Orot veKelimאורות וכלים
Se connecter

La mer Rouge, le miracle de trop ?

Pourquoi le judaïsme se méfie des miracles, et ce que le désert et l'Égypte révèlent dans le récit de la sortie.

1 h 03

Rav Élie Kling

Ensuite : Yitro qui repart : la patrie et le peuple juif, 8 min

Début du cours (texte)

Lire le début du cours

Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.

Tous les cours sont enregistrés et vous pourrez les retrouver sur notre chaîne YouTube et également sur notre groupe WhatsApp. On continue, et ce cours du Rav Kling est dédié à Jocelyne Zeira Grenatia. Bonne étude à nous tous.

Il n'y a pas de pause ? Non, les gens font la pause café tout seuls. C'est dingue, ça !

Ok, alors a priori on va parler de la même chose. J'espère qu'on va parler un petit peu différemment. La vérité, je n'ai pas écouté tout le cours du Rav Eitan. Je suis rentré un petit peu au milieu pour voir, au niveau technique, comment ça marchait, et c'est là que je me suis rendu compte qu'on parlait en effet de choses assez semblables. J'espère que ça ne va pas être pareil, qu'au contraire on va même dire des choses contradictoires et différentes, parce que c'est comme ça qu'on fait avancer les choses.

Mais le thème, c'est le thème de la mer Rouge. En effet, septième jour de Pessah, c'est donc l'anniversaire du passage de la mer Rouge, et ça nous oblige à réfléchir un petit peu dessus et à comprendre de quoi il s'agit. La mer Rouge est considérée, vous le savez, comme le miracle le plus spectaculaire, pas seulement de la sortie d'Égypte.

Le miracle le plus spectaculaire, bichlal. Si vous demandez à quelqu'un qui a un petit peu de notions de Bible, dites-moi quel est le miracle le plus spectaculaire, je suis sûr qu'on est dans le top 5, et il y a le passage de la mer Rouge. Parce que, évidemment, c'est très spectaculaire: non seulement la mer se soit ouverte, mais qu'elle se soit refermée juste au bon moment, etc. Et moi, la vérité, cette affaire de miracle spectaculaire me pose problème. Pas que je ne crois pas au miracle, hein. J'y crois, j'y crois, c'est sûr, j'y crois.

Mais voilà. Je ne sais pas si vous savez, mais dans le judaïsme, en tout cas, le miracle, on n'en est pas très friands. Je sais, on n'a pas toujours cette impression, parce que quand on ouvre la Torah, on a l'impression qu'on ne parle que de miracles. Mais non, on ne parle pas que de miracles. Pas du tout.

Si vous prenez le livre de Béréchit, il n'y a pratiquement pas de miracle, du tout. Dans les midrashim, oui, dans les midrashim, oui, mais dans le texte lui-même, non, non, non, non, non. Les miracles commencent réellement avec la sortie d'Égypte, justement, et s'arrêtent aussi avec la sortie d'Égypte, pratiquement. Après, quand on rentre en Erets Israël, ce sont des combats.

Je sais bien qu'au début, avec la prise de Yericho, c'est encore miraculeux, mais comme le texte lui-même le dit, c'est pour passer de manière souple, vous voyez, de l'époque miraculeuse de l'Égypte à l'époque beaucoup moins miraculeuse, en tout cas pas de manière spectaculaire, qui est l'époque de la conquête du pays. Mais ce que je voulais vous dire par là, c'est que le côté miraculeux n'est pas vraiment développé chez nous, à part cette parenthèse extraordinaire, bien sûr, de la sortie d'Égypte. Mais justement…

C'est ça qui fait qu'elle est extraordinaire: ce qui se passe là-bas ne se passe pas en général. Et il y a une raison à ça. Il y a une raison à ça. Ce n'est pas pour rien que le judaïsme n'a pas de volonté de multiplier à envie les miracles. C'est parce que, puisque c'est Dieu qui a créé le monde, et que c'est lui qui a mis en place les règles de la nature, eh bien, quand on y réfléchit, chaque fois qu'il y a un miracle, c'est un petit peu comme si Dieu disait: « J'avais pas pensé à ça, vous voyez. » C'est très embêtant, en fait.

En fait, le miracle pose problème. Non seulement le miracle n'est pas perçu comme quelque chose qui renforce l'émouna, mais d'une certaine manière, le miracle met en cause la toute-puissance divine. Je ne sais pas si je me fais bien comprendre. Puisque Dieu a créé la nature et les lois de la nature, lorsqu'il est tenu de les changer, c'est comme s'il se disait: la nature que j'ai mise en place n'est pas suffisamment sophistiquée pour répondre aux problèmes auxquels je suis maintenant confronté, auxquels le peuple d'Israël est confronté, auxquels l'humanité est confrontée. Et donc on va faire un miracle. Faire un miracle, ça veut dire changer les lois de la nature. Oui, mais les lois de la nature, qui les a mises ? C'est moi ! Donc, en fait, chaque miracle est une sorte de désaveu vis-à-vis de Dieu. C'est problématique, les miracles.

