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Le cinquième fils et la question de la Gueoula

Le moqueur qui rejette toute valeur, et la tension entre la première et la dernière délivrance dans la soirée du Seder.

46 min

Rav Oury Cherki

Ensuite : Rav Oury Cherki : la délivrance selon la tradition, 44 min

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Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Bon, shalom tout le monde, bonjour, quel plaisir de vous rencontrer. Nous allons donc entamer ce séminaire sur Pessah. Le sujet qui va nous préoccuper aujourd'hui, c'est le cinquième fils. De quoi s'agit-il ? Pour bien situer notre sujet, je pense qu'il est important de comprendre ce qui est central dans la soirée du Seder. Dans la soirée du Seder, ce qui est central, c'est un organe particulier: la bouche.

Par exemple, à Rosh Hachana, ce qui est central, c'est l'oreille, puisqu'il faut entendre le chofar. À Hanouka, les yeux, puisqu'il faut voir les lumières de Hanouka. On peut dire qu'à la limite, chaque fête du calendrier juif a son organe particulier. Ce qui est particulier à la soirée du Seder, c'est la bouche, dans les deux sens, c'est-à-dire de l'intérieur vers l'extérieur et de l'extérieur vers l'intérieur.

De l'intérieur vers l'extérieur, nous avons des commandements: d'abord de raconter l'Agada, le récit de la sortie d'Égypte, le Maguid. Nous avons également le Hallel, et accessoirement le Birkat Hamazon. De l'extérieur vers l'intérieur, nous avons des mitsvot qui consistent à introduire par la bouche: il s'agit de manger le sacrifice de Pessah, la matsa, le maror. Le karpas, c'est aussi de la nourriture, et il y a à boire les quatre coupes. On peut donc dire qu'on est très occupé au travail buccal pendant cette soirée.

Et là, nous allons parler de l'élément de la parole, c'est-à-dire le fait de parler. Ce qui est intéressant, c'est d'abord de voir dans quelle langue c'est dit. On parle dans une langue assez intéressante, l'hébreu, mais ça commence par l'araméen.

Vous connaissez tous le premier passage du Maguid, c'était Ha lahma anya... Très rapidement après, on passe au... Non, ça, c'est le Kol ha-mira, mon cher ami. Ça n'a rien à voir. Donc ça ne servait à rien de l'amener, mais enfin, ce n'est pas grave, ça arrive à tout le monde, personne n'est parfait.

Par la suite, on passe au Manichtana. Manichtana, c'est en hébreu. Et après, Avadim hayinu, et tout le reste: tout est en hébreu. Et puis, à la fin du Seder, au moment de Ehad mi yodéa, apparaissent brusquement quelques mots en araméen. Mais le poème, dans son ensemble, est en hébreu.

Et après, on passe au Had Gadya, entièrement en araméen. C'est-à-dire qu'il y a un point de départ araméen, le milieu est en hébreu, mais vers la fin, on revient à l'araméen. Qu'est-ce que c'est que l'araméen ? L'araméen, c'est la langue parlée dans l'exil. En effet, nos ancêtres venaient d'un contexte araméen. Abraham est appelé Avram, c'est-à-dire le père d'Aram, avant de devenir Abraham.

On peut dire que l'araméen, c'est la tentation cosmopolite d'Israël, c'est-à-dire qu'on a toujours une tendance à parler une autre langue que la sienne. On pourrait presque dire que le subconscient collectif du peuple d'Israël parle l'araméen, ce qui fait que, quand on veut comprendre un mot en hébreu, il faut comprendre également quelle est sa connotation araméenne. Très rapidement, le mot bara, par exemple, qui en hébreu veut dire créer, en araméen veut dire mettre à l'extérieur. Et c'est comme si, quand on parle de création, c'était mettre à l'extérieur. Ce qui correspond d'ailleurs un peu au français « exister », c'est-à-dire être en dehors.

