La techouva précède le monde : la réponse avant la question
Pourquoi la techouva n'est pas seulement un retour après la faute, mais un mouvement qui habite le monde dès l'origine.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : La techouva : retour à l'origine, et non repentir, 55 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Tov, shalom, lekol hamazinim. Bonjour à tous. Nous allons, b'ezrat Hachem, parler aujourd'hui du sujet concernant le mois d'Eloul, qui précède et prépare Roch Hachana, autrement dit la notion de techouva. La techouva est une notion capitale dans la Torah, et il faut comprendre le sens profond de ce terme pour essayer de le faire vivre dans notre vie.
D'abord, dans le sens le plus simple, techouva peut avoir plusieurs significations en hébreu. Première signification: techouva, c'est une réponse. Nous avons une she'ela, qui est la question, et nous avons la techouva, qui est la réponse. Je vais poser une question: est-ce que la réponse vient avant la question, ou bien est-ce que, lorsque je pose une question, j'attends une réponse ? La plupart des gens diront: lorsque je pose une question, je vais chercher la réponse. Mais les sages nous enseignent quelque chose de très important: la réponse existe bien avant la question. À tel point que, s'il n'y avait pas de réponse, il n'y aurait même pas eu de question possible.
Autrement dit, la réponse est comme une lumière qui vient remplir un ustensile, qui est la question. En hébreu, le mot she'ela tire sa racine du mot She'ol, qui veut dire un trou, un abîme, quelque chose de très, très grand, qui doit contenir quelque chose. Lorsque je pose une question, je me crée donc un ustensile, capable de recevoir une réponse, qui va être la lumière ou le liquide venant remplir cette question. Autrement dit, une bonne question prépare un bon ustensile. Et l'ustensile, une fois posé avec ses mesures, va être capable de recevoir une lumière. Mais la lumière existe bien avant l'ustensile que je viens de fabriquer. La nouveauté, c'est que dès que j'ai l'ustensile, je peux révéler la partie de lumière qui lui correspond. Sans la question, je ne pouvais pas atteindre cette lumière, cette réponse.
Vous voyez qu'il y a quelque chose de très intéressant. Les sages nous disent qu'il y a une grande lumière qui nous dépasse, et que, pour recevoir cette lumière qui me dépasse, je dois créer un ustensile qui s'appelle question. Et lorsque ma she'ela est bien formulée, bien préparée, j'ai créé un ustensile qui va me permettre de recevoir la techouva, donc la réponse à ma question. Ça, c'est la première traduction.
Mais il y a une deuxième traduction. Le mot techouva peut aussi tirer sa racine du verbe la'chouv, c'est-à-dire revenir. Revenir à quoi ? Repartir vers quoi ? Là aussi, il faut se poser toutes les questions.
Avant d'entrer dans un domaine un peu plus profond, nous savons que pour le mois d'Eloul, ceux qui ont l'habitude de jouer avec les mots, les Dorchers et Choumot, ont pris les initiales du mot Eloul et ont formé un texte à partir du Chir HaChirim, le Cantique des cantiques: Aleph, Lamed, Vav, Lamed — Ani lé Dodi, vé Dodi li. « Je suis à mon bien-aimé, et mon bien-aimé est à moi. » Bien entendu, nous parlons ici du Saint, béni soit-Il.
Le mois d'Eloul nous demande d'aller chercher quel est mon lien avec mon Bien-Aimé. Puisque ani lé Dodi, puisque j'appartiens à mon Bien-Aimé, il faudrait peut-être que je me pose la question au moins une fois par an, pendant un mois, qui correspond à cette recherche: quel est le lien qui me relie à mon Bien-Aimé ? Et aussi, quel est le lien de mon Bien-Aimé envers moi ? Ani lé Dodi, c'est une partie du travail, du bas vers le haut. Vé Dodi li, « et mon Bien-Aimé est à moi », c'est la deuxième partie du travail: son lien avec moi. Comment suis-je relié à Lui ? Comment est-Il relié à moi ? Le mois d'Eloul est donc une remise en place de toutes les valeurs de notre lien avec notre source.
Tout à l'heure, j'ai dit que les sages nous enseignaient que la réponse existe bien avant la question, ou, avec les termes hébreux, que la techouva précède la she'ela. Dans la Guemara, dans le traité Pessahim, à la page 54, les sages disent: techouva kadma la'olam — la techouva a précédé le monde.
D'après ce que nous avons développé tout à l'heure, le monde équivaut à la question. Et la techouva qui a précédé le monde signifie que la réponse a précédé la question. Pourquoi dis-je que le monde équivaut à la question ? Parce qu'avant la création de ce monde dans lequel nous sommes, et de tout l'univers qui nous entoure, il y avait une existence divine qui remplissait toute l'existence. Il n'y avait pas encore le monde tel que nous le connaissons, il n'y avait pas encore de création. En réalité, il y avait donc une réponse à toutes les questions possibles. Je veux parler de Lui-même: HaKadosh Baroukh Hou, la lumière infinie, béni soit-Il, était bien avant toutes les questions qu'on puisse se poser. Il est la réponse à tout.
On peut dire que, lorsque les sages nous disent que la techouva a précédé le monde, c'est qu'en réalité la réponse, c'est-à-dire le Divin, a précédé toute la création, car c'est Lui la réponse à tout. Et lorsque le monde est créé, c'est comme si Dieu sortait un peu de Sa réponse et créait une question. Je traduis donc: création du monde, création de questions. La réponse a créé une question. La techouva a créé une she'ela.
Et lorsque nous sommes dans un monde qui est une question, au centre se trouve l'homme. Qui, comme par hasard, a pour valeur numérique Adam: 45, la même valeur numérique que Mah, « quoi », une question. L'homme lui-même, en hébreu, est mishéla. Autrement dit, la base même du monde dans lequel nous sommes est une question, qui attend tout simplement la réponse qui la précédait. Donc si l'homme travaille en tant qu'homme, et qu'il se pose les questions — car il est lui-même une question, et pas seulement un poseur de questions — il va être capable de décoder et de recevoir la réponse qui le précède, qui en fait l'a créé. Car, encore une fois, c'est la réponse qui a créé la question. Techouva kadma la'olam.
Est-ce que cela veut dire que nous parlons ici dans un domaine de temps ? Lorsque je dis que la question n'existait pas encore, et que la réponse existait déjà bien avant la création du monde, est-ce que je parle en termes de temps ? Non, puisque le temps n'existe pas avant la création. Je suis donc obligé de ne pas parler au niveau du temps. Lorsque je dis que la réponse existe avant la question, cela ne veut pas dire « avant » au sens temporel. On pourrait traduire ainsi: la réponse est la raison de la question. C'est-à-dire qu'il existe une force, qui est la source même et la raison même de la question qui va être posée.
Je reviens à cette Guemara du traité Pessahim, page 54: la réponse existe avant le monde, la techouva a précédé le monde. Je traduis donc: la techouva égale la raison, parce que nous ne parlons pas …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche
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