Le mariage dans le judaïsme : les notions de base
Des origines du mariage à la cérémonie des kiddouchin, de la bague au bris du verre, et le sens de l'engagement.
Rav Oury Cherki
Ensuite : Hanouka, le Hallel et la victoire sur la Torah-sagesse, 54 min
Début du cours (texte)
Lire le début du cours
Début du cours, mis en texte automatiquement d'après l'enregistrement : des erreurs sont possibles, surtout sur les mots hébreux.
Bonjour à tous, téléspectateurs du Machon Meir, heureux de vous retrouver pour une nouvelle émission diffusée depuis Jérusalem. Nous sommes en présence de Rav Oury Cherki. Shalom.
— Shalom. Shalom Bokertov, Rav.
Aujourd'hui, on va parler de l'engagement et plus particulièrement du mariage. Vu la grandeur du sujet, on se contentera, avec le temps qui nous est imparti, de parler de quelques points et de donner quelques éléments de réponse. D'abord, en allant à la source de cet acte si déterminant dans une vie.
— D'où vient cette institution, Rav Oury Cherki ?
L'institution du mariage a évolué, comme vous le savez. Au début, c'était simplement le consentement d'un homme et d'une femme à passer leur vie ensemble. Cela se faisait par simple consentement, et c'est une fois le mariage consommé, c'est-à-dire quand il y a eu rapport conjugal, que le mariage était effectif. Cela, c'est avant que la Torah soit donnée.
La Torah a institué, nous dit Maïmonide, une cérémonie particulière dans laquelle il y a une sanctification de cette union. Elle détermine le fait que l'homme et la femme ne sont pas simplement un animal et une animale, mais une entité morale. Et cette entité morale fonde sa relation également sur l'engagement mutuel.
— Dès la création apparaît donc cette notion de dualité: Zakhar ounekeva, mâle et femelle, et puis ish ve icha, homme et femme. Dans les premiers versets de Bereshit, d'ailleurs, au verset 28, il est clairement dit: Dieu les bénit, l'homme et la femme, et leur dit: Pérou, Ourvou, Oumilou et Tarvetz, croissez, multipliez et remplissez la terre. On se pose alors la question, Rav Cherki: la finalité du couple marié ne serait-elle que la procréation, que d'avoir des enfants ?
— Vous avez mal cité le texte, donc cela peut créer cette confusion. En effet, la bénédiction de croître et multiplier n'est pas donnée à l'homme et à la femme, mais au mâle et à la femelle. C'est-à-dire qu'il y a dans l'identité humaine, en fait, trois niveaux de relations possibles. Il y a d'abord la relation zakhar ounekeva, mâle et femelle, qui est commune à l'homme et à l'animal. De ce point de vue, on peut dire que la relation mâle-femelle a pour but uniquement la procréation. Elle est légitime, mais elle est minimale. Ensuite, vous avez une deuxième relation, de type intellectuel: ish-ichah.
C'est-à-dire que l'homme prend conscience du fait qu'il est subdivisé en deux identités. Cela s'appelle ish-ichah, mais cela ne porte pas encore de nom, et c'est ce qui entraîne le péché. Si vous entrez dans une maison et que quelqu'un dit « Femme, fais-moi un café », vous vous dites que quelque chose ne va pas. Après la faute, la réparation se fait lorsqu'un nom est donné à la femme, et là, les deux s'appellent Adam et Ève, ils ont des noms propres. La relation de personne à personne, c'est cela, la profondeur de l'institution du mariage.
— Vous disiez qu'à partir du moment où la Torah a été donnée, le mariage a été institué. Pourquoi, dans les dix commandements, n'est-il pas mentionné la mitsva de se marier ?
Tout simplement parce que les dix commandements nous parlent des problèmes les plus graves. La Torah suppose que le fait de se marier est une évidence tellement grande qu'il n'est pas nécessaire que Dieu se dérange pour nous en parler. Mais « ne pas tuer », ça, c'est peut-être plus important.
Le mariage comporte deux étapes, vous l'avez rappelé: la sanctification, ce qu'on appelle les Kiddouchin, et ensuite l'élévation, les Nissouin. Pour la sanctification, qui sont, on peut dire, les fiançailles, on passe la bague au doigt de la mariée et on dit la phrase suivante: Harei at mekudeshet li be-taba'at zo kdat Moshe veYisraël. Voici, tu es pour moi sanctifiée par cet anneau, selon la loi de Moïse et d'Israël. Qu'est-ce qu'on entend par la loi de Moïse, d'une part, et la loi d'Israël, d'autre part ? La loi de Moïse, c'est simplement la Torah.
— Mais pourquoi ajoute-t-on « d'Israël » ?
