Mitzrayim, prison de l'identité et sortie vers soi
L'Égypte comme matrice de toute délivrance : retrouver son identité d'Israël, peuple pensé par Dieu dès l'origine.
Rav Yoël Benharrouche
Ensuite : Tout ce que vous devez savoir sur la Haggada de Pessah (@Rav Oury Cherki en français ), 1 h 15
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Je répète un petit peu ce qu'on a fait, un petit résumé de ce que nous avons déjà vu la fois dernière. Nous parlons donc de la racine, de la source de toutes les délivrances, et l'exil d'Égypte est un modèle de base pour tous les exils, et la sortie d'Égypte est un modèle de base pour toutes les délivrances. C'est clair.
L'Égypte joue ici un rôle de matrice. C'est de là-bas que l'on doit tirer tous les enseignements concernant notre délivrance, et étudier tous les enseignements nécessaires pour savoir ce que représente un exil. Dans la notion d'Égypte, il y a en fait beaucoup de notions qui se cachent. Par exemple, Mitsrayim, dans les lettres hébraïques – vous savez que les lettres sont des codes – on peut écrire Mitsrayim comme metsar, et il reste mi. Metsar, c'est la prison, mi, c'est l'identité. Metsar, mi, c'est Mitsrayim. Mitsrayim est donc une prison de l'identité humaine.
Autrement dit, celui qui se trouve dans un état de Mitsrayim, peu importe s'il n'est pas en Égypte. Vous comprenez que c'est une notion mentale. Ça peut être aujourd'hui. S'il se trouve dans une perte de son identité, dans un oubli de son identité, il se trouve dans un état d'Égypte, et donc il doit s'en sortir. Et le meilleur moment pour sortir, c'est le mois de Nisan. Ce mois était doté d'une capacité de se libérer, et à chaque année revient cette même puissance de se libérer. Il faut donc utiliser l'instant, utiliser cette force cosmique qui circule dans l'univers, pour pouvoir sortir de cette prison de l'identité, c'est-à-dire de cet oubli de qui je suis, pour revenir à qui je suis.
Il y a donc une notion de techouva cachée à l'intérieur de cette sortie d'Égypte. Car la sortie d'Égypte est d'abord et avant tout les retrouvailles avec soi-même, avec son identité, avec ce que je suis comme créé par Dieu au départ. Et qui étais-je au départ ? Qu'est-ce que Dieu a pensé au départ ? Un peuple. Concernant Israël: Israël, alou be-mahchava tila. En tant que nation, ce qu'on appelle la neshama d'Israël, c'est elle qui était dans l'esprit de Dieu. Ce n'est pas par hasard que Dieu, lorsqu'il rencontre le premier homme qui va être porteur de cette neshama, lui indique ce qu'il veut qu'il redevienne.
Et Israël et Goy Gadol: je veux que tu deviennes un peuple. C'est ce que Dieu dit à Abraham. Pas que tu deviennes quelque chose que tu ne connais pas, mais que tu reviennes vers la source que moi j'avais pensée au départ. Et cette source doit passer par des éléments humains: ça commence par toi, Abraham, tu vas engendrer, tu vas avoir des enfants, et tout doucement vous allez retrouver la notion qui a précédé la création. C'est clair ? On repart donc vers ce qui nous a donné la vie.
Dans le judaïsme, il y a une notion qui est apparemment inverse: on va vers le passé. Radech yaménu kekedem. Et en fait, le passé n'est pas seulement un passé, c'est en réalité ce qui était au départ, dans l'idée première. Sof maassé, bemahchava tehila: quand est-ce que mon action est terminée ? Quand est-ce que je sais que j'ai terminé une action ? Lorsque cette action est fidèle à ce qu'il y avait dans la pensée qui a précédé cette action. Dieu a pensé Israël en tant que peuple, et tant que nous ne sommes pas en tant que peuple dans ce monde, c'est comme si Dieu, Hass vé-chalom, n'avait pas encore réalisé ce pourquoi il a fait créer ce peuple. Si vous vous considérez comme des éléments séparés, comme des êtres séparés, que vous n'avez pas compris la notion de peuple, ce n'est pas une réalisation de la volonté de Dieu. C'est clair.
Toute l'essence de la Haggadah de Pessa'h, c'est de faire comprendre à nous-mêmes, à nos enfants, à nos parents, et à tous ceux qui nous voient, qu'en réalité notre but est de retrouver ce que nous avons oublié: l'être premier, l'idée première, qui était dans la pensée divine, le peuple d'Israël. Il n'y a pas de Mitsrayim sans metsar: c'est le pluriel de Mitsrayim, la même racine, on l'utilise comme mi, et il reste metsar. Ce sont les mêmes lettres, je n'ai rien changé. C'est la prison de l'identité. Voilà le secret de ce que nous avons vu.