Alors ce n'est pas qu'on n'y croit pas, ce n'est pas qu'il n'y en ait pas, mais on n'aime pas trop en parler, vous voyez. On n'a pas cette tendance à vouloir les multiplier pour pouvoir prouver quelque chose. D'ailleurs, si vous regardez ce que dit Maïmonide, Maïmonide qui est certainement le plus rationaliste, si vous voulez, de nos penseurs, eh bien lui dit que lorsqu'il y a un miracle, ça veut dire que le miracle avait déjà été programmé pendant les six jours de la création.

Et que, finalement, ce qui s'est passé, c'est que juste avant que Dieu n'achève la création du monde, il a placé déjà une sorte de germe de miracle, qui fait partie des lois de la nature si vous voulez, et qui sortira au fur et à mesure qu'on en aura besoin. Mais il ne les crée pas au fur et à mesure de la demande. Le Rambam se base là-dessus sur un midrash que vous connaissez sûrement. C'est le midrash qui dit que, le sixième jour, après la création du monde, juste avant la fin, juste avant le Chabbat, il a créé un certain nombre de choses. Il y a une liste là-bas, dans la Michna, de ce que Dieu a créé à ce moment-là. Par exemple, la bouche de l'ânesse de Bilam qui s'est mise à parler, ou le puits de Myriam, etc.

Comme si le midrash voulait dire: ça me dérange un petit peu que tu me dises qu'au moment historique où le besoin s'est fait sentir, tout d'un coup, il y a eu un miracle. Comme si c'était quelque chose qui portait un petit peu atteinte à la prescience divine, à la toute-puissance divine. Finalement, la nature, les lois de la nature, ce sont les lois divines. Changer les lois de la nature, ça veut dire changer les lois que le Créateur lui-même a placées. Et ça pose un problème théologique, vous voyez ? Pourquoi je fais cette longue introduction sur le miracle ?

D'ailleurs, en passant, il y a des Tannaïm et des Tsadikim qui sont considérés comme des rabbins miraculeux. Dans la Michna, on parle en particulier de certains d'entre eux. Ils ne sont pas très nombreux, mais on les connaît. Par exemple, il y en a un qui s'appelle Rabbi Hanina ben Dossa. Vous voyez, Hanina ben Dossa, c'est lui qui, quand sa fille voulait allumer les bougies de Chabbat et qu'elle a pris du vinaigre au lieu de l'huile, a dit: « Ce …

Cours de la chaîne YouTube du Rav Élie Kling

Dans la même série

Les grandes parachiot de l'Exode, de la naissance de Moché au Michkan.

  1. 3
    Moché entre l'Égypte et Midian, la quête d'identité
    Rachi sur l'argument « Mi anokhi » : Moché quitte l'Égypte comme un apatride, sans peuple auquel se rattacher.
    1 h 21
  2. 4
    La crise identitaire de Moché face à sa mission
    Rachi sur la question de Moché « qu'ont-ils gagné à sortir d'Égypte » et ce que la réponse révèle sur son identité.
    47 min
  3. 5
    Les trois signes de Moché et les trois arguments du Chir HaChirim
    Une lecture inédite : les trois signes donnés à Moché répondent à trois arguments du peuple, repris du Midrach.
    1 h 01
  4. 6
    La mer Rouge, un miracle pour délivrer les Hébreux de l'esclavage
    Pourquoi Hachem provoque Pharaon, et comment la mer ouverte libère les Hébreux de leur peur de l'Égypte.
    7 min
  5. 7
    La mer Rouge, le miracle de trop ?
    Pourquoi le judaïsme se méfie des miracles, et ce que le désert et l'Égypte révèlent dans le récit de la sortie.
    En cours de lecture
  6. 8
    Yitro qui repart : la patrie et le peuple juif
    Pourquoi Yitro refuse de suivre Moshé vers Erets Israël, et ce que son refus dit du rapport entre Torah, nation et pays.
    8 min
  7. 9
    Les dix paroles : la lecture horizontale
    Comment le respect des parents et le Chabbat éclairent les dix paroles, et pourquoi la date du don de la Torah reste incertaine.
    1 h 06
  8. 10
    Michpatim et l'abolition de l'esclavage dans la Torah
    Pourquoi la première paracha juridique commence par l'esclavage, et comment elle en limite la durée.
    6 min
  9. 11
    Pourquoi Moché est absent de la paracha Tetsavé
    Trois explications classiques de l'absence de Moché dans Tetsavé, et ce que dit le Talmud de Roch Hachana sur sa présence voilée.
    1 h 11
  10. 12
    Tetsavé : kohen et navi, deux directions d'Israël
    Pourquoi Moïse disparaît de la paracha et comment la stabilité sacerdotale et l'innovation prophétique se complètent.
    6 min

— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?

Une question sur ce cours ?

La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.

Commentaires et questions au Rav