C'est pour que les rabbins puissent intervenir dans la validité du mariage, dans le cas de nécessité d'annulation. Il y a des cas extrêmement rares où les sages prennent sur eux d'annuler la cérémonie du mariage sans même passer par un acte de divorce, tout simplement en confisquant l'anneau rétroactivement. Ces possibilités leur sont données justement par ce petit mot veYisraël, c'est-à-dire la loi des sages d'Israël.
— Le mariage est-il une institution humaine, la cérémonie ? À ce moment-là, comment peut-on l'attribuer à la Torah ou au divin ?
Tout simplement, le fait que ce soit une mitsva dans la Torah, c'est cela qui confère à la cérémonie du mariage une dimension divine. Il y a des règles pour le faire. Il peut y avoir des conventions dans différentes sociétés sur la manière de se marier. La Torah en a déterminé une, et pas d'autres.
Et donc, de ce point de vue, c'est une mitsva. C'est comme, par exemple, quand vous mangez de la matsa le soir du Seder: manger une forme de pain, hametz ou non, c'est quelque chose d'humain. Mais comment le manger et quand le manger, cela peut devenir une mitsva. On voit, par exemple, durant la cérémonie du mariage, le bris du verre aussi.
— Il y a l'étape du bris du verre, où l'on cite le célèbre psaume Im eshkakhekh Yerouchalaïm…
Oui. Tout cela est devenu un peu presque mythique, pour tout vous dire. Dans le Talmud, il n'est pas question de ce verre cassé, ni dans la Michna, ni dans la loi écrite. En fait, c'est une dérivation d'un événement mentionné dans le Talmud, comme quoi, lors d'une grande joie de mariage, il y avait trop de rire, alors un des rabbins a brisé un verre pour amener le sérieux.
— Pour casser l'ambiance ?
Oui, pour casser l'ambiance, exactement.
Et c'est devenu une très belle coutume qui nous rappelle la destruction du Temple. En vérité, la coutume originelle, c'était de mettre de la cendre sur la tête du marié. C'est encore pratiqué dans différentes communautés, et cela est effectivement mentionné dans la Michna. Pourquoi est-il d'usage de dire que ce n'est que lorsque le Beth Hamikdach sera reconstruit qu'il y aura une joie complète ?
— Pourquoi ?
C'est la pure vérité. Vous ne pouvez pas être heureux dans un monde où le Beth Hamikdach n'est pas construit, où la relation entre le divin et l'humain n'est pas totalement accomplie par la présence de la Chekhina. C'est évident que c'est un problème. Il est donc tout à fait souhaitable que quelque chose soit fait dans la cérémonie du mariage, qui est une grande joie, pour rappeler que cette joie n'est pas complète. Tout simplement, l'histoire de casser le verre est un usage un peu tardif, mais enfin, je n'ai rien contre.
— Je l'ai fait moi-même. Vous rappeliez tout à l'heure que le mariage a deux finalités, au moins deux: la procréation, et une finalité intellectuelle pour le couple.
Intellectuelle et morale.
Cours de la chaîne YouTube du Rav Oury Cherki
Dans la même série
Toutes les vidéos de la chaîne, de la plus récente à la plus ancienne.
- 135
Le Ramban, le Rambam et la mitsva de fonder un ÉtatLe débat entre Rambam, Megillat Esther et les Sages sur la conquête d'Erets Israël et les serments de la Guemara. - 136
Pourquoi naît-on dans telle société plutôt qu'une autreLe Rav Cherki examine si l'on choisit sa nechama et si l'on est jugé sur des données qu'on n'a pas choisies. - 137
Qu'est ce que la Torah Par le Rav Oury Cherki interrogé par David Sabbah - 138
La place de la femme juive dans le judaïsme, entretient entre David Sabbah et Rav Oury Cherki - 139
Le mariage dans le judaïsme : les notions de baseDes origines du mariage à la cérémonie des kiddouchin, de la bague au bris du verre, et le sens de l'engagement. - 140
Hanouka, le Hallel et la victoire sur la Torah-sagessePourquoi le Hallel est l'institution originelle de Hanouka, et pourquoi les lumières sont plus tardives. - 141
Le livre de Berechit Partie 1 avec le Rav Oury Cherki - 142
Mettre de l'ordre dans la Torah : cinq livres ou septPourquoi la Torah compte cinq livres, ce que le sixième devait accomplir, et comment les parachiot s'organisent en sept. - 143
La fête de Souccot et La dimension universelle du peuple Juif 🇮🇱 - 144
Cours exceptionnel du Rav Cherki sur Yom Kippour
— un nom de Rav à ajouter, un problème de son ou d'image ?
Une question sur ce cours ?
La réponse s'appuie d'abord sur ce cours, puis sur les autres cours des Rabbanim, avec le passage exact à écouter.
Commentaires et questions au Rav