Je dois devenir moi-même la mitsva que j'applique. Je dois moi-même devenir le texte que j'étudie. Il y a même des prophètes qui mangeaient la prophétie, qui l'avalaient. Pourquoi ? Pour que la prophétie ne soit pas un élément extérieur à moi, pour que je devienne moi-même porteur du message, et non pas seulement ma bouche qui raconte.
Vous parliez de la vraie peur, c'est la peur de la mort. Et ça se traduit aujourd'hui, dans nos sociétés israéliennes ou ailleurs, par la peur de la guerre, la peur des attaques. Et une des qualités qui qualifie, si je puis dire, le Saint béni soit-Il, Dieu, dans l'Amidah, on le dit, c'est celle de la vaillance. Les leaders qui ont formé l'histoire du peuple hébreu à travers les siècles et les millénaires, et encore aujourd'hui, le montrent par le courage, par exemple à l'heure actuelle, celui des soldats d'Israël.
Comment transmettre cette force ? Il faut comprendre que dans la Kabbale, il y a dix sphères, depuis la notion de couronne, Kéter, jusqu'à la dernière des sphères, qui s'appelle la Malkhout. L'une d'entre elles, c'est la Guevoura. Lorsqu'on prend le nom de Dieu, vous savez qu'il y a des points. Donc, à chaque fois que dans la Amidah que vous venez de citer il y a des ponctuations différentes …
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