Jérusalem, le lieu que la Torah ne nomme pas
Pourquoi la paracha Réé désigne Jérusalem sans jamais la nommer, et ce que cela enseigne sur le lien à la terre.
Rav Élie Kling
Ensuite : Le soldat romain, le Chabbat et la sortie d'Égypte, 6 min
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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
— Huit heures quarante-huit, studiocalita.com. Vous pouvez nous retrouver, bien entendu, sur studiocalita.com, sur notre site internet, et puis, bien entendu, sur la chaîne YouTube de Studiocalita, et aussi, tout au long de la journée, sur les réseaux sociaux. Le vendredi, en fin de cette heure d'actualité, nous parlons d'une autre actualité, l'actualité de la paracha hachavoua, puisque nous avons en ligne avec nous, ce matin,
— On va ouvrir la 23ème promo en octobre. Ça fait quand même une tranche de déjà. 23 ans.
— 23 ans, c'est beaucoup, oui, en effet. On va parler de la paracha hachavoua.
— Alors, quel est le fil conducteur de cette paracha ? Paracha très… on rappelle.
Rav Élie Kling: Bon, depuis qu'on a commencé le livre de Devarim, il ne se passe pas grand-chose, pour dire la vérité. C'est Moché qui fait son grand discours d'adieu, puisqu'à la fin du livre, à la fin du discours, il va mourir lui aussi. Et puis surtout, depuis déjà au moins une paracha et demie, en prévision de ce qui va arriver, c'est-à-dire les craintes de Moché, les Hébreux sont à l'entrée d'Erets Israël, et il y a un certain nombre de choses qu'il faut rappeler, puis un certain nombre de choses qu'il faut commencer déjà à mettre en place pour ce qui va bientôt suivre.
Et notamment, si vous parlez d'un fil conducteur, il me semble que le fil conducteur, c'est Yerouchalaïm. Je n'ai pas complètement vérifié, mais il me semble que c'est seize fois. On parle dans la paracha, qui est quand même une paracha moyenne au niveau de la quantité des versets, mais en fait, seize fois on parle de cet endroit où Dieu va résider.
— Et Jérusalem est citée explicitement dans la paracha ?
Rav Élie Kling: Ah, ben non, non. C'est justement un grand problème. C'est-à-dire qu'on parle de l'endroit, mais on ne dit pas de quel endroit il s'agit. D'ailleurs, dans la Torah en général, il apparaît des centaines de fois ensuite dans le Tanakh, mais dans la Torah elle-même, il y a des allusions, etc. Mais Yerouchalaïm, le mot, il n'apparaît pas, pas plus dans notre paracha que dans les autres.
Et c'est quand même intéressant, puisqu'il s'agit d'un lieu qu'on connaît. D'après nos sages, et pas seulement, il semblerait que c'est un endroit où il s'est déjà passé des choses. Ça, c'est une petite friandise, bien sûr. Mais avant déjà, ça serait l'endroit où Noa'h aurait fait son korban. Ça serait l'endroit où Caïn et Hével auraient apporté leurs offrandes respectives.
— Donc c'est un endroit qui est déjà marqué, qui est déjà connu. Comment se fait-il que le nom ne soit pas… comme si on jouait un petit peu à cache-cache avec… Comme si tout le monde le connaissait et qu'il ne fallait pas le nommer, en fait ?
Rav Élie Kling: Ouais, c'est un peu ça. Il y a deux raisons que j'aime bien. Il y en a sûrement beaucoup plus, mais il y en a deux que j'aime particulièrement. La première, c'est qu'il fallait laisser le flou sur Yerouchalaïm, et nos parents en parlaient vraiment, parce qu'on avait besoin, quand même, d'une certaine période où les gens renforçaient leurs liens avec la région dans laquelle ils habitaient.
Vous savez qu'on était divisé en plusieurs tribus, et donc chaque tribu avait son territoire. Si on avait tout de suite parlé de Jérusalem, si on était arrivé directement à Jérusalem à l'époque de Yéhochoua, et que ça serait devenu la capitale tout de suite, on aurait construit le Temple, etc., il y avait un risque que le lien entre chaque Hébreu et le territoire sur lequel il réside soit moins fort. Le fait de passer quelques années comme ça, dans une sorte de, on va appeler ça une… ça fait en sorte qu'il y avait déjà cet attachement-là. Et ensuite, il n'y a pas eu cette immigration massive des Juifs vers Jérusalem une fois que Jérusalem est devenue Jérusalem, quoi. Ça, c'est une première chose.
Et puis une deuxième chose, qui est peut-être plus profonde encore: c'est le besoin de la rechercher avant de la trouver. Cela crée comme une jeune fille qu'on devrait retrouver avant de se marier, celle qui nous a de tout temps été destinée mais qu'on ne connaît pas, dont le nom nous échappe. On passe donc pas mal de temps à essayer de la retrouver, et une fois qu'on la retrouve, alors là, évidemment, les retrouvailles sont beaucoup plus émouvantes.
Ça, c'est sur Jérusalem. Et c'est un petit peu ce qui nous est arrivé aussi dans l'histoire récente d'Israël: on a quand même perdu la Jérusalem authentique, historique, et on a mis dix-neuf ans à la retrouver, et donc les retrouvailles ont été beaucoup plus émouvantes. Et puis ça nous a permis, pendant les dix-neuf premières années, de créer le pays lui-même en dehors de Jérusalem, sans que Jérusalem ne le mette à l'ombre, si vous voulez.
— Donc on a un peu reproduit le même schéma.
Rav Élie Kling: Ouais.
— Et justement, à propos de reproduction de schéma, je ne sais pas si on a encore quelques minutes.
Rav Élie Kling: On a encore quelques minutes, ouais.
— Alors, justement à propos de reproduction de schéma, il y a un autre élément intéressant dans la paracha.
Rav Élie Kling: Il y a un verset qui… Il y a une sorte de double mitsva concernant la Terre d'Israël. Il y a une mitsva qui s'appelle Yeroucha, c'est-à-dire en prendre possession. Et puis une autre mitsva qui s'appelle Bishav Temba, c'est-à-dire s'y installer.
Et la vérité, c'est que les différents commentateurs, y compris ceux dont la fonction a été de répertorier les 613 mitsvot, font la différence entre la Yeroucha et la yéchiva. La Yeroucha, c'est la conquête d'Israël, la prise de la souveraineté juive en Erets Israël. La yéchiva, c'est le fait de construire le pays, de s'y installer, de construire des villes, de construire des maisons, de cultiver la terre, etc.
Et la grande question est de savoir laquelle des deux est la plus importante, ou en tout cas laquelle des deux précède l'autre, à la fois au niveau historique et à la fois au niveau de l'importance. Les avis sont un petit peu partagés là-dessus. Lorsque Nachmanide, par exemple, dit qu'il y a une mitsva d'habiter en Israël, il parle de la yéchiva, et que c'est, d'après lui, une mitsva qui est là pendant toutes les générations, même lorsque le Juif est en exil: il doit essayer de tout faire pour pouvoir s'installer en Israël, construire sa petite maison là-bas, etc.
Et puis il y a le côté souveraineté, qu'on n'a pas le droit de laisser à quelqu'un d'autre, et là c'est plutôt le côté Yeroucha. Et figurez-vous qu'il y a deux midrachim qui s'opposent un petit peu. Il y a un midrach dans le Sifri qui dit…
Donc après ça, tout est clair pour nous.
— Non, rien n'est clair. Il y a une grande discussion pour savoir ce qui prédomine. Et c'est très intéressant, et je vous emmenais peut-être là-dessus …
Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling
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