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La toupie de Hanouka selon Rabbi Nahman de Breslev

Un récit des Sihot Haran où Rabbi Nahman voit dans la toupie un sens caché, et le danger de la philosophie.

1 h 01

Rav Oury Cherki

Ensuite : Hanouka, le Hallel et la victoire sur la Torah-sagesse, 54 min

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Bonjour à tous. Aujourd'hui, nous allons étudier un thème lié à Hanouka, évidemment. J'ai demandé, je ne sais pas si cela vous est parvenu hier, par mail, de présenter un texte de Rabbi Nahman de Breslev. Vous l'avez ? Très bien. Comme nous étudions de toute façon le Likouté Moharan, j'ai pensé qu'un texte de Rabbi Nahman sur Hanouka serait approprié.

Ce n'est pas un texte tiré du Likouté Moharan. Pour changer un peu, il est tiré d'un livre qui s'appelle Sihot HaRan. Ce sont des textes assez courts, écrits par son élève Rabbi Nathan, qui parlent de la vie de Rabbi Nahman. Pas seulement de sa vie: on y trouve aussi des anecdotesçà et là, et des enseignements de Torah qu'il a prononcés.

Il y a un rapport direct avec Hanouka, de manière assez surprenante, et ce rapport passe par la toupie. Ce texte est tiré des Sihot HaRan, passage 40. Il commence par une idée courante chez Rabbi Nahman, le danger de l'étude de la philosophie. Vous savez que Rabbi Nahman est un grand opposant à toute étude extérieure au Kodesh. Il considère cela comme extrêmement dangereux.

Avec une exception, tout de même: le tsadik. Le tsadik, lui, doit étudier tous les enseignements des philosophes, même les pires d'entre eux. Non pas forcément pour y trouver des réponses, mais parce que le fait même qu'il en soit informé aide les nechamot qui sont tombées là-bas, dans les klipot, c'est-à-dire les âmes tombées dans les écorces. Celles qui sont prises dans la philosophie peuvent en sortir grâce au regard du tsadik. C'est une idée que l'on retrouve dans le Likouté Moharan.

Je reviens maintenant à ce qu'il dit de Hanouka. L'expression qu'il emploie est, disons, péjorative: les livres de ceux qui font des recherches, ce sont les philosophes. C'est un point déjà souligné plusieurs fois chez nous: il est interdit de les étudier, il faut s'en éloigner sans les étudier et sans les regarder.

Et là, il ajoute quelque chose d'assez extraordinaire. Même les livres de philosophie écrits par les grands d'Israël sont concernés. Tenez-vous bien: cela implique évidemment le Guide des égarés de Maïmonide, le Kuzari de Rabbi Yehouda HaLevi, les Milchamot Hachem du Ralbag, les Emounot VeDeot de Rav Saadia Gaon, l'Akedat Yitzhak de Rabbi Yitzhak Arama, tous ces livres dans lesquels les opinions des philosophes sont réfutées. Eh bien, même ces livres-là, il ne faut pas les étudier, parce qu'ils nous mettent en contact avec l'univers conceptuel des philosophes.

C'est une grande interdiction de les étudier, et dans plusieurs livres il a déjà été expliqué en quoi c'en est une. Ce n'est pas l'héritage de Jacob: nous n'avons aucune appartenance à ces choses-là, parce que nous croyons en Dieu béni soit-Il avec la seule émouna, sans la moindre spéculation. Dieu béni soit-Il a créé le monde entier, Il le maintient et le renouvellera, etc. Or ces livres ont l'habitude de poser des objections.

Alors que la réponse est relativement faible, voire très faible. Celui qui veut approfondir, la réponse le rejette, ou il peut la rejeter. Donc la réponse ne servira à rien.

Ce que dit ici Rabbi Nahman, c'est que, sur le plan de la philosophie pure, les philosophes ont un avantage sur les croyants. C'est pour cela qu'il est absolument interdit de les étudier. Ce qu'il dit paraît très grave: cela voudrait dire qu'on accorde que les philosophes sont plus intelligents que nous. Or il dit ensuite le contraire: en vérité, toutes leurs objections ne sont rien.

En fait, ce ne sont que des vanités et des choses qui s'envolent au vent. Alors, quelle est cette histoire ? Soit les philosophes sont plus forts que nous, soit ils disent n'importe quoi. La vérité est qu'ils sont plus forts que nous et qu'ils disent n'importe quoi. Il existe une manière très forte, très intelligente, de dire n'importe quoi.

Par exemple, si quelqu'un vous dit: « Je ne crois pas en Dieu », cela paraît un peu bête, car on peut répondre: d'où sais-tu cela ? Ne voulons-nous pas prouver que Dieu existe, etc. ? Mais il existe des manières intelligentes de remettre en question toute réflexion, et cela peut être dit de manière extrêmement brillante, même s'il n'y a rien derrière.

Nous voyons que certaines personnes ne sont pas attirées par les livres qui sont extrêmement sains et redoutables, comme le Zohar et les livres du Ari, que la mémoire du juste soit une bénédiction. Pourtant, ces livres contiennent des nouveautés d'une grande puissance, qui illuminent les yeux et sont plus doux que le miel. Ces personnes sont plutôt attirées par d'autres choses, comme les spéculations. C'est étrange: le Ari et le Zohar nous donnent des choses extrêmement profondes, et il y a des hommes attirés par la philosophie et non par la Kabbale. D'où cela vient-il ?

Cela vient de leur nature, de leur constitution. Par exemple, ils ont une constitution mauvaise dès le départ, parce qu'ils sont nés avec une mauvaise constitution, et ils ne peuvent pas supporter quelque chose de véritablement sain. Il existe donc aussi ce qu'on appelle un point de départ: selon le point de départ de la personne, on est plus ou moins attiré, soit par la philosophie, soit par la Kabbale.

Manitou disait même plus que cela: pour vraiment comprendre Descartes, il faut être Descartes lui-même, et pour comprendre Kant, il faut être Kant lui-même. Cela ne veut pas dire qu'il n'y a pas de libre arbitre: on peut effectivement choisir.

On peut briser sa mauvaise nature. Celui qui est né avec telle mauvaise nature doit supporter une grande amertume afin de briser sa constitution et sa nature mauvaise, alors que l'homme né dans la sainteté n'a pas ce combat à mener.

Tout cela revient à des idées assez profondes que l'on trouve déjà chez Rabbi Nahman, en plusieurs endroits: la philosophie est la racine du mal, on peut y être attiré pour des raisons liées à sa constitution d'origine, à la manière dont on est né, d'où vient notre nechama. Il est donc dangereux de l'étudier. Cependant, lorsque Rabbi Nahman dit qu'il est dangereux de discuter ce que dit le philosophe, il rapporte finalement les opinions des philosophes.

Et nous trouvons dans leurs livres des objections sur l'ordre de la Création. En quoi l'étoile a-t-elle mérité d'être une étoile, ou la constellation d'être une constellation ? Et pourquoi les choses basses, en quoi ont-elles péché pour être basses, telles que les animaux et les bêtes ? Et pourquoi ce ne serait pas le contraire ? Pourquoi la tête est-elle une tête et le pied est-il le pied ? Pourquoi ce ne serait pas l'inverse ?

Nous voyons ces questions très longuement exposées dans leurs livres. Cela veut dire que Rabbi Nahman a étudié ces livres, les livres des philosophes qui se fondent sur une remise en question de la hiérarchie. Le fait qu'il y ait une hiérarchie dans le monde choque la conscience philosophique, et prouverait donc qu'il n'y a pas de Providence, puisque les chats sont des chats et que les anges sont des anges.

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