Et donc, la langue que parlent les Sages entre eux, les Talmidé Hakhamim, quand ils s'envoient des lettres, quand ils discutent entre eux, ils parlent en araméen. D'ailleurs, le Talmud est en araméen, le Zohar aussi.

Et donc, sortir de l'exil, c'est sortir de l'araméen vers l'hébreu. On le voit très bien lorsque Lavan poursuit son gendre Yaakov et qu'il s'arrête aux frontières d'Erets Israël, et que là se conclut un pacte entre les deux. Eh bien, Lavan nomme l'endroit où ça se passe: il l'appelle Yegar Sahadouta, ce qui veut dire en araméen l'amoncellement en témoignage. Et Yaakov donne également un nom à cet endroit: il l'appelle Gal'ed, ce qui veut dire en hébreu amoncellement en témoignage. Donc, en fait, ils disent la même chose.

Ça veut dire que passer de la Galout à la Gueoula, c'est passer de l'araméen à l'hébreu, et c'est exactement ça qui se passe lors du Seder. On commence donc par Ha lahma anya, c'est de l'araméen, mais déjà apparaissent deux mots en hébreu, l'shana haba'a. Mais après, on dit Bé'ara dé Israël, on revient à l'araméen. Mais il y a un effort de sortir de l'écorce araméenne pour passer à l'hébreu. Seulement, n'oubliez pas que la Haggada a été écrite pendant le temps de l'exil. Or, pendant le temps de l'exil, à la fin du Seder, on revient à l'exil, donc on parle en araméen. Ce qui veut peut-être dire qu'il faudrait supprimer le Had Gadya ou le traduire en hébreu, mais nous aimons tellement les nostalgies.

Il y a également une importance à accorder à la fin du discours. Or, ce qu'on pourrait attendre de la part de quelqu'un qui a quelque chose à dire, c'est qu'il le dise. Si vous êtes l'organisateur du Seder et que vous avez quelque chose à transmettre à vos enfants, vous n'avez qu'à le dire: nous sommes sortis d'Égypte, il s'est passé comme ça, Dieu nous a sortis d'Égypte, et tout le reste.

Et brusquement, nous découvrons que la Haggada n'accepte pas ce schéma. La Haggada exige qu'il y ait des questions et des réponses. C'est-à-dire que, selon l'enseignement de la Torah, on ne peut transmettre quelque chose qu'en répondant à une interrogation. Et l'interrogation n'est pas la même pour chacun. Donc, il faut d'abord savoir quelle est la question qui est posée pour savoir quoi y répondre. Si c'est le fils sage qui pose une question, sa réponse est d'un certain type. Si c'est le fils méchant qui pose, ce sera une autre réponse, etc.

Et la Torah nous parle de quatre fils. C'est de quatre fils dont parle la Torah. Et il y a là-bas un fils assez surprenant: c'est celui qui ne s'est pas posé de question. On pourrait se dire que, du point de vue d'un éducateur religieux moyen, ce fils qui ne pose pas de questions, c'est le fils idéal, c'est l'élève ultime. Il ne pose jamais de questions, c'est moi qui vais lui dire ce qu'il doit penser. C'est un très bon élève, il recevra la meilleure note.

Or, pour l'auteur de la Haggada, le fait que l'enfant ne pose pas de questions est un problème. Il faut régler ce problème: l'amener à poser des questions. Autrement dit, nous avons plusieurs choses à apprendre. Tout d'abord, la légitimité de la question. Souvent, on se dit, chez les mauvais éducateurs, les éducateurs médiocres, que le fait de poser des questions est un problème, parce que ça remet en question justement.

Eh bien, justement, ce n'est pas ça que la Torah demande. La Torah veut parler de… Ah, c'est très, très bien, merci d'avoir amené le texte, génial, maintenant. La Torah exige de considérer la personne à laquelle la question est adressée, à laquelle l'enseignement est adressé. Si la Torah est une parole, la parole implique un dialogue; sinon, ce n'est pas une parole. Il faut savoir quelle …

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