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Questions-réponses sur la Shoah : dates, deuil et punition

Pourquoi le 27 janvier, le 27 Nissan et le 10 Tévet, et comment transmettre la mémoire de la Shoah aujourd'hui.

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Ensuite : Yom Hashoah: entretien avec Sylvie Altar, enseignante dans la transmission de la mémoire de la Shoah, 46 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Shalom Etan, bonjour à tous. Première question qui nous vient: c'est toutes ces dates autour de la Shoah. Il y a le 27 janvier, une date choisie par l'ONU, le jour du souvenir de la Shoah. Il y a le 27 Nissan, qui était quand même la Shoah. Et le rabbinat d'Israël a dit: non, ce sera le 10 Tévet, le jour du jeûne à Calais, le jeûne général. Qu'est-ce que vous en pensez ?

Alors tout d'abord, il faut mettre un peu d'ordre dans ces dates. Chacun a essayé de trouver une date qui lui correspondait un peu plus. La date du 27 janvier a été choisie par la France comme simple date symbolique de la libération du camp d'Auschwitz. Pourquoi pas ? On aurait pu parler de la date de libération d'autres camps, mais Auschwitz est le camp dont il y a eu le plus de survivants, le plus de rescapés, et qui a été le plus important. Eh bien, ça fait sens.

Ensuite, on a la date du 27 Nissan. Cette date est un peu une date entre deux. C'est-à-dire qu'elle ne représente rien en tant que telle. Au départ, on avait proposé la date du soulèvement du ghetto de Varsovie, la révolte du ghetto de Varsovie. Cette révolte a eu lieu le 19 avril 1943, mais c'était surtout la veille de Pessa'h. L'État d'Israël s'est dit qu'il allait être compliqué de faire une cérémonie nationale de recueillement sur la Shoah la veille de Pessa'h, que ça allait très certainement être trop problématique. Et deux semaines plus tard, c'était déjà Yom HaZikaron, puis Yom HaAtzmaout. Alors on s'est dit: on va faire entre les deux.

Et donc c'est tombé comme ça, six jours après Pessa'h, une semaine avant Yom HaAtzmaout, le 27 Nissan. Ça a évidemment amené un tollé général dans le monde religieux et rabbinique. Pourquoi ? Parce que dans le mois de Nissan, on a l'habitude de ne pas avoir de moments de deuil, parce que nous sommes dans le mois de la Gueoula, le mois de Pessa'h. C'est quelque chose qui a été mal vécu. Ceci étant dit, je préfère le dire tout de suite, maintenant que c'est là: on ne sort pas du tsibour, et il est évident que le 27 Nissan est pour nous tous le jour du recueillement pour la Shoah, qu'on soit en Nissan ou pas.

Et puis il y a le jour du Tévet. Le jour du Tévet n'a pas attendu l'État d'Israël pour être un jour de recueillement. C'était déjà un jour de jeûne décrété depuis les prophètes, mais c'est surtout un jour de recueillement, qui s'appelle le Kaddish Clali, mis en place avant même la création de l'État d'Israël. Toute personne qui ne sait pas quand son proche est décédé dira le Kaddish et fera tous les minhaguim de deuil ce jour-là. Cela a également été mis en avant. Pour la Shoah, il y a énormément de gens qui ont perdu des proches et qui ne savent pas quand. Eh bien, c'est le jour du Tévet, le jour du Kaddish Clali. C'est un jour fondamentalement important.

Si on avait le temps de rentrer dans les explications, on verrait que c'est un jeûne parmi les jeûnes du judaïsme, qui est certes le plus court de l'année, le plus facile à réaliser, mais un des plus importants, à tel point que, d'après le Talmud, le livre d'Ézéchiel, s'il tombait Chabbat, on jeûnerait pendant Chabbat. Il a la même puissance, si on veut, que le jour de Kippour. C'est vraiment un jour très, très important.

Et puis il y a un quatrième jour de recueillement pour la Shoah, puisque c'est également le jour de Ticha BeAv, le 9 Av, qui est un jour national de recueillement. Il faut savoir qu'après la Shoah, des rabbins ont écrit des textes de lamentation spécifiquement pour la Shoah, qu'on lit dans les synagogues. Donc on rappelle également la Shoah à Ticha BeAv.

Alors, justement, il n'y a aucun sens spirituel au 27 Nissan et au 27 janvier ?

Alors non, aucun sens spirituel au 27 janvier. Comme on a dit, c'est la libération du camp d'Auschwitz. En soi, c'est quelque chose de très important. Mais il faut bien se rendre compte que le 27 janvier, l'histoire d'Auschwitz est déjà terminée. Ma grand-mère, qui était à Auschwitz, le 27 janvier, n'y était déjà plus. C'est au début janvier qu'elle a fait les marches de la mort, qu'elle a quitté le camp d'Auschwitz pour être amenée dans un autre camp de transit en Allemagne. Et de là, elle a été libérée beaucoup plus tard par les Américains.

Si vous voulez, le 27 janvier est une date symbolique, mais absolument pas spirituelle. Pour ce qui est du 27 Nissan, comme on l'a expliqué, c'est une date tout à fait technique. Donc non, pas spirituelle. Ceci étant, ceux qui ont mis en place la date du 27 janvier ne l'ont certes pas fait pour des raisons spirituelles. Mais la main d'Akadosh Baroukh Hou, la main de Dieu, est présente partout. Et donc, finalement, pas du vin. La date du 27 Nissan, bien qu'au départ elle n'ait pas été fixée pour des raisons spirituelles, mais pour des raisons purement techniques, qu'est-ce que vous voulez que je vous dise ? La main de Dieu est présente partout.

Et donc il y a, oui, quelque chose de très profond dans le fait, pas tant dans le 27 Nissan que dans le fait que nous commémorions Yom HaShoah dans la deuxième semaine du décompte du Omer. Pourquoi ? Parce que nos sages de la Kabbale nous ont enseigné que chaque semaine qui sépare Pessa'h de Chavouot fait référence à une dimension spirituelle, qu'on appelle les séfirot. Si la première semaine faisait référence à la bonté, c'est la semaine de Pessa'h, où Dieu nous a sortis d'Égypte par Sa bonté, la deuxième semaine fait référence à la Guevourah, la vaillance du peuple juif, qui s'est révélée également dans Yom HaShoah, la Guevourah, le 27 Nissan, la deuxième semaine.

Alors, question un peu brute: où était Dieu pendant la Shoah ? Eh bien non, parce qu'en fait, ma question, c'est ça, la question. Parce que quand tu me dis « où était Dieu », la réponse est la même: pendant la Shoah, hier matin, demain. Si on admet la réalité du Créateur, telle qu'elle est admise dans le judaïsme, Dieu est présent partout.

Lorsque j'ai passé mon entretien pour pouvoir être guide en Pologne et commencer à apprendre, on m'a posé cette question. Et j'ai répondu qu'il y avait trois styles de réponses. Il y avait les réponses du style du philosophe Martin Buber, qui avait dit: « Dieu est parti en vacances, il n'était pas là. C'est la barbarie humaine, mais Dieu n'était pas là. » C'est dire qu'en fait, il n'y a pas de problème en disant qu'il n'y a pas de question. Non: Dieu, si on admet l'existence du Créateur, il est là.

Et puis il y avait le style de réponse du professeur Yeshayahou Leibowitz, qui disait: de toute façon, il ne faut pas se poser …

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