Dieu, âme du monde : immanence et transcendance chez le Rav Kook
Le Rav Kook oppose le Dieu lointain des philosophes au Dieu vivifiant qui anime le monde et Israël.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Individu et collectivité chez le Rav Kook, 56 min
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J'ai entendu dans les dernières minutes que vous discutiez de savoir s'il y avait un rapport entre le Rav Chalfon Akoen et le Rav Kook, c'est ça ? Est-ce qu'il y a une rencontre ? Je vais vous raconter une petite histoire à ce propos. Le Rav Chalfon Akoen, dans un de ses écrits, pose la question de savoir qui nous prouve que c'est nous, les sionistes, qui avons raison. Il répond: il y a une tradition selon laquelle, quand on fait une prière et qu'on est exaucé immédiatement à la fin de la prière, c'est une intervention divine.
Or, il raconte la chose suivante. En 1922, je crois, il y avait à Jérusalem, et dans tout l'Erets Israël, des pogroms, des attaques des Arabes qui avaient commencé. Le Rav Kook a fait une prière publique à la Hourva, à Jérusalem, dans la grande synagogue de la Hourva, pour que cessent toutes ces exactions et que la Gueoula arrive.
Or, juste à la fin de la prière du Rav Kook, Ussishkin est venu annoncer au Rav Kook qu'à San Remo, la Société des Nations avait accepté de donner le mandat aux Britanniques pour fonder un foyer national juif en Erets Israël. Donc sa prière a été exaucée immédiatement. Pour le Rav Chalfon Akoen, qui raconte cette histoire, c'est la preuve que Dieu est avec nous.
Voilà, cela veut dire que le Rav Chalfon Akoen a entendu parler du Rav Kook à tel point qu'il considérait sa prière comme étant importante dans le ciel. Voilà, ça, c'est une première histoire. Je mets un peu plus de lumière.
Et nous allons donc continuer maintenant notre étude d'Orot. Aujourd'hui, c'est un bon commencement puisque nous allons commencer Orot Atria, le troisième recueil qui se trouve dans Orot. Le premier est Orot Meofel, le deuxième, non, le premier est Erets Israël et Amil Hama, après vous avez Yisrael Outriato, et maintenant nous passons à Orot Atria.
Le recueil Orot Atria est différent du recueil Yisrael Outriato. Si vous voulez, dans Yisrael Outriato, c'est plutôt visionnaire: le Rav Kook parle d'en haut. Alors que dans Orot Atria, il y a une analyse plutôt dans le sens du rationnel. Attendez, je dois faire taire là-bas.
Dans Yisrael Outriato, c'est plutôt visionnaire, une sorte d'illumination du Roua'h Hakodesh qui fait parler le Rav Kook. Dans Orot Atria, il y a une analyse plutôt rationnelle. C'est-à-dire que c'est plutôt un recueil de philosophie juive, si on peut s'exprimer ainsi. Ce n'est pas dénué du tout du souffle qui animait le Rav Kook, mais les choses sont présentées de manière plus intelligible pour une conscience philosophique.
Voilà, nous allons passer au premier chapitre de Orot Atria, le miracle qui s'est apparu sur l'écran. Vous connaissez certainement les expressions kabbalistiques Hokhma et Bina, la sagesse et l'entendement.
Si Yisrael Outriato correspond à la Hokhma, la sagesse, Orot Atria correspond à la Bina, l'entendement. Et effectivement, vous avez ici, ou le discernement, si vous voulez, ça commence par Havina. Il y a un terme très proche en hébreu, c'est le mot Tevouna, qui veut dire la raison. Bina signifie, disons, la raison dans son ensemble.
Le mot Bina, je dois m'arrêter un peu là-dessus: c'est le féminin du mot bein, qui veut dire « entre », « entre deux choses ». La capacité de faire des distinctions entre deux choses, c'est ça, la Bina. Et il y a différentes appréhensions de tout sujet, entre autres l'appréhension du divin.
Alors là, nous allons lire: Havina yoter shlema oumetouka, « l'entendement le plus parfait et le plus doux des Holix de la connaissance de la divinité », c'est de reconnaître la relation divine envers le monde en général et envers chacun de ses éléments, qu'ils soient matériels ou spirituels, comme la relation qu'entretient l'âme. C'est quoi, l'âme ? C'est l'aspect spirituel qui vivifie, qui remplit de lumière, d'être et de florissement, et qui souffle envers le corps, envers ce qui nécessite de la vie, de la lumière et du florissement.
Voilà, vous avez donc très bien compris. Je vais simplement essayer de résumer un peu ce que nous avons vu. Pour le Rav Kook, il y a en fait deux manières d'appréhender la divinité. Il y a une première, celle que l'on trouve par exemple chez les philosophes: Dieu étant l'être absolu, à la limite, en tant qu'être absolu, il est loin de l'homme. Et on peut dire que l'appréhension du divin, dans cette idée qui est vraie sur le plan philosophique, crée une certaine frustration. C'est-à-dire que Dieu est inapprochable. Et dans la mesure où il est approchable, de toute manière, je suis beaucoup moins que lui.
Tandis qu'on peut considérer également Dieu comme étant l'âme du monde. Alors, le monde serait le corps, et Dieu serait l'âme du monde, qui vivifie le monde. En fait, c'est la différence entre les deux notions, soit de transcendance, soit d'immanence.
Alors, nous dit le Rav Kook, l'immanence est plus agréable, elle est plus réjouissante que la transcendance. La transcendance nous éloigne du divin, crée une certaine indifférence, on pourrait dire un antagonisme envers le divin. Par contre, quand vous parlez d'immanence, Dieu se manifeste dans la vie, et cela nous réjouit.
Alors, maintenant que vous avez bien compris tout ça, nous allons pouvoir reprendre la phrase depuis le début. L'entendement le plus parfait et le plus agréable de la connaissance de Dieu, c'est de reconnaître la relation divine envers le monde dans son ensemble, et envers chacun de ces éléments, qu'ils soient matériels ou spirituels. C'est-à-dire quelle est la relation que Dieu entretient avec le monde en général, en détail, matériel et spirituel. C'est comme la relation qu'entretient l'âme envers le corps, comme la relation qui est entretenue par l'âme. Et ici, l'âme, le Rav Kook explique de quoi il s'agit: cet aspect spirituel qui vivifie et qui remplit de lumière, d'existence et de florissement. Elle remplit quoi, l'âme ? Elle souffle envers le corps, le corps qui est.
Donc si vous voulez considérer Dieu comme étant l'âme du monde, c'est en soi plus agréable. Il y a une sorte d'adéquation entre la conscience et la divinité.
Il y a peut-être ici une allusion négative envers la philosophie de Kierkegaard. Kierkegaard considère que la relation envers l'infini, c'est ce qui ébranle la personne dans la crainte et le tremblement, expression kierkegaardienne. Pour le Rav Kook, cette relation de Za'azoua, d'ébranlement, est une relation négative.
Il y a à ce propos un texte intéressant dans le Sifra, commentaire tannaïtique du livre du Vayikra, à propos de la promesse qui est faite par Dieu dans la paracha de Béhoukotaï, dans laquelle Il dit: « Si vous suivez mes commandements, alors je cheminerai parmi vous, je cheminerai parmi vous, je serai pour vous un Dieu, vous serez pour moi un peuple. » Alors, ça veut dire quoi, « je cheminerai parmi vous » ?
Le Midrash explique: « Je me promènerai avec vous dans le jardin d'Eden, et vous ne serez pas ébranlés par moi. » C'est-à-dire …
Cours de la chaîne YouTube d'Orot veKelim
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