Maintenant, pourquoi descendre en Égypte pour retrouver ce que nous avons perdu ? C'est ce que nous avons posé comme question. Le Rav Harlap nous a dit que seulement dans un état d'Égypte, c'est-à-dire seulement dans une prison telle que l'Égypte, paradoxalement, on peut retrouver notre identité. Et quelle était la leçon qui se cachait dans ce message du Rav Harlap ? C'est que précisément dans les moments où tu te sens le plus mal, c'est là, en réalité, que tu vas retrouver ton identité perdue. C'est comme si on te plongeait dans un trou noir, dans une nouvelle dimension qui cache en réalité ton origine. Et dans cette dimension, comme tu te sens perdu, ta tendance est de revenir à ce que tu as perdu.
Je vous ai donné l'exemple de la plaie des ténèbres: précisément lorsqu'il faisait très noir, très nuit, c'est là-bas qu'on a trouvé l'or, l'argent et les vêtements pour sortir d'Égypte. Tout ceci est un message: ce n'est pas seulement que nous avons utilisé nos voisins égyptiens, mais que nous avons récupéré les étincelles qui étaient tombées en Égypte. C'est comme si les étincelles divines du premier degré étaient tombées dans les oubliettes de ce monde, et qu'on nous y envoie pour récupérer toutes ces étincelles.
Je vais vous donner un petit exemple. C'est comme si on vous jetait dans une poubelle, mais que dans vos poches il y avait des diamants. Quand vous êtes tombés dans la poubelle, vous avez perdu des diamants. Vous ressortez de la poubelle, et on vous dit: « Alors, tu t'en es bien sorti ? » Vous dites oui, mais vous avez quand même laissé quelques diamants dans cette poubelle. Alors, tant que la poubelle n'a pas été vidée, vous allez repartir, à chaque fois que c'est possible, et retrouver des diamants que vous allez sortir, récupérer de toute cette pourriture. C'est la même chose dans notre vie: parfois nous devons redescendre dans une certaine poubelle – c'est juste imagé – pour aller chercher des diamants que nous avons perdus lorsque nous étions là-bas, à un moment donné de notre vie. Quel ?
N'était rien d'autre que les étincelles du premier homme, que le premier homme a perdues. Toutes ces neshama se sont donc retrouvées en Égypte. Adam Harichon devait repartir en Égypte, mais maintenant sous la forme de toutes les étincelles. C'étaient déjà des hommes, des femmes, des enfants. Ce n'est plus l'homme lui-même, Adam Harichon: c'est tout ce qui est sorti de lui, ce sont les étincelles qu'il a perdues. Tout ceci doit être récupéré pour revenir, en fait, au jardin d'Eden.
Cours de la chaîne YouTube du Rav Yoël Benharrouche
Dans la même série
- 19
Pessah et la notion de temps dans la GueoulaPourquoi Pessah est à la fois dans le temps et hors du temps, et ce que le mois de Nissan a créé. - 20
Pessah - Le degré du 8 - (Machon Meir) - Rav Yoel Ben Haroch - 21
Pessah, la Gueoula qui se fait dans la natureLe double visage de la délivrance : la sortie d'Égypte hors nature, la Gueoula actuelle au cœur de la nature. - 22
SITUATION SPECIAL PESSAH 3 - Rav Yoel Benharrouche - 23
Mitzrayim, prison de l'identité et sortie vers soiL'Égypte comme matrice de toute délivrance : retrouver son identité d'Israël, peuple pensé par Dieu dès l'origine. - 24
Tout ce que vous devez savoir sur la Haggada de Pessah (@Rav Oury Cherki en français ) - 25
Pessah, la bouche qui raconte et libère la parolePourquoi raconter la sortie d'Égypte fait descendre la lumière divine dans le monde. - 26
Pessa'h et la nature du miracle selon le Rav KookPourquoi un miracle qui sort de la nature s'oublie vite, et ce qu'il doit transformer en nous. - 27
Pessah, l'Égypte comme monde circulaire de la têteComment la pensée reste enfermée dans la tête, et ce que signifie la sortie d'Égypte : faire passer ses idées dans la vie. - 28
Pessah, sortir de la prison du qui : la Gueoula intérieurePessah est d'abord une rencontre avec son identité : Mitzrayim, le nombre 50 et le passage du 7 au 8.
Ce cours fait aussi partie de la série « Toutes les vidéos, Rav Yoël Benharrouche ».
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav