Torah et modernité : la liberté et la police dans l'État juif
Le Rav Botschko pose la question de la halakha dans un État moderne : police, industrie, espace aérien le Chabbat.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : De la pluralité vers le Chalom - Rav Yoel Ben Haroch, 1 h 09
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Cette dernière intervention. Chers amis, c'est avec plaisir que nous marquons ce soir la fin de la troisième édition du Salon des Francophones en Israël. C'est un privilège pour nous, pour ceux qui sommes là ce soir, de pouvoir dire, au lendemain de Yom Yerouchalaïm, que l'on parle de Torah à Yerouchalaïm.
Cette année a été marquée par l'actualité, et dans cette actualité, par divers incidents entre laïcs et religieux. On a beaucoup parlé d'affrontements intellectuels, et parfois pires. Cela a donné une image de division au sein du peuple juif.
Quand nous avons commencé, il y a trois ans, à lancer l'idée d'un salon, l'idée de départ des organisateurs (Yoram, qui prend des photos, Sarah, qui n'est pas là, et moi-même) était de nous réunir autour d'une idée commune, celle de la tolérance. Nous pensions qu'en tant qu'originaires de France, nous pouvions apporter quelque chose à la société israélienne.
Nous y croyions fermement, nous continuons d'y croire: ce que nous avons vécu dans les communautés d'origine, le fait de vivre ensemble, de pouvoir échanger, dialoguer, de se respecter les uns les autres, c'est quelque chose que nous pouvons apporter, à notre avis, à la société israélienne. Ces deux dernières années, nous avons reçu des intervenants de tous bords politiques et religieux. Il y a eu des débats passionnés sur différentes thématiques. Cette année, pas de débat, mais une offre faite au public francophone de Jérusalem et d'ailleurs, car des gens sont venus de Netanya, à défaut de venir de Jérusalem, ou d'Achdod. Nous avons voulu organiser ce soir, et tout au long de la journée, à Beer Chéva, la possibilité pour le public d'entendre des intervenants d'horizons divers s'exprimer sur le même thème, un thème d'actualité: Torah et modernité. Universitaires, rabbins, auteurs, tous ont accepté de participer à cette journée.
Je les remercie de la confiance qu'ils nous ont accordée, et de l'humilité avec laquelle ils se sont pliés aux règles que nous leur avons imposées: ne parler que trente minutes. Chacun d'eux pouvait animer un séminaire sur le sujet. Mais avant de donner la parole aux intervenants de la soirée, je voudrais remercier toutes les personnes qui ont organisé ce salon et qui ont continué, malgré le peu de monde venu aujourd'hui, à prouver que ce salon est pertinent et permet de réunir, autour de thèmes constructifs, des gens d'horizons divers.
Ce soir, nous recevons le Rav Shaoul David Botschko, dont j'ai eu l'immense privilège d'être l'élève il y a quelques dizaines d'années déjà. Le Rav Botschko, rav de Kochav Yaakov, Rosh Yeshiva Dechal Eliyahu, auteur de nombreux livres en hébreu et en français, dont certains sont en vente à l'étage, ici, à cet étage. Je vous remercie, Rav Shaoul David, d'avoir accepté de venir ce soir, une fois de plus, nous éclairer de vos lumières.
Autour de lui, à ma droite, Eli Kling, directeur de Hemdat Darom. [03:01] Qui connaît bien le Rav Botschko, ce qu'il a étudié et enseigné, à l'échelle de Montréal. On ne le présente plus: c'est le conférencier le plus demandé dans le public francophone. Je le remercie d'être venu du Néguev, du désert, du fin fond du désert pour ce salon.
De plus à droite encore, si je puis dire, Yoël Benharrouche: artiste peintre, mais surtout artiste du langage. Nous sommes heureux aussi de recevoir, pour la deuxième fois, un salon. Merci à vous trois.
Et pour commencer, je voudrais demander au Rav Shaoul David de répondre à la question qui était au centre de cette journée: la Torah est-elle compatible avec la modernité ?
Rav Shaoul David Botschko: Vous gardiez le goût des conférenciers fameux qui sont à mes côtés. Alors j'aimerais, on ne va peut-être pas être court, bref, parler de quatre points liés à la modernité. Le premier, comme ça on a trois minutes pour chacun.
Le premier: la liberté. C'est-à-dire que dans le monde moderne, c'est un monde où les hommes ont, en tout cas en croyance, beaucoup, beaucoup de liberté, beaucoup plus que ce qu'on n'a jamais eu auparavant. Le deuxième point: un changement fondamental dans l'histoire humaine, et savoir comment le judaïsme réagit là, le statut de la femme, de la famille. On pourrait en parler longtemps. Quelques mots, si j'ai le temps, sur les avancées techniques et la halakha. Et un quatrième point: l'histoire d'Israël des cent dernières années. Est-ce qu'elle a été influencée par le judaïsme, ou ses évolutions sont-elles indépendantes du judaïsme, comme si le judaïsme avait été absent ? Où a-t-il accompagné l'histoire, ou bien a-t-il été à la traîne de l'histoire et non à l'avant-garde ?
Alors on va parler du premier point, la liberté. Nous vivons dans une société où les hommes sont libres, c'est-à-dire que, plus ou moins, chacun peut faire sur le plan individuel ce qu'il a envie. La société ne règle que les problèmes entre l'homme et son prochain: essayer d'empêcher des meurtres, n'y arrive pas toujours; essayer d'empêcher des viols, des crimes; essayer de donner des droits économiques aux plus pauvres, etc., etc. Mais sur le plan de la pensée individuelle, chacun peut penser ce qu'il veut, faire ce qu'il veut de lui, de son corps, de ses pensées. Et ceci n'est pas seulement dans le monde juif: c'est dans le monde entier. Nous vivons dans un monde de liberté.
Je parlais avec quelqu'un il y a quelques jours, qui me parlait du divorce. Il y a cinquante ans, me disait-il, un divorce était quelque chose de tout à fait exceptionnel, qui n'existait presque pas. Aujourd'hui c'est quelque chose de tout à fait courant, parce qu'on vit dans un monde libre où il n'y a pas d'autorité, où la société, finalement, n'intervient pas dans la vie des individus.
Cette liberté pose un très gros problème au judaïsme, parce que le judaïsme a beaucoup de lois qui ne se rapportent pas seulement à la vie de la société, certes. Bein adam lé-havéro est très important, peut-être même plus important que bein adam laMakom, mais il y a toute une série de mitsvot, de comportements, de l'homme envers lui-même, de l'homme envers Dieu, qui n'ont rien à voir avec la société.
Est-ce que, dans une société telle qu'elle est, il est encore possible d'être religieux ? Est-ce que le judaïsme ne peut pas être emporté par le vent de liberté qui souffle partout ?
Et la grande surprise, et c'est là la grande force du judaïsme, c'est que, bien que nous soyons dans un monde de liberté, les juifs, pas tous, mais déjà un très grand nombre, et ce nombre va en augmentant, choisissent par eux-mêmes la vie de la Torah. C'est un défi qui a été relevé par notre génération, de façon tout à fait extraordinaire. Quelque part, je crois que notre génération est beaucoup plus religieuse que les générations de la sortie d'Égypte, ou du temps des juges et des rois, qui étaient religieuses lorsque le roi, la nation, la société organisait la religion. Il y a donc ici un défi très fort, très puissant, qui a été relevé par le peuple juif, par le judaïsme.
Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